Crise des migrants: "30 ans qu'il n'y a pas de réelle politique européenne sur ces questions"

Selon Sophie Heine, il est important de prendre du recul pour regarder l'efficacité de la politique européenne sur l'accueil des migrants
Selon Sophie Heine, il est important de prendre du recul pour regarder l'efficacité de la politique européenne sur l'accueil des migrants - © THIERRY ROGE - BELGA

Ce jeudi, Charles Michel déclarait à l'occasion d'un débat sur l'accueil des migrants: "L'Europe n'est pas simplement un bon contact quand on a besoin du soutien de l'Europe, sans jamais faire preuve de responsabilité et de solidarité quand c'est nécessaire". En effet, ce domaine est un des points qui risque d'amener des problèmes au sommet européen. Dans Matin Première, Sophie Heine estimait cela logique puisque "la politique des quotas qu'a essayé d'imposer la commission depuis déjà 2 ans est tout de même un échec assez flagrant."

Selon la politologue à l'université d'Oxford, il est important de prendre du recul, pour regarder l'efficacité de la politique européenne sur l'accueil des migrants. "Je pense que ça révèle aussi le manque de gouvernement européen souverain pour mettre en œuvre une sorte de décision, qui va forcément aller à l'encontre soit de la vision, soit des intérêts de certains États membres."

François Gemenne, politologue à l'université de Liège et chercheur à Sciences Po Paris, est un peu plus dur avec la politique européenne sur la question migratoire. "Cela fait 30 ans qu'il n'y a pas de politique européenne sur ces questions. Et faute de projet politique, le seul horizon est devenu la fermeture des frontières avec les conséquences tragiques qu'on connaît, puisque la tragédie humanitaire continue." 

Le politologue enchaine dans Matin Première, en estimant que "les gouvernements continuent à voir l'accueil des migrants comme une anomalie dans l'espace politique, comme un problème à gérer, voire comme une crise à résoudre. On est donc sans cesse dans une optique de gérer l'urgence où chacun va essayer de fermer ses frontières pour refiler le problème aux voisins."

La convention de Dublin remise en question

Mais pour Sophie Heine, la question des frontières et des migrants est intrinsèquement liée à la souveraineté. "Il n'y a pas de souveraineté européenne, donc il ne peut pas y avoir de politique d'immigration, d'asile et de gestion des frontières européennes. Ce n'est pas un problème moral."

L'Italie, à la frontière de l'Europe, gère un important flux, et généralement sans une réelle solidarité des autres pays. "Ca, c'est vraiment un déficit fondamental de la construction européenne", explique la politologue de l'université d'Oxford, puisque la convention de Dublin, qui est complètement remise en cause maintenant selon Sophie Heine, stipule que le premier Etat dans lequel arrivent les migrants est celui qui doit les gérer. "Les problèmes sont objectifs, la solution est objective. Il y a en effet une question de projet politique, mais il y a aussi des différences idéologiques. Quand je parle de frontières, je ne parle pas de frontières au sens purement territorial et géographique, je parle de la politique d'immigration qui inclut une dimension territoriale, et donc de gestion d'entrées et de sorties."

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