Crise dans le milieu hospitalier en France : "Travailler dans ces conditions, c'est de la maltraitance"

Environ 1200 médecins, chefs de service ou responsables d’unités hospitalières, ont symboliquement remis leur démission aujourd’hui dans l’Hexagone. Parmi eux, Fanny Durig, gériatre et cheffe du service de réadaptation gériatrique à l’hôpital de Douai.

Clairement, cela ne signifie pas que ces médecins arrêtent de travailler. "Il n’est absolument pas question d’arrêter de soigner les gens", explique-t-elle. "C’est même pour se recentrer là-dessus que nous nous mobilisons". Ils renoncent en fait à leur charge administrative.

Les revendications des médecins, et plus largement du personnel hospitalier, n’ont pas changé depuis des mois. Ils réclament un budget réaliste pour financer le secteur hospitalier, notamment pour engager du personnel et revaloriser les salaires. "En France, les salaires des infirmiers sont inférieurs par rapport aux autres pays de l’OCDE. Une revalorisation salariale est indispensable, on demande 300€ en plus par mois pour tout le personnel hospitalier", détaille le docteur Durigue.

Pour mieux comprendre la détresse du personnel de l’hôpital de Douai, il faut parler avec Caroline Merlin. Impossible de visiter son service, les urgences pédiatriques, l’accès au bâtiment n’est pas autorisé. Mais cette médecin généraliste qui travaille ici depuis 3 ans raconte : "Depuis un an, les conditions de travail du personnel médical et paramédical sont catastrophiques. On a du mal à embaucher, c’est de la maltraitance, surtout pour le personnel paramédical. Quatre pédiatres sont partis en un an, aucun n’a été remplacé ! On a du mal à se faire écouter par la direction".

Conséquence : des cadences infernales et des travailleurs proches du point de rupture. "Le personnel paramédical est souvent rappelé les week-ends, pendant les congés, il ne compte plus ses heures. Le personnel médical est en sous-effectif, cela donne des gardes à répétition. Le peu personnel qui reste est à bout et n’est pas écouté. Les patients attendent plus longtemps et ne comprennent pas toujours ce qui se passe".

A Lille, Luc Chevalier, praticien en médecine palliative soutient le mouvement. Il dénonce lui aussi le management qui a pris le pas sur le médical, la déconnexion entre les technocrates et les praticiens. "Ce qui ne va pas, c’est la dégradation de la qualité des soins, une gestion managériale et un éloignement des réalités du quotidien des soignants et du soin, ce qui fait que la qualité des soins baisse car on essaie de faire des économies d’échelle. On peut l’entendre pour certaines choses mais de façon globale et dans une optique de profit, cela conduit à baisser la qualité des soins car c’est la masse salariale qui est visée en premier."

Le docteur Chevalier craint qu’à terme, le milieu hospitalier ne puisse plus s’occuper de tout le monde, "même si c’est politiquement incorrect de dire cela". "A la fin de l’année, oui, on se sera occupé de migrants, de SDF, mais la durée des séjours aura explosé, on n’aura pas été rentable. Faudra-t-il alors corriger cela en s’occupant moins des gens vulnérables ?", se demande-t-il.

Une première solution, pour ce médecin: il faut arrêter de penser que les services publics doivent être rentables.

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