Crash en Ukraine: les séparatistes demandent aux experts d'arriver "vite"

Des corps de victimes du crash qui ont été retrouvés sont alignés au bord de la route en attendant leur enlèvement.
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Des corps de victimes du crash qui ont été retrouvés sont alignés au bord de la route en attendant leur enlèvement. - © DOMINIQUE FAGET - BELGAIMAGE

Les séparatistes prorusses de l'Est de l'Ukraine ont appelé samedi les experts aéronautiques internationaux à se rendre "le plus vite possible" sur le site de l'accident de l'avion malaisien, tout en disant ne pouvoir garantir leur sécurité à 100%. Au même moment, le gouvernement ukrainien a accusé les rebelles prorusses de l'est du pays, soupçonnés d'avoir abattu l'avion de ligne malaisien MH17, de "chercher à détruire, avec le soutien de la Russie, les preuves de ce crime international". La Malaisie crie à la "trahison" suite à l'altération d'indices qu'elle qualifie de "vitaux". Une destruction des preuves rendrait encore plus difficile l'enquête des experts internationaux - les Néerlandais et les Malaisiens sont arrivés en Ukraine - qui doivent établir les responsabilités de ce drame.

"Nous leur demandons de venir le plus vite possible. C'est une question d'humanité, les corps sont éparpillés depuis deux jours dans la nature, il fait 30 degrés, c'est inhumain pour les proches et les amis des victimes, " a déclaré le "Premier ministre" de la "république autoproclamée" de Donetsk, Alexandre Borodaï, au cours d'une conférence de presse. Il a démenti tout accord sur une "zone de sécurité", qu'avait annoncé plus tôt samedi le chef des services de sécurité ukrainiens.

Dans des contacts par visio-conférence avec les autorités de Kiev "il n'a pas été question d'un cessez-le-feu ou de corridors humanitaires", a-t-il dit. "Nous sommes prêts à faire tout ce que nous pouvons pour assurer leur sécurité," mais cette sécurité "ne peut être que relative", car la zone de la catastrophe se trouve "dans une zone d'opérations militaires" a-t-il dit à propos des équipes d'experts venus des Pays-Bas, d'où était parti le vol, et de Malaisie. "A tout moment la situation peut changer et l'accès peut être rendu impossible", a-t-il averti, en regrettant que les équipes d'experts ne puissent pas arriver dans la zone avant "dimanche, peut-être dimanche soir".

Une équipe d'observateurs de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) s'est rendue vendredi et samedi sur place, mais n'a pu avoir accès à la totalité du site. Alors que les gouvernements ukrainien et malaisien ont dénoncé samedi une possible altération d'indices, M. Borodaï a rejeté ces reproches. "Nous ne touchons à rien" dans la zone du crash, a-t-il dit, et "nous voulons une enquête exhaustive et objective". Il a au contraire accusé le gouvernement ukrainien de se livrer "au sabotage de cette enquête". "Nous n'avons pas trouvé les boîtes noires, car nous ne touchons à rien", a-t-il encore dit, alors que certains responsables sur place avaient affirmé qu'au moins un des enregistreurs de vol avait été retrouvé. Interrogé sur le fait de savoir si des corps de victimes avaient été déplacés et emmenés à Donetsk, il a répété "nous ne touchons à rien", avant de dire "je n'ai pas cette information".

38 corps transportés à Donetsk

Le site du crash se trouve en zone rebelle, près de la ville de Chakhtarsk, et le conflit armé en cours entre séparatistes prorusses - qui ont refusé un cessez-le-feu ponctuel - et le gouvernement de Kiev rend les opérations particulièrement complexes.

"Les terroristes ont transporté 38 corps (sur 298 victimes) à la morgue de Donetsk, où des spécialistes parlant avec un net accent russe ont déclaré qu'ils procéderaient à leur autopsie. Les terroristes cherchent aussi des moyens de transport à grande capacité pour transporter les restes de l'avion en Russie", indique le gouvernement dans une déclaration officielle.

Il accuse les rebelles de ne pas permettre aux organes compétents ukrainiens de commencer l'enquête et de ne pas laisser les représentants et experts étrangers accéder au site du crash.

Un chef séparatiste a confirmé samedi à des journalistes de l'AFP présents sur le site, à Grabove, que des corps ont été emmenés à la morgue de Donetsk. "27 corps ont été enlevés ce matin", a-t-il dit. Les combattants prorusses bloquaient l'accès au périmètre du crash.

Infirmières et mineurs à la recherche de restes humains

Deux jours après l'accident, la zone est fortement gardée et totalement interdite à la presse, qui ne peut accéder qu'aux premiers mètres du site qui s'étend sur des kilomètres. Des dizaines de rebelles prorusses en armes barrent la petite route qui traverse la zone où sont tombés les débris de l'avion et la tension est forte avec les dizaines de journalistes présents.

Vers 13h00, lorsque la colonne de véhicules de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) arrive sur les lieux, la tension monte d'un cran : les rebelles placent un car en travers de la route et une trentaine d'hommes armés arrivent sur les lieux et se déploient dans les champs. Après des négociations, les observateurs peuvent entrer sur la zone.

"Avez-vous des tentes réfrigérées? ", demande un observateur à l'un des secouristes au milieu des hommes en armes, de plus en plus nombreux. L'homme secoue la tête en signe de négation. A quelques mètres d'eux, des valises éparses, des livres, des jeux d'enfants, des passeports et une odeur presque insoutenable.

Une heure et demie plus tard, les observateurs ont achevé leur tour, ils n'ont pas eu accès à l'intégralité du site et notamment pas à la zone de la chute, entièrement brûlée. "Nous avons eu la possibilité de parler aux responsables, aux habitants de la zone et aux personnes qui s'occupent de récupérer les corps", se félicite tout de même Alexander Hug, superviseur de la mission en Ukraine.

Peu de temps après leur départ, deux autocars déchargent une cinquantaine de passagers : des infirmières de l'hôpital de Chakhtarsk et des mineurs, en tenue de travail, casques rouges sur la tête et le visage encore couvert de charbon. Genia, 21 ans, traîne des pieds au milieu de ses camarades : "C'est la deuxième fois que je viens ici, mais je déteste ça. Déjà, hier on est venu nous chercher à la mine pour ratisser les champs, mais quel horreur tous ces corps en morceaux qui pourrissent".

A pied d'oeuvre samedi en fin de matinée, sur la zone de l'accident, à cinquante kilomètres à l'est de Donetsk, les secouristes économisent leurs mots alors qu'en fond sonore des détonations rapprochées se font entendre. La ligne de front entre séparatistes prorusses et forces loyalistes ukrainiennes est à quelques kilomètres et, malgré la catastrophe, il n'y a jamais eu de trêve.

Le point de mire des secouristes : des bâtons surmontés de petits chiffons blancs, plantés la veille et seul repère marquant de loin la présence de restes humains éparpillées au milieu des blés. Les corps, certains déjà très noircis et gonflés après plus de 36 heures passées à l'air libre, sont ensuite placés dans de grands sacs mortuaires noirs, puis transportés sur des civières avant d'être regroupés sur le bord de la route. Leur destination prévue par les rebelles : la morgue de Donetsk.

Des indices altérés, une "trahison" pour la Malaisie

La Malaisie a déclaré samedi que des indices vitaux avaient été altérés dans la zone du crash, et dénoncé ce qu'elle considère comme une "trahison" à l'égard des vies anéanties dans la catastrophe.

"L'intégrité du site a été compromise, et il y a des indications montrant que des indices vitaux n'ont pas été préservés sur place. Des interférences sur la scène du crash risquent de fausser l'enquête elle-même", a déclaré le ministre de transports malaisien Liow Tiong Lai, qui doit se rendre en Ukraine samedi. "Ne pas empêcher de telles interférences constituerait une trahison à l'égard des vies qui ont été anéanties", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse.

Les experts internationaux doivent mener l'enquête au plus tôt

Les Pays-Bas, qui comptaient 189 ressortissants parmi les 302 personnes à bord - toutes mortes -, ont envoyé une équipe du Bureau néerlandais pour la sécurité, accompagnée du ministre des Affaires étrangères Frans Timmermans.

Il espère avoir accès à la zone "afin que les experts puissent mener leur enquête" et n'exclut pas de mener des négociations avec les rebelles prorusses de l'est de l'Ukraine.

Un peu plus tôt samedi, un accord avait été conclu entre les autorités ukrainiennes et les séparatistes pour la mise en place d'une zone de sécurité, qui reste difficile à appliquer.

La Malaisie a elle envoyé une équipe de 62 personnes dans la capitale ukrainienne (l'appareil abattu appartenait à Malaysia Airlines, contrôlée indirectement par l'Etat. Cette équipe comprend deux enquêteurs spécialistes des catastrophes aériennes, invités par Kiev pour prendre part aux recherches, a précisé le ministère malaisien des Transports.

Le Premier ministre Najib Razak a indiqué vendredi soir avoir parlé au président Vladimir Poutine pour insister sur la nécessité d'une enquête objective et sans entrave.

"J'ai aussi dit à Poutine que le site ne devait pas être altéré avant que l'équipe commence son enquête", a-t-il déclaré.

Merkel et Poutine d'accord pour une enquête internationale dirigé par l'OACI

Comme d'autres dirigeants, le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel ont souligné, lors d'une conversation téléphonique, la nécessité de garantir aux enquêteurs "un accès complet, illimité et sécurisé" au site sur lequel l'avion s'est écrasé.

Angela Merkel est par ailleurs tombée d'accord avec le président russe Vladimir Poutine pour que l'enquête, internationale et indépendante, ait lieu sous la direction de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale.

"La chancelière considère de manière positive le fait que la Russie est prête à envoyer des représentants pour participer à l'enquête", écrit le Kremlin dans un communiqué.

Berlin a également ajouté, de son côté, que les deux dirigeants s'étaient "également accordés à dire qu'il devait y avoir rapidement une rencontre directe du groupe de contact, comprenant des représentants de l'Ukraine, de la Russie et de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), pour conclure un cessez-le feu". "La chancelière a, de nouveau, exhorté le président Poutine à exercer son influence sur les séparatistes pour atteindre cet objectif", ajoute le gouvernement allemand.

Londres regrette un "soutien insuffisant de la part des Russes"

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, a regretté samedi "un soutien insuffisant de la part des Russes" dans l'enquête sur l'accident. "Nous ne voyons pas la Russie user assez efficacement de son influence pour obtenir des séparatistes, qui contrôlent la zone, l'accès dont nous avons besoin", a déclaré à des journalistes le chef de la diplomatie britannique. "Tous les regards sont tournés vers la Russie pour s'assurer qu'elle remplit ses obligations dans les prochaines heures", a-t-il ajouté. Il a également précisé que l'ambassadeur de Russie à Londres serait convoqué au ministère britannique des Affaires étrangères qui lui fera part de la position du gouvernement britannique.

"Notre objectif maintenant est de sécuriser le site pour qu'il y ait une enquête internationale afin d'identifier les causes et les auteurs, de les traduire en justice, et de s'assurer que les victimes sont traitées avec la dignité et le respect adéquats", a-t-il assuré. Cet accident a "mobilisé l'ensemble de la communauté internationale" qui "demande qu'un accès approprié soit autorisé, que le corps des victimes soient récupérés décemment et que les preuves soient préservées", a-t-il répété. "Nous ne pouvons pas encore être catégoriques sur la cause de ce terrible accident mais il y a un faisceau de preuves qui suggèrent clairement qu'un missile a été tiré par les séparatistes à, partir l'est de l'Ukraine", a-t-il également affirmé.

Les Etats-Unis convaincus de la responsabilité des rebelles

Le FBI et l'autorité américaine des transports s'apprêtent eux aussi à envoyer des enquêteurs.

Évoquant un drame "atroce", Barack Obama a souligné que l'avion qui assurait le vol Amsterdam-Kuala Lumpur avait été touché par un missile sol-air tiré "depuis un territoire contrôlé par les séparatistes prorusses".

"Cette tragédie révoltante montre qu'il est temps que la paix et la sécurité soient rétablies en Ukraine", a-t-il lancé, dénonçant une nouvelle fois l'attitude de Moscou et soulignant combien les enjeux étaient importants "pour l'Europe, et pas simplement pour les Ukrainiens".

Auparavant, Samantha Power, ambassadrice américaine à l'ONU, avait énuméré, devant le Conseil de sécurité, les soupçons pesant sur les rebelles, évoquant l'utilisation d'un missile russe Bouk de type SA-11.

Elle a souligné que des séparatistes "avaient été repérés" jeudi matin en possession de ce type de système de défense antiaérienne près de l'endroit où l'avion s'est écrasé.

Le Pentagone, par la voix de son porte-parole, le contre-amiral John Kirby, a jugé qu'il "fallait vraiment être très naïf pour penser (qu'un tel missile) peut être utilisé par les séparatistes sans un minimum de soutien et d'assistance technique russes".

Drame national aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, d'où le Boeing 777 était parti, le crash a pris l'ampleur d'un drame national: les drapeaux étaient en berne vendredi et le Premier ministre Mark Rutte a assuré qu'il n'aurait "pas de repos" tant que la clarté ne serait pas faite sur les circonstances du drame.

Devant l'aéroport de Schiphol, de nombreuses personnes sont venues déposer un mot, une bougie allumée ou quelques fleurs en hommage aux victimes.

"Le président russe Vladimir Poutine doit faciliter l'accès au site de l'accident de l'avion malaisien dans l'est de l'Ukraine, un territoire contrôlé par les rebelles prorusses, afin que les corps des victimes puissent être évacués", a réclamé samedi le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. "Il doit prendre ses responsabilités à l'égard des rebelles", a-t-il déclaré à des journalistes à La Haye après avoir eu une "conversation téléphonique très intense avec le président russe". "Il doit montrer au monde et aux Pays-Bas qu'il fait ce qu'on attend de lui, qu'il fait ce qui doit être fait", a-t-il ajouté, après que les rebelles eurent entravé l'accès au site de l'accident de l'avion malaisien qui a causé la mort de 298 personnes jeudi, dont 192 Néerlandais. "Au vu des développements d'aujourd'hui et des images de ce matin, j'ai envoyé un message au président pour qu'il use à nouveau de son influence sur les rebelles", a indiqué le Premier ministre. "Tout le monde a pu voir comment les débris de l'appareil, les restes des passagers et leurs affaires personnelles sont encore dispersés sur le site", a ajouté M. Rutte, qui s'est dit "choqué" par les images en provenance d'Ukraine. Vladimir Poutine avait promis son aide aux Pays-Bas la veille, selon la même source, mais il est temps de "montrer qu'il veut aider". Mark Rutte a également déclaré avoir eu des contacts avec le Premier ministre australien, Tony Abott, et la chancelière allemande, Angela Merkel, et fait savoir que ceux-ci sont également d'avis que Vladimir Poutine doit agir. "Un accès sans entraves et une récupération rapide des corps est la priorité numéro un", a-t-il souligné.

L'OSCE peine à accéder à un site bien gardé par les séparatistes

Conséquence immédiate de la catastrophe: l'Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) a "recommandé fortement" vendredi d'éviter le survol de l'est de l'Ukraine et celui de la Crimée.

Sur le terrain, après une brève discussion avec les responsables rebelles, les inspecteurs de l'OSCE ont pu accéder à une partie seulement du site. Selon Thomas Greminger, représentant de la Suisse à l'OSCE, ils ont eu "un accès limité".

"Nous ne sommes pas une équipe d'enquêteurs. Nous sommes ici pour vérifier si le périmètre est sûr et si les (dépouilles des) victimes sont traitées de la manière la plus humaine possible", a plaidé Alexander Hug, l'un des responsables de l'équipe de l'OSCE.

Les résultats de l'enquête seront décisifs pour le conflit

Si l'enquête parvient à identifier avec certitude les auteurs du tir - qu'il s'agisse des rebelles pro-russes, des forces loyalistes ukrainiennes ou de l'armée russe - son résultat risque d'avoir un impact décisif sur le conflit armé qui déchire l'Ukraine depuis trois mois.

Les opérations de récupération des corps risquent d'être ralenties d'une part par des problèmes techniques - il n'y aurait pas assez de chambres froides à Donetsk pour les y stocker - et surtout par la nécessité de coordonner les travaux entre rebelles et loyalistes qui s'affrontent toujours à coups de canon.

Sur les lieux de la chute du Boeing, des secouristes ont indiqué à l'AFP qu'une des boîtes noires avait été retrouvée. Mais ces boîtes ne pourront probablement pas aider à déterminer l'origine du tir de missile.

Malaysia Airlines va rembourser les voyageurs annulant leur réservation

Par alleurs, Malaysia Airlines a fait savoir qu'elle remboursera ses clients qui annulent leur réservation à la suite de la catastrophe qui a touché la compagnie jeudi. Cette disposition sera également applicable aux personnes ayant acheté des tickets bon marché qui ne devraient normalement pas être remboursés.

Malaysia Airlines avait auparavant indiqué qu'elle ne compterait pas de surcharge pour les passagers désirant changer de destination.

Avec agences

Les banques néerlandaises réagissent après le vol présumé de cartes bancaires des victimes

"Les médias internationaux ont rapporté que des cartes de banque de victimes avaient été volées", a indiqué l'association néerlandaise des banques dans un communiqué. "Les banques prennent les mesures préventives qui s'imposent", a ajouté l'organisation, soulignant que les pertes éventuelles subies par les familles des victimes seraient remboursées. L'avion de la Malaysia Airlines s'est écrasé jeudi dans l'est de l'Ukraine, très probablement à la suite du tir d'un missile sol-air, en territoire occupé par les rebelles prorusses, causant la mort de 298 personnes. Les rebelles, qui contrôlent la zone ont entravé l'accès au site de l'accident de l'avion.

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