Crash d'un Boeing à Téhéran:"L'Iran n'a pas du tout les compétences pour interpréter les boites noires"

Crash d'un Boeing à Téhéran:"L'Iran n'a pas du tout les compétences pour interpréter les boites noires"
Crash d'un Boeing à Téhéran:"L'Iran n'a pas du tout les compétences pour interpréter les boites noires" - © AFP

Ce mercredi 8 janvier, quelques heures après que l'Iran ait envoyé des missiles sur les bases militaires américaines en Irak, un Boeing 737 d'Ukraine International Airlines s'est écrasé à Téhéran, faisant 176 morts. De lourds soupçons pèsent sur l'Iran, les États-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne affirmant que c'est un missile iranien qui a abattu l'avion.

Gérard Feldzer, consultant aéronautique et transport, a répondu aux questions de notre collègue de Radio France, Antoine Jeuffin, sur cette catastrophe, afin de nous éclairer sur les différentes hypothèses actuellement envisagées et la géopolitique qui vient compliquer l'enquête.

"Il y a des présomptions, dont le missile — pourquoi pas — dont l’explosion d’un réacteur — pourquoi pas —. Alors que l’avion était neuf, ça paraît peu vraisemblable, mais encore une fois, on ne saura être sûr du déroulement que lorsqu’on aura analysé les boîtes noires. Est-ce que l’avion a fait demi-tour ? Probablement, oui, ou il a commencé, à moins qu’il fût déjà hors de contrôle. A-t-il eu le temps de lancer un message de détresse à la tour de contrôle ? On ne sait pas. Tout ça fait partie de la commission d’enquête, mais comme c’est une histoire politique très délicate, et y compris pour les Iraniens — ça rappelle un peu l’histoire du MH17 de Malaysia Airlines, qui a disparu au-dessus de l’Ukraine, tiré par un missile et probablement là aussi par erreur, si c’est cette hypothèse — ça devient très compliqué pour avoir la vérité."

On peut toujours lire les boîtes noires, mais les interpréter, c’est autre chose

L'hypothèse avancée par les États-Unis est que le missile ait été tiré par erreur, une version qu'il paraît prématuré d'affirmer à l'heure actuelle, pour l'expert. "Il aurait fallu qu’il y ait une conjonction de trajectoire pour que ça puisse se réaliser. On n’en est pas du tout sûr et ça fait encore une fois partie des hypothèses, mais on ne peut pas aujourd’hui avancer cette hypothèse sans vouloir jouer les Trump qui veut à tout prix défendre sa version avant l’heure. Ça me paraît donc prématuré."

Autre point important, les Iraniens semblent réticents a partager les données de la boîte noire, alors qu'il faut disposer de compétences bien particulières afin d'interpréter correctement les enregistrements. "Les Iraniens n’ont absolument pas la compétence d’interpréter cette boîte noire. Seuls quelques pays, dont la France, ont cette compétence. On peut toujours lire les boîtes noires, mais les interpréter, c’est autre chose. Par exemple, interpréter le CVR, qui est le Cockpit Voice Recorder, c’est-à-dire l’enregistreur de conversations dans le cockpit, est capital. Et pour pouvoir le lire et l’interpréter, il faut avoir une bonne connaissance, dont on est capable d’éliminer les fonds parasites pour aller à l’essentiel. On est même capable d’entendre un interrupteur par exemple. C’est donc quelque chose qui demande de l’expérience et de la compétence, et en Iran on ne l’a pas."

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