Crash MH17: les corps des victimes en route pour la ville de Kharkiv

Les corps examinés par les experts néerlandais devraient arriver à Kharkiv après 10 à 12 heures de trajet.
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Les corps examinés par les experts néerlandais devraient arriver à Kharkiv après 10 à 12 heures de trajet. - © BULENT KILIC - BELGAIMAGE

Les corps des victimes du crash du vol MH17 de Malaysia Airlines ont quitté Torez, en zone tenue par les séparatistes prorusses, à bord d'un train réfrigéré pour arriver à Kharkiv, une grande ville contrôlée par l'Ukraine. Le trajet devrait durer 10 à 12 heures selon Mark Rutte, Premier ministre des Pays-Bas. Des enquêteurs néerlandais étaient arrivés ce lundi à la gare de Torez et ont pu examiner les corps.

Une équipe d'enquêteurs néerlandais a examiné lundi les corps des victimes du crash du vol MH17, déposés à bord d'un train à Torez en Ukraine, près du site de la catastrophe, en zone rebelle, a constaté une journaliste de l'AFP.

Un masque sur le visage, accompagnés par des représentants de l'OSCE, les enquêteurs ont ouvert les cinq wagons qui étaient censés être réfrigérés, mais qui apparemment ne l'étaient pas. Une très forte odeur de corps en décomposition a alors fait vaciller certaines personnes, y compris parmi l'escorte des rebelles.

"Le stockage des corps est de bonne qualité", a cependant brièvement déclaré Peter Van Vilet, expert médico-légal responsable de la mission dans l'Est, au milieu de 50 hommes en armes devant la gare de Torez. La délégation a ensuite annoncé qu'elle se rendait sur les lieux du crash.

Le départ des wagons transportant les corps a été confirmé. Ils devraient mettre entre 10 et 12 heures pour atteindre la ville ukrainienne de Kharkiv, restée sous contrôle des loyalistes, après avoir traversé les zones contrôlées par les séparatistes prorusses, a indiqué lundi soir le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

"Donetsk est une zone contrôlée par les rebelles. Il est prévu que le train continue vers Kharkiv depuis Donetsk", a assuré le Premier ministre Mark Rutte lors d'une conférence de presse. "Le président ukrainien Porochenko m'a dit : cela peut durer jusqu'à 10 ou 12 heures avant que le train n'arrive à Kharkiv".

Environ 200 corps se trouveraient à bord de ce train, toujours selon le Premier ministre néerlandais. "La manière dont on s'est occupé des corps semble être meilleure que ce qu'on craignait", a-t-il poursuivi.

Une fois à Kharkiv, et après une enquête préliminaire, les corps seront rapatriés vers les Pays-Bas, où le processus d'identification aura lieu.

Le Premier ministre malaisien Najib Razak a également annoncé que les corps des victimes du crash seront remis aux Pays-Bas, tandis que la Malaisie récupérera les boîtes noires.

Il a reçu d'Alexandre Borodaï, le "Premier ministre" de la "République populaire de Donetsk" unilatéralement proclamée par les rebelles prorusses, l'assurance que les corps seraient bien acheminés vers Kharkiv.

La Malaisie a par ailleurs travaillé "dans les coulisses à établir des contacts avec ceux qui sont chargés du site du crash de l'avion du vol MH17", a poursuivi Najib Razak. "Ces contacts ont désormais été établis (...) Cette nuit (de lundi à mardi), nous sommes parvenus aux bases d'un accord", a encore dit le Premier ministre, qui a souligné s'être auparavant entretenu avec Alexandre Borodaï.

Karkhiv se prépare avant l'arrivée des wagons

Sur le lieu de la catastrophe, 272 corps ont été retrouvés, a rapporté le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk. Dans les wagons de train se trouvent actuellement 251 dépouilles.

La ville de Kharkiv se prépare déjà à "accueillir" les corps des victimes. De nombreuses installations ont été mises en place pour permettre la réalisation de l'enquête sur la catastrophe et pour recevoir les experts et les familles.

Des zones séparées avec des aménagements ont été installées pour l'examen des corps. Ces derniers sont transportés dans des trains, via une voie directe conservée. Un hangar est également libéré pour collecter les débris de l'appareil de la Malaysia Airlines en vue d'une éventuelle reconstruction.

La Russie pointe un avion ukrainien

Malgré les événements, l'armée et les séparatistes continuent toutefois de mener de lourds combats non loin de la zone de la catastrophe, très vraisemblablement due au tir d'un missile anti-aérien.

S'il est attribué par Washington aux rebelles prorusses, la Russie n'est pas du même avis. Un avion de chasse ukrainien SU-25 se trouvait à une distance de 3 à 5 km du Boeing malaisien peu avant le crash de l'avion, a affirmé lundi le général Andreï Kartapolov de l'Etat-major des forces russes.

"On a observé la montée d'un avion ukrainien SU-25 en direction du Boeing malaisien qui se trouvait alors à une distance de 3 à 5 km. Le SU-25 peut atteindre une altitude de 10.000 mètres. Il dispose de missiles air-air qui peuvent tirer jusqu'à 12 km et garantissent la destruction d'un objectif jusqu'à 5 km", a déclaré le général au cours d'une conférence de presse au ministère russe de la Défense.

"Nous nous posons la question : dans quel but un avion de chasse faisait-il un vol à cette altitude et en même temps qu'un avion civil ? ", a-t-il poursuivi.

Le général, s'appuyant sur des images satellites difficilement déchiffrables pour des non-spécialistes, a avancé d'autres éléments susceptibles d'accuser les forces ukrainiennes d'avoir abattu le Boeing qui transportait 298 personnes. Il a assuré que la Russie allait transmettre aux experts européens et malaisiens toutes les informations dont elle dispose sur le crash de l'avion malaisien.

Les États-Unis ont déclaré disposer d'images satellite confirmant que le tir a été effectué par les combattants (séparatistes). "Mais personne n'a vu ces photos.", répond le général, qui a invité les Américains "s'ils disposent de telles photos" à les montrer à la communauté internationale.

Un cessez-le feu autour de la zone du site ?

D'intenses tirs d'artillerie ont par ailleurs encore été déclenchés ce lundi avant midi dans la zone de la gare de Donetsk, dans un quartier excentré de la grande ville de l'Est, la place forte des séparatistes prorusses.

Une colonne de fumée noire a été observée près de l'aéroport, et une autre entre l'aéroport et la gare. Près de la gare, une demi-douzaine de départs de mortier ont été entendus.

Le président ukrainien Petro Porochenko a demandé à ses forces d'interrompre leurs opérations autour du site du crash du vol MH17 dans l'est du pays, a rapporté l'agence Interfax-Ukraine.

"J'ai donné l'ordre: dans un rayon de 40 km du lieu de la tragédie les militaires ukrainiens doivent incessamment interrompre leurs opérations et s'abstenir d'ouvrir le feu", a dit M. Porochenko en rendant visite lundi à l'ambassadeur de Malaisie à Kiev.

Le président ukrainien s'est également exprimé en faveur de la participation d'experts russes à l'enquête sur le crash, dont il souhaite une "transparence maximale".

"Il y a encore des corps dans les champs"

A Torez, quatre rebelles armés patrouillaient lundi matin, ont constaté des journalistes de l'AFP. L'un d'entre eux faisait sa ronde avec un chien tenu en laisse tandis qu'une dizaine de passagers attendaient à quelques mètres sur des bancs à l'abri du soleil l'arrivée d'un train.

Sur le quai, Nikolaï accompagne sa famille. "Je m'inquiète pour ma famille donc j'envoie ma femme et ma fille en Russie ce matin. Malgré le crash, tous les jours les combats continuent. S'ils peuvent tirer sur des avions, vous imaginez ce qui peut nous arriver".

"Quatre jours après le crash, les corps sont encore là et il y en a encore dans les champs. C'est terrible pour les familles de ces gens".

Poutine assure vouloir un règlement négocié du conflit

Le président russe Vladimir Poutine a quant à lui assuré lundi que la Russie ferait son possible pour favoriser un règlement négocié du conflit en Ukraine après le crash de l'avion malaisien.

"La Russie fera tout ce qui est en son pouvoir pour que le conflit passe d'une phase militaire à une phase de négociations pacifiques par des voies exclusivement diplomatiques", a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée par le Kremlin, sans plus de précision.

Il a jugé que la catastrophe n'aurait "certainement pas eu lieu si les combats n'avaient pas repris le 28 juin" après la décision de Kiev de mettre fin au cessez-le-feu.

Concernant l'enquête sur le crash, l'homme fort du Kremlin a jugé "indispensable que tout soit fait pour garantir la sécurité du travail des experts internationaux sur les lieux de la tragédie".

Il a estimé que la présence de représentants des séparatistes, des services de secours ukrainiens et des experts malaisiens n'était "pas suffisante" et jugé "indispensable" l'arrivée d'un "groupe d'experts sous l'égide de l'OACI (Organisation de l'aviation civile internationale, ndlr) constituant une commission internationale".

L'identification des victimes sous la direction des Pays-Bas

Les Néerlandais coordonneront la difficile tâche d'identification des 298 victimes de l'accident, a annoncé le Premier ministre Mark Rutte. Le diplomate Gert Wibbelink se chargera de diriger l'équipe d'experts internationaux.

Des centaines de membres des familles des victimes ont par ailleurs assisté à une réunion d'information à Nieuwegein. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a prononcé quelques mots de réconfort et les a tenus au courant des dernières informations.

Le roi des Pays-Bas Willem-Alexander et la reine Máxima étaient également présents pour soutenir les proches. Le souverain a affirmé dans une allocution télévisée que cette catastrophe avait profondément blessé la société néerlandaise.

Certains députés néerlandais désirent également qu'un moment de recueillement officiel et collectif soit prévu en hommage aux victimes.

RTBF avec agences

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