Crash en Ukraine: l'enquête se poursuit malgré un accès aux preuves difficile

Crash en Ukraine: l'enquête se poursuit malgré un accès aux preuves difficile
5 images
Crash en Ukraine: l'enquête se poursuit malgré un accès aux preuves difficile - © Tous droits réservés

Plus aucun corps n'est visible sur le site principal du crash de l'avion malaisien sous contrôle des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine, a constaté un journaliste de l'AFP. L'enquête se poursuit tant bien que mal sur le site de l'accident d'avion de la Malaysia Airlines. Le travail des enquêteurs est compliqué dans cette zone de guerre contrôlée par les séparatistes prorusses. Ceux-ci ont toutefois affirmé qu'ils garantiraient la sécurité d'inspecteurs internationaux si Kiev accepte une trêve.

Les rebelles ayant gardé le site semblent l'avoir quitté. Les secouristes locaux sur place se sont refusés à tout commentaire.

"Nous garantirons la sécurité d'experts internationaux sur le site si Kiev conclut un accord de cessez-le-feu", avait déclaré plus tôt Andreï Pourguine, "Premier ministre adjoint" de la république séparatiste de Donetsk autoproclamée (DNR).

"Nous invitons Kiev à conclure immédiatement un tel accord avec la DNR au moins pour la durée de l'enquête sur le site" de la catastrophe, a-t-il souligné.

Cet appel risque de ne pas être suivi d'effet, le président ukrainien Petro Porochenko ayant demandé la veille à plusieurs dirigeants occidentaux qu'il avait eus au téléphone de reconnaître la DNR ainsi que la Républlique populaire de Lougansk (LNR) comme "organisations terroristes".

"Nous ne voyons pas de différence entre les événements en Ukraine et le 11 Septembre aux Etats-Unis ou la tragédie de Lockerby" lorsqu'un avion assurant la liaison Londres-New York explosa en vol et causa la mort de 270 personnes en 1988, un attentat dont a été accusé la Libye de Mouammar Kadhafi, a souligné M. Porochenko samedi soir dans un entretien téléphonique avec le président français François Hollande.

"Nous attendons une réaction commune du monde civilisé", a-t-il souligné, selon la présidence.

Samedi, les observateurs de l'OSCE ont eu un meilleur accès au site de l'accident. Mais leur travail est toujours très encadré par les séparatistes, qui ont isolé certaines partie du site.

Altération d'indices

Les gouvernements ukrainien et malaisien ont déploré la disparition ou l'altération de certains indices, faisant craindre pour le bon déroulement l'enquête. Selon le porte-parole de la mission de l'OSCE, certains débris semblent avoir été déplacés.

Le Premier ministre hollandais Mark Rutte, dont le pays a subi le plus lourd bilan avec 193 morts, s'est dit choqué par les images en provenance d'Ukraine. Il somme Vladimir Poutine d'agir et de tout faire pour faciliter l'accès au site du crash.

Les Etats unis ont aussi appelé le président russe à prendre ses responsabilités pour permettre la préservation des preuves et le libre accès des responsables ukrainiens et des observateurs internationaux à celles-ci. Ils ont aussi jugé samedi "inacceptable" le manque de sécurité sur le site.

"Le site n'est pas sécurisé et il y a de nombreux témoignages concernant des corps qui ont été déplacés, des morceaux de l'avion qui ont été emportés, s'accompagnant d'une potentielle falsification des preuves", a déclaré la porte-parole du Département d'État Jen Psaki lors d'une déclaration. "C'est inacceptable et c'est un affront à toutes les personnes qui ont perdu des proches et à la dignité que l'on doit aux victimes".

Le Premier ministre britannique David Cameron plaide pour plus de fermeté : il appelle même l'occident, dans le Sunday Times, à changer son approche à l'égard de Moscou.

Les corps des victimes évacués par camions

Les corps des victimes du crash ont été évacués par camions samedi. Les cadavres avaient été placés dans des sacs mortuaires et entassés à l'arrière des véhicules, peut-on constater sur les clichés d'un photographe néerlandais. On ignore toutefois la destination des camions.

Un chef rebelle, Alexandre Borodaï, a expliqué dimanche à Donetsk que le déplacement des corps, qui a suscité de fortes critiques à l'étranger, avait été nécessaire pour les protéger de la chaleur et d'animaux sauvages."Hier, nous avons commencé à déplacer les corps car nous ne pouvions plus attendre, à cause de la chaleur et aussi de la zone où il y a beaucoup de chiens et de bêtes sauvages", a expliqué le "Premier ministre" de la république autoproclamée de Donetsk, lors d'une conférence de presse. "Nous avons bougé les corps par respect pour les familles", a-t-il poursuivi, "car cela devenait inhumain dans ces conditions". "156 corps ont été déplacés à Torez (une ville proche du site du crash - ndlr) dans des wagons réfrigérés" et "ils ne vont nulle part, ils restent à Torez en attendant que les experts arrivent", a-t-il ajouté.

Un journaliste de l'AFP a vu dimanche après-midi cinq voitures réfrigérées sans fenêtres stationnant en gare de Torez. Le moteur de la locomotive tournait, probablement pour alimenter le système de réfrigération, tandis qu'une employée des chemins de fer déclarait "attendre les ordres" et ne pas savoir si et quand le train pourrait partir.

Une certaine confusion demeurait sur le nombre des corps placés à bord du train, un porte-parole de l'OSCE ayant indiqué, citant les rebelles, qu'ils étaient 169, alors qu'un responsable ukrainien a évoqué "192 corps et huit fragments de corps".

Le chef rebelle n'a pas donné de renseignements sur le sort des autres corps, tandis que selon les autorités ukrainiennes, 38 d'entre eux auraient été transportés au service de médecine légale d'un hôpital régional.

Les séparatistes prorusses au pouvoir dans cette région de l'Ukraine ont confirmé avoir évacué les corps du site où l'avion s'est crashé. "Une dizaine de corps", qui se trouvaient dans le village de Grabovo ont été emmenés vers Donetsk, "en présence d'observateurs de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe)". "Pour des raisons d'hygiène, il était impossible d'y laisser les cadavres", a expliqué un porte-parole des rebelles.

Une fois à Donetsk, les corps ont été transmis à des experts étrangers.

Accord entre prorusses et le gouvernement ukrainien

Ce dimanche on apprenait que le gouvernement ukrainien et les séparatistes prorusses sont arrivés à un accord provisoire pour déplacer les corps des victimes. Le premier ministre ukrainien Vladimir Groisman a confirmé que les corps des victimes seront transportés dans des véhicules réfrigérés vers un laboratoire situé à plus de 250 km du lieu de l'accident, loin du territoire tenu par les rebelles. Les services de secours ukrainiens ont déclaré avoir pour l'instant retrouvé 196 des 298 victimes.

Les rebelles sont soupçonnés d'avoir éliminé des éléments de preuves qui se trouvaient sur le site du crash. Les Pays-Bas se sont montrés très critiques samedi quant à l'attitude des séparatistes prorusses qui ont déplacé les victimes et leurs effets personnels. Ils regrettent également vertement que le site n'ait pas été laissé en l'état avant que les enquêteurs n'aient pu arriver sur les lieux pour y faire leur travail.

Boîtes noires

Les rebelles prorusses ont trouvé "certains matériels qui pourraient être les boîtes noires" de l'avion a annoncé dimanche un de leurs chefs, Alexandre Borodaï. Il a affirmé être prêt à les remettre aux experts internationaux chargés d'élucider les causes du crash, expliquant que les rebelles "n'avaient pas de spécialistes pour les analyser" et ne faisaient "pas confiance" aux experts ukrainiens. "Ces éléments sont à Donetsk et entre mes mains", a-t-il précisé.

Une vidéo publiée sur NBC News montre la découverte d'une des boîtes noires dans un champ de blé.

Recueillement aux Pays-Bas

Dimanche, à travers les Pays-Bas, les croyants en deuil priaient pour les 298 victimes, dont la majorité étaient de nationalité néerlandaise. "Ce qui aurait dû être le début d'une merveilleuse période de vacances est devenu un cauchemar", a déclaré à sa congrégation le prêtre Wim van Meijgaarden, alors que sa messe était retransmise en direct à la télévision néerlandaise. "Nos coeurs sont avec les familles et notre peine avec ceux qui pleurent leurs morts", a-t-il ajouté, rejetant fermement les nombreux appels à la vengeance exprimés sur les réseaux sociaux. "Quel est le plus important : se venger des coupables ou penser aux victimes et à leurs proches", a-t-il demandé.

Parmi les victimes, 80 avaient moins de 18 ans et 193 étaient de nationalité néerlandaise. Dans de nombreuses églises, 298 bougies avaient été allumées en mémoire des victimes. "Je ne pense pas que l'on puisse vaincre les ténèbres en faisant des choses encore plus sombres mais bien en apportant de la lumière dans la peine et en se soutenant les uns les autres", a déclaré le vicaire Jochem Stuiver, à Maarsen, une petite ville dans le centre du pays.

RTBF avec agences

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK