Crash A320: la police recherche les indices d'une maladie mentale

"L'un des pilotes était hors du cockpit" lors du crash de l'A320
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"L'un des pilotes était hors du cockpit" lors du crash de l'A320 - © PATRIK STOLLARZ - BELGAIMAGE

"Il n'y a aucun signe, aucun indice qui laisse penser qu'il s'agirait d'un attentat terroriste" a déclaré, ce jeudi en début d'après-midi en conférence de presse, le PDG de la Lufthansa, dont un des avions de sa filiale Germanwings s'est écrasé mardi dans le sud de la France. Des propos qui viennent compléter ceux du procureur de la République de Marseille, Brice Robin, pour qui le copilote de l'A320 de la Germanwings, alors seul aux commandes, a actionné la descente de l'appareil. "Cette action sur le sélectionneur d'altitude ne peut être que volontaire".

Carsten Spohr, de Lufthansa "secoué" par les nouveaux développements dans l'enquête sur le crash a expliqué, lors de cette conférence de presse, qu'"un commandant de bord à tout à fait le droit de quitter le cockpit pour soulager un besoin naturel. On dit qu'il faut l'éviter, sauf pour ce cas. Donc je crois qu'il a bien agi, il est sorti et est revenu"

Le problème est que lorsqu'il est revenu, il n'a pu rentrer dans le cockpit alors qu'il existe la possibilité d'y pénétrer grâce à un code : "Très certainement lorsque le commandement de bord à voulu rentrer dans le cockpit, soit il ne connaissait pas le code, ce qui est peu probable, soit il a tapé le code, mais le copilote a verrouillé de l'intérieur l'accès dans le cockpit"

Autrement dit, il y a eu un acte "délibéré" du pilote.

Quant à savoir s'il s'agit d'un attentat terroriste, il répond : "Il n'y a aucun signe, aucun indice qui laisse penser qu'il s'agirait d'un attentat terroriste". Paradoxalement, le patron de la Lufthansa refuse de parler de suicide : "Je ne suis pas juriste, je suis juste le président de cette entreprise. Mais quand une personne entraîne 150 personnes dans sa mort, je ne parle pas de suicide".

Pour le reste, Carsten Spohr défend la formation actuelle des pilotes et parle d'"un acte isolé" même s'il s'agit d'"un cas tragique". "Notre seule obsession est la sécurité et cela continuera à la Lufthansa", ajoute-t-il.

Le copilote a fait descendre volontairement l'Airbus

Ce jeudi matin déjà, le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, a communiqué sur les résultats d'analyse de la boite noire du cockpit. Le "voice record" a enregistré les 30 dernières minutes des échanges entre le commandant de bord et le copilote. Durant les 20 premières minutes, selon lui, "les échanges sont normaux et courtois", on entend ensuite le commandant de bord préparer le briefing de l’atterrissage pour Düsseldorf. La réponse du copilote est alors assez laconique.

Le commandant de bord demande ensuite au copilote de prendre les commandes, ce dernier se retrouve alors seul dans le cockpit. Alors qu'il est seul, le copilote manipule le flight monitoring système pour actionner la descente de l'appareil. "Cette action sur le sectionneur d'altitude ne peut être que volontaire", affirme Brice Robin.

Durant les dernières minutes, la boite noire a enregistré une respiration humaine à l’intérieure de la cabine, le copilote était donc encore vivant jusqu'à l'impact final. Il aurait nié les demandes de codes de détresse des contrôleurs aériens. Aucune réponse n'a été apportée à l'ensemble des nombreux appels de ces mêmes contrôleurs aériens.

La mort des victimes "a été instantanée", "Nous n'entendons des cris qu'à la fin" a précisé le procureur.

L’identité du copilote est également connue : Andreas Guenter Lubitz, un allemand de 28 ans.

Hypothèses

L'hypothèse à ce jour privilégiée par les enquêteurs, du moins la plus plausible : le copilote par une abstention volontaire aurait refusé d'ouvrir la porte de la cabine de pilotage au commandant de bord et aurait volontairement actionné le bouton commandant la perte d'altitude. Les enquêteurs ignorent encore le pourquoi.

Nettement moins probable est celle du pilote qui aurait eu un malaise alors que son collègue n'était plus dans la cabine de pilotage, dans la mesure où il y a eu une action volontaire pour faire voler l'avion à une altitude plus basse menant droit sur la montagne.

Après les attentats du 11 septembre 2001, la protection du cockpit des avions de ligne a été renforcée. L'ordre d'ouvrir le cockpit ne provient aujourd'hui que de l'intérieur et est donné par les pilotes.

Dans l'histoire aéronautique, des cas de pilotes qui se sont suicidés existent, notamment fin 2013 lors du vol de Mozambique Airlines qui s'est écrasé en Namibie, de Silk Air en 1997 et d'Egyptair en 1999, même si les autorités indonésiennes et égyptiennes ont contesté la conclusion de l'enquête.

"Quelque 300 heures de vol"

Le commandant de bord avait plus de 10 ans d'expérience et plus de 6000 heures de vol sur des appareils Airbus, avait indiqué Germanwings dès mardi. Le copilote de l'Airbus de Germanwings avait été engagé "en septembre 2013" par la compagnie aérienne et comptait 630 heures de vol, précisait également Lufthansa.

Les nouvelles informations proviennent de l'audition par les enquêteurs de la "boîte noire" enregistrant les sons dans le cockpit. Le Cockpit Voice Recorder (CVR) avait été retrouvé mardi quelques heures après l'accident et sa lecture a été effectuée mercredi en fin de journée.

Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), chargé de décrypter la "boîte noire", avait de son côté indiqué que le commandant de bord était très expérimenté: il avait plus de 10 ans d'expérience et plus de 6000 heures de vol à son actif.

L'A320 de la compagnie allemande, qui devait relier Barcelone (Espagne) à Düsseldorf (Allemagne), s'est écrasé mardi dans le sud des Alpes françaises avec 144 passagers à bord, en majorité allemands et espagnols, et six membres d'équipage. Mercredi, le BEA avait écarté la piste d'une explosion de l'avion en vol, indiquant que l'appareil avait volé jusqu'au bout.

Dans le déroulement des faits, le dernier message radio au contrôle à Marseille a été enregistré à 09h30 GMT, le début de descente de l'appareil a commencé une minute plus tard et la dernière position radar a été enregistrée à 09h40 GMT, avait indiqué le BEA.

Pendant ces dix minutes, la trajectoire de l'avion a été rectiligne. Il est descendu à une vitesse modérée de 3000 pieds par minute, quelque 1000 mètres par minute, ce qui ne correspond ni à un avion en décrochage, ni à un avion en descente d'urgence avec une panne grave.

Se diriger tout droit en direction des montagnes ne correspond toutefois pas à une action rationnelle de la part de pilotes professionnels, avaient expliqué mercredi plusieurs experts aéronautiques et commandants de bord interrogés par l'AFP. "Si les pilotes n'ont pas empêché l'avion d'aller s'écraser contre les montagnes, c'est que soit ils étaient inconscients ou morts, soit ils ont décidé de mourir, soit on les a obligés à mourir", avait résumé un des experts.

La police postée devant l'habitation du copilote

Depuis l’annonce d’un possible suicide du copilote ce merdredi, la police est postée devant son habitation rapporte jeudi la chaîne anglaise ITV. La maison est située à Montabaur dans l'Etat régional de Rhénanie-Palatinat (ouest de l'Allemagne). Andreas Lubitz vivait chez ses parents à Montabaur.

Mais il possédait aussi un appartement à Düsseldorf que des enquêteurs ont commencé à fouiller. La police recherche les preuves d'un motif ou d'une maladie mentale. L'examen de sa maison à Montabaur est également prévue. L'organe de surveillance aérienne a indiqué que le dernier examen de routine de l'homme de 28 ans ne comportait aucune anomalie.

RTBF avec Belga

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