CQFD: Va-t-on vers un nettoyage ethnique pour les Kurdes du nord de la Syrie?

Les Kurdes sont-ils abandonnés par la communauté internationale? Après avoir servi de fer de lance contre l'état islamique en Syrie, ils s'inquiètent aujourd'hui d'une très probable intervention turque au nord de la Syrie, suite à l'annonce du retrait américain de la zone. Deux invités pour en parler, dans Ce Qui Fait Débat ce mardi soir: Georges Dallemagne, député cdH et Zeki Levent Gümrükcü, ambassadeur de Turquie en Belgique. 

2 millions de réfugiés pourront retourner en Syrie

Le représentant de la Turquie en Belgique explique l'intention de son pays: "L'idée est d'avoir une zone de sécurité le long de la frontière côté syrien, d'une profondeur de 30 km, à l'est de l'Euphrate (...) Le but premier est de débarrasser cette région de ses éléments terroristes, qui utilisent malheureusement cette zone comme base pour leurs attaques transfrontalières vers la Turquie. Pour nous, c'est d'abord une opération de contre-terrorisme, précise Zeki Levent Gümrükcü, "et nous espérons ensuite que les réfugiés qui se trouvent en ce moment en Turquie retourneront dans cette zone".

Selon l'ambassadeur, une fois l'infrastructure nécessaire en place, ce sont deux millions de personnes ayant trouvé refuge en Turquie qui pourront alors retourner en Syrie. Contraintes et forcées? Non, assure Zeki Levent Gümrükcü: "C'est un principe du droit international: tous les retours doivent être volontaires, sécurisés et décents. Et nous allons respecter cela".

Une nouvelle guerre aux portes de l'Europe

Georges Dallemagne, qui s'est rendu à plusieurs reprises en Syrie, précise d'emblée: "les Kurdes de Syrie n'ont jamais représenté une menace pour la Turquie, ils sont distincts des Kurdes du PKK actifs en Turquie. Par ailleurs, si les Turcs se sentent menacés, ils peuvent faire appel au Conseil de Sécurité de l'ONU ou à leurs alliés de l'OTAN, or ils ne l'ont jamais fait". 

Le député craint très clairement une nouvelle guerre aux portes de l'Europe, "une guerre dont les conséquences pourraient être catastrophiques pour les Kurdes, pour toute la région mais aussi pour l'Europe", prévient-il, "puisqu'il s'agit pour la Turquie d'envahir une portion de territoire grande comme la moitié de la Belgique, d'y déplacer les Kurdes qui y vivent très loin de la frontière, et d'y ramener les 2 millions de réfugiés syriens actuellement sur son territoire".

La présence de plusieurs milliers de djihadistes détenus par les Kurdes dans cette zone est aussi une menace à la sécurité, poursuit le député: "selon mes dernières informations, il y a déjà des djihadistes qui ont quitté des camps et sont dans la nature, il y a un vent de panique sur place". Les Kurdes syriens veulent à tout prix éviter un conflit avec la Turquie, ajoute Georges Dallemagne qui en est convaincu: "la Turquie elle veut cette invasion et elle ne vise pas autre chose que de faire un nettoyage ethnique dans la région".

Notre responsabilité face à l'histoire est immense

11 000 combattants kurdes, parmi la communauté présente au nord de la Syrie ont laissé leur vie, pour combattre l'état islamique aux côtés des Américains. Une communauté qui se sent aujourd'hui abandonnée et trahie par les Etats-Unis. L'ambassadeur turc balaye cet argument: "Historiquement, il n’était pas bon de combattre une organisation terroriste avec une autre organisation terroriste (...) Non, nous n’avons abandonné personne ! Je crois qu’on a commis une erreur en utilisant une organisation terroriste en premier lieu", explique Zeki Levent Gümrükcü.

"La Turquie est une force de déstabilisation dans la région", affirme de son côté Georges Dallemagne qui s'inquiète de voir un allié sur le point de violer le droit international. La Belgique, en tant que membre du conseil de sécurité de l'ONU, a aujourd'hui demandé une réunion rapide du conseil. "Je suis surpris qu'il n'y en ai pas encore eue, confie le député humaniste, "je voudrais que nous puissions y voir s'il est possible de mettre en place une force d'interposition, dans laquelle se retrouveraient pourquoi pas les Turcs, les Européens, les Américains et les autres, pour éviter qu'il n'y ait un bain de sang (...) Aujourd'hui, il y a des mouvements de troupes, de chars, il y a une guerre qui se prépare et l'Europe détourne le regard. Notre responsabilité face à ce qui va se passer là-bas, face à l'histoire, est immense et j'espère encore un sursaut de la part de nos pays", conclut-il. 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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