CQFD - Israël-Palestine: un cycle de violences, dans lequel "aucune solution diplomatique n'est en vue"

En quelques jours, la tension autour de Jerusalem-est s’est transformée en conflit armé. L’étincelle a en partie son origine dans le conflit opposant des habitants de Cheikh Jarrah, un quartier du Jérusalem arabe, à une association de colons : ces derniers voulaient prendre, possession des maisons de 4 familles palestiniennes.

La tension grandissait aussi au fur et à mesure des jours de jeûne du ramadan, pendant lesquels des colons israéliens venaient manifester à Jerusalem Est.

Manifestations, rassemblements… Des heurts violents ont finalement opposé des jeunes Palestiniens aux forces israéliennes vendredi dernier sur l’Esplanade des mosquées, des heurts qui se sont reproduits le week-end.

Lundi, le Hamas, au pouvoir dans la Bande de Gaza, lance des roquettes sur plusieurs villes israéliennes. L’aviation israélienne envoie 300 avions pour bombarder l’enclave.

Le conflit devient armé, et aucune trêve n’est en vue.

Assiste-t-on à la répétition de la guerre meurtrière de Gaza, qui s’est déroulée en 2014 ? Pour en parler, deux invités sur le plateau de CQFD : François Dubuisson, professeur de droit international à l’ULB, et Frédéric Encel, géopolitologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et professeur à la Paris School of Business.


Ecoutez l'entièreté de l'émission ci dessous:

Cette dérive armée était prévisible, réagit François Dubuisson, "on ne peut pas maintenir le statu quo en Israël-Palestine pendant des décennies, en pensant qu’il n’y aura plus d’explosion de violence ou de manifestations". François Dubuisson rappelle qu’il faut replacer ces évènements dans le contexte global de la colonisation et de l’occupation, que plusieurs organisations comme Human Rights Watch qualifient d’apartheid.

 


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Frédéric Encel fait, dit-il, globalement la même analyse, mais il ajoute une dimension supplémentaire, celle de l’absence de solutions formulées pour régler de façon générale la question israélo-palestinienne : "J’insisterais sur le vide politique et diplomatique extérieur… Avec l’absence d’impulsion en faveur d’un nouveau plan de paix de la part de Washington – les Européens n’en parlons pas – de la part de Moscou, et de la part de la Ligue arabe, focalisée sur le danger chiite". Pour Frédéric Encel, ce vide est aussi intérieur.

Cette escalade dans la violence pourrait-elle aboutir au même désastre humain que la guerre meurtrière de Gaza – appelée par Israël "Bordure protectrice"- qui, à l’été 2014, durera 50 jours, et fera plus de deux mille morts, essentiellement des Palestiniens ?

Sur le plan de la justice internationale, la Cour pénale internationale (CPI) avait décidé de se saisir du dossier de ce conflit, en ouvrant une enquête pour faire la lumière et juger les responsables de crimes perpétrés tant par les forces israéliennes que par le Hamas.

Un cycle de violences, sans solution politique ?

Pour Frédéric Encel, un scénario semblable pourrait se dérouler aujourd’hui : "Je suis d’une nature optimiste, notamment sur l’absence de possibilité de dégradation régionale. Mais tant que, sur le terrain,  ce gouvernement sortant ne sera pas sorti de la crise la tête haute en créant une nouvelle coalition, d’une part ; et tant que d’autre part le Hamas n’aura pas intérêt à montrer qu’il a réussi quand même, on en sortira pas […] ça peut durer quelques semaines malheureusement ; je ne vois pas très bien, dans le terreau de vide politique, comment on pourrait éviter d’autres secousses d’un conflit de basse intensité, qui ne dit pas son nom depuis maintenant plus de 50 ans."

François Dubuisson rappelle que, dans les guerres précédentes, en 2014, mais aussi en 2008-2009, il y a "un certain engrenage, une escalade", puis un cessez-le-feu… Mais qui ne va rien changer sur le terrain. "Lorsque la situation est calme, elle disparaît totalement de l’agenda politique", observe-t-il. "Aucune solution diplomatique n’est en vue, les pays arabes ayant aussi abandonné le dossier", ajoute-t-il en se référant aux "Accords d’Abraham", accords diplomatiques bilatéraux signés entre Israël et Bahrein et les Emirats arabes unis, puis l’Egypte. "Il y a une frustration vis-à-vis des pays arabes, à cause des accords d’Abraham… Devant la persistance de la colonisation et de l’occupation, mais aussi devant la passivité internationale et aussi de la direction de l’Autorité palestinienne".

Face aux violences, le Conseil de sécurité de l’ONU doit tenir ce lundi une nouvelle réunion à huis clos en urgence, la deuxième en trois jours. La première réunion qui avait eu lieu lundi s’était soldée sans aucune déclaration commune, à cause de réticences des Etats-Unis à adopter un texte sur ce dossier. Selon certaines sources diplomatiques, l’ONU, avec l’aide du Qatar et de l’Egypte, tente de son côté une médiation auprès des parties "concernées". D’autre part, le président du Conseil européen Charles Michel s’est entretenu mercredi avec le président israélien Reuven Rivlin. Dans un message sur Twitter, Charles Michel a appelé à une désescalade dans les affrontements entre le Hamas et Israël.

Que peut faire la communauté internationale ? Sera-t-elle mobilisée face à ce conflit ? Ce n’est pas certain, estime Frédéric Encel. Le seul qui pourrait changer la donne, est le président des Etats-Unis, estime-t-il. Mais le Proche-Orient, "Joe Biden n’en fera pas sa priorité".

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