CQFD : "Il n'y a pas une seule communauté italienne en Belgique, mais plusieurs"

Ce 2 juin, les Italiens célèbrent la fête de la République, qui marque 75 ans d’histoire républicaine. La Belgique se rappelle, elle, des 75 ans d’immigration italienne dans notre pays, depuis la signature des accords charbon en juin 1946.
Immigration italienne : quel héritage en Belgique ? 75 ans pour les accords charbon : quel souvenir ? Qui sont ces Italiens arrivant aujourd’hui en Belgique ? Pour en parler, sur le plateau de CQFD : Francesco Genuardi, ambassadeur d’Italie en Belgique, et Marco Martiniello, sociologue et directeur de recherche FNRS à l’Université de Liège.
 

Les Italiens en Belgique forment l’une des plus importantes communautés de nationalité étrangère. Celles et ceux qui ont la nationalité italienne et qui résident en Belgique sont, d’après les chiffres de l’Office belge de Statistiques, au nombre de 155 696 en 2020, restent dans le top de tête des nationalités étrangères, en troisième position, juste derrière les ressortissants français et néerlandais, et représentent près de 11% de la population de nationalité étrangère. Quant aux Belges d’origine italienne en Belgique, plusieurs chercheurs estiment leur nombre à près de 300 000 personnes, soit de 2,5% de la population.

Les accords de juin 1946 entre la Belgique et l’Italie, vont sceller le début de l’immigration de milliers de mineurs italiens vers la Belgique. En Belgique, le manque de main-d’œuvre est criant au sortir de la guerre. Et en Italie, la période de l’après-guerre est désastreuse, avec une économie est à terre, une situation politique explosive. Une communauté d’intérêts apparaît donc entre les deux pays : pour l’un, obtenir de la main-d’œuvre à bas prix, pour exploiter les mines ; pour l’autre, envoyer loin une partie de la jeunesse, en échange de charbon. Le protocole d’accord charbon contre main-d’œuvre voit alors le jour le 23 juin 1946. Il porte sur l’envoi de 50 000 travailleurs italiens. En échange, l’Italie a droit à 200 kg de charbon par mineur et par jour. Mais les premiers arrivés vont vite déchanter. Parqués dans des baraquements, leur vie s’avère extrêmement difficile.

Le 8 août 1956, c’est la catastrophe dans les mines du bois du Cazier à Marcinelle : 262 mineurs sont morts, parmi lesquels 136 Italiens.

Une commémoration douloureuse

L’ambassadeur italien en Belgique, Francesco Genuardi a tenu à assister aux commémorations organisées sur le site de la catastrophe, lundi dernier, pour rendre hommage au sacrifice des mineurs italiens en Belgique. Il précise : "On ne fête pas l’accord Hommes-charbon, on célèbre avec la mémoire une étape dure et douloureuse, mais une étape du début de l’intégration des Italiens en Belgique."
 

Quelle est cette communauté italienne en Belgique ?

"Il n’y a pas une seule communauté italienne en Belgique, mais plusieurs, veut préciser Marco Martiniello. La communauté italienne en Belgique est divisée selon des lignes politiques, régionales ou culturelles… Peppone et Don Camillo, on les a retrouvés aussi en Belgique dans les années '50 et '60" Lui non plus ne "fête" pas les accords charbon de 1946. Le sociologue souhaite rappeler que l’intégration de ces travailleurs a été très difficile, "des pancartes 'Ni chiens ni Italiens' était affichées sur les commerces" rappelle-t-il en regrettant aujourd’hui que certains descendants de ces travailleurs rejetés, rejettent à leur tour les nouveaux immigrés. L’arrivée en Belgique en 1946 a été "une grande désillusion pour les Italiens".

Aujourd’hui, il y a en partie une sorte de reproduction socio-économique, même s’il existe un phénomène de constitution d’une élite dans la communauté italienne, explique le chercheur :

Francesco Genuardi ajoute que l’Italie doit beaucoup aux immigrés venus en Belgique : "Il y a eu un transfert important de salaires qui est arrivé en Italie" ce qui a permis à au pays d’avancer.

Par ailleurs, précise Marco Martiniello, il faut aussi "rendre une juste place aux femmes de l’immigration italienne", qui sont venues très tôt, et qui ont joué un rôle important dans les familles, "mais aussi dans les industries en Belgique, par exemple dans l’industrie de l’armement dans la région de Liège ; elles ont participé aux combats sociaux", souligne-t-il.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK