Covid19 en Espagne : le flamenco est-il en danger ?

La Casa Patas est un temple du flamenco à Madrid. Mais les chants et les pas de danse n’y résonnent plus, pandémie oblige. En 32 ans d’existence, c’est la 1er fois que le lieu est fermé.

Le secteur s’inquiète et appelle à l’aide face à ce que les professionnels appellent " un danger d’extinction ".

Martín Guerrero, le propriétaire s’est exprimé face au micro de l’AFP. " La fermeture de la Casa Patas n’est que la partie émergée de l’iceberg, d’une possible claque à venir pour le secteur. La fermeture a été très difficile à supporter, surtout pour les 25 employés licenciés, dont certains y travaillaient depuis une vingtaine d’années. Nous nous retrouvons sans clients internationaux, sans entreprises, sans clients madrilènes, sans clients nationaux, sans touristes nationaux, donc, nous aurons probablement un revenu entre 10 et 20% du revenu habituel, dans des circonstances normales. Il est donc impossible que l’entreprise puisse ouvrir de nouveau."

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L’Association nationale des tablaos de flamenco d’Espagne (ANTFES) représente une centaine de salles typiques du genre. Le secteur emploie 3400 personnes. Des emplois directs qui sont à l’arrêt depuis la mi-mars. "Puisqu’ils ne nous aident pas, les salles de flamenco disparaissent", alerte depuis plusieurs jours Federico Escudero, le président.

Malgré le recul de la pandémie en Espagne et la réactivation progressive de son économie, la survie de ces salles demeure en péril selon l’ANTFES, alors qu’elles font vivre "90% des artistes" de flamenco, un art inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Car les tablaos, dont le nom renvoie aux estrades qui résonnent au rythme des talons des danseurs, accueillent des spectateurs composés jusqu’à 90% d’étrangers, mais les frontières ne commenceront à ouvrir que dimanche, et seulement aux ressortissants de pays de l’UE dans un premier temps.

Ces salles offrent un spectacle intimiste autour de chanteurs, danseurs, des guitaristes, des batteurs de cajón ainsi que des palmeros qui frappent le rythme avec leurs paumes, le tout dans un local fermé qui s’adapte difficilement aux nouvelles normes de distanciation.

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Adieu à une atmosphère fantastique

La Casa Patas, ouverte en 1988 dans le quartier de Lavapiès à Madrid, fait figure de haut lien du flamenco, et de tablao typique : une salle et une scène petites, 120 chaises très serrées, ce qui empêche de s’en sortir financièrement si la capacité d’accueil est réduite.

À Barcelone, Mimo Agüero tente d’éviter le même sort pour le Tablao de Carmen, inauguré il y a 30 ans en l’honneur de Carmen Amaya, grande figure du flamenco.

"Tant que le tourisme ne sera pas revenu à la normale, au rythme d’avant, nous ne pourrons pas ouvrir", explique Mimo Agüero, responsable de la salle. "Comme le gouvernement ne nous aide pas, nous ne savons pas ce que nous allons faire".

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Plan d’aide national

L’ANTFES sollicite un "plan d’aide national" qui prévoie la prolongation des plans de chômage partiel jusqu’au 31 décembre et des subventions pour pallier le manque de touristes.

Elle demande aussi d’éliminer la réduction des capacités d’accueil, sans quoi "95% des tablaos devront fermer".

L’avenir des tablaos est incertain et Martin Guerrero le sait bien. "Le flamenco est absolument vivant comme une partie de la culture populaire de l’Andalousie et d’autres régions d’Espagne."

Ses artistes se produisent dans de nombreuses fêtes populaires, ainsi que dans des théâtres traditionnels. "Le flamenco est promu par des enseignants, des académies et des institutions telles que la Fondation Casa Patas, un conservatoire et une salle de répétition, qui resteront actifs" souligne le maître des lieux.

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