Covid-19: l’Afrique du Sud dépassée par une troisième vague virulente

La situation devient catastrophique dans les hôpitaux de Pretoria et Johannesburg. Les deux villes se trouvent dans la province de Gauteng (15 millions d’habitants, soit un quart des Sud-Africains) : c’est la plus touchée par la troisième vague de Covid, avec quelque 7000 nouveaux cas par jour. Alors que, selon l’OMS, le continent africain a enregistré une hausse de 40% des infections en une semaine, l’Afrique du Sud reste de loin le pays le plus touché avec 1,8 million de cas et 58.795 décès.

Selon des experts qui se basent sur les chiffres d’excédents de mortalité, le nombre de morts dépasserait, en fait, les 160.000, faisant de l’Afrique du Sud, le cinquième pays au monde le plus affecté en pourcentage de mortalité.


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"La pandémie est hors de contrôle à Gauteng", a reconnu David Makura, le gouverneur de la province. Dimanche dernier, 5200 patients ont dû être hospitalisés à Gauteng. Faute de lits, certains sont désormais traités dans les ambulances. D’autres sont ventilés sur des chaises roulantes pendant deux jours. "Nous recevons des appels désespérés de professionnels de la santé et de familles de patients, qui demandent des concentrateurs, des bouteilles d’oxygène ou qui cherchent une place dans les hôpitaux", témoigne Imtiaz Sooliman de l’ONG "Gift of the Givers", dans le "Daily Maverick" du 22 juin. Les plus chanceux sont admis, mais les autres sont renvoyés chez eux.

Les critiques fusent sur le manque de prévoyance des autorités. Ainsi, l’hôpital universitaire "Charlotte Maxeke", dans le centre de Johannesburg, est fermé depuis avril, suite à un incendie qui n’a pourtant ravagé qu’une petite partie de ses bâtiments. Son unité de soins intensifs aurait pu soigner 300 victimes du Covid. Le personnel n’a même pas été réaffecté ailleurs. Un autre hôpital du centre-ville ne fonctionne qu’à 40% de sa capacité. Quant à l’unité d’appoint, ouverte l’an dernier dans le grand hôpital Baragwanath de Soweto, elle ne fonctionne pas, faute de personnel et d’équipement. "Gift of the givers" a même dû intervenir pour forer des puits dans deux autres hôpitaux de Johannesburg, affectés par des coupures d’eau.

L’administration est aussi paralysée par l’inefficacité et les affaires de corruption, qui ont englouti les budgets dévolus à la lutte contre le Covid. Les enquêtes en cours concernent 4000 contrats pour une valeur totale de 800 millions d’euros. Impliqué lui-même dans une affaire de corruption, le ministre de la Santé, Zweli Mkhize, a été suspendu, début juin. Les critiques fusent aussi sur la lenteur du programme de vaccination, alors que seulement 3,5% des Sud-Africains ont reçu un vaccin.


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L’association médicale sud-africaine (SAMA) déplore aussi le manque de mesures de confinement à Gauteng, ou les écoles n’ont pas été fermées. Lundi, le président Cyril Ramaphosa s’est contenté d’appeler les Sud-Africains à respecter les mesures de distanciation sociale. Il s’est, en revanche, félicité du projet annoncé le même jour, avec le président français Emmanuel Macron, de création d’un centre de transfert de technologies pour la fabrication de vaccins à ARN messager, en Afrique du Sud d’ici 9 à 12 mois. Selon Ramaphosa, "on va changer le narratif d’une Afrique, foyer de maladies et de mal développement". Deux petites sociétés sud-africaines (Biovac et Afrigen Biologics & Vaccines) participent au projet, qui espère obtenir la participation de Pfizer-BioNTech et Moderna, et devrait bénéficier à tout le continent. Mais la nouvelle ne va rien changer pour les familles endeuillées du Gauteng.

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