Coupe du Monde 2022 : pour Amnesty international, le Qatar exploite les travailleurs migrants

Une centaine de personnes attend toujours d'être payée.
Une centaine de personnes attend toujours d'être payée. - © GIUSEPPE CACACE - AFP

Les travailleurs migrants employés sur le chantier de construction d’un stade pour la Coupe du monde de la FIFA au Qatar ont travaillé jusqu’à sept mois sans être payés, dénonce Amnesty International dans un rapport publié ce jeudi. Le riche Etat gazier affirme le même jour avoir mis fin à sa collaboration avec l’entreprise fautive QMC.

Une centaine d’employés de Qatar Meta Coats (QMC), entreprise de design et de construction sous-traitant les travaux de façade du stade Al Bayt, projet d’un montant de 770 millions d’euros, attendent toujours de se faire payer la totalité des sommes qui leur sont dues, affirme l’organisation. Ce défaut de paiement empêcherait notamment les travailleurs migrants, originaires d’Asie et d’Afrique, de payer les frais de scolarité et médicaux de leur famille.

Le changement n’a que trop tardé

"Cette affaire illustre une nouvelle fois à quel point il est facile d’exploiter les travailleurs au Qatar, y compris ceux qui construisent l’un des joyaux de la Coupe du monde. Depuis des années, nous exhortons le Qatar à réformer son système, mais il est clair que le changement n’a que trop tardé", affirme Steve Cockburn, directeur du programme Justice économique et sociale à Amnesty International.

Il ajoute par ailleurs que les organisateurs de la Coupe du monde étaient au courant des retards de paiement des salaires depuis juillet 2019. QMC, qui, dans un courrier adressé à Amnesty International, a reconnu les retards de paiement, dus à des difficultés financières, a assuré qu’elle s’efforçait de résoudre ces problèmes.

Sans papiers, le risque d’être expulsé

L’organisation affirme aussi que l’entreprise QMC n’a pas renouvelé les permis de séjour de ses employés, les exposant ainsi au risque d’être arrêtés et expulsés, et appelle le Qatar à veiller à ce qu’ils aient des papiers valides et soient remboursés des frais engagés pour obtenir leur emploi au sein de l’entreprise.

Les organisateurs du Mondial 2022 ont depuis interdit à QMC de travailler sur les projets de la Coupe du monde et l’entreprise a été vendue à de nouveaux propriétaires, ont indiqué jeudi les autorités qataries. Doha affirme avoir pris de nombreuses mesures de protection sociales pour protéger les travailleurs migrants dans le pays, mais leur efficacité sur le terrain a été mise en doute par les ONG.

Quid de la FIFA

La FIFA, qui aurait déclaré n’avoir pris connaissance de la situation qu’à la suite de l’enquête menée par Amnesty International, "doit intervenir" pour inciter le Qatar à réformer son système, selon l’ONG. "Le fait que la FIFA n’ait pas été au courant de la situation épineuse des travailleurs sur l’un des stades de la Coupe du monde pendant aussi longtemps montre qu’elle ne prend pas encore suffisamment au sérieux les atteintes aux droits humains liées à la Coupe du monde de football Qatar 2022."

De rares grèves de travailleurs ainsi que l’attention des médias internationaux ont conduit le riche Etat gazier à intervenir à plusieurs reprises, versant les salaires lui-même et engageant des poursuites contre les entreprises contrevenantes. Afin de lutter contre les pratiques d’exploitation des ouvriers par les entreprises, les autorités qataries ont affirmé avoir adopté la semaine dernière un projet de loi veillant à renforcer les sanctions en cas de violation du droit du travail par les entreprises.

Archives : Journal télévisé du 01/03/2020

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