Coup de sang au Parlement russe contre des fraudes électorales

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a pris de haut la fronde mercredi de trois formations politiques à la Douma, d'ordinaire soumises, qui ont quitté l'hémicycle pour dénoncer des fraudes électorales en faveur de son parti, Russie unie.

"Si quelqu'un a des doutes (sur l'honnêteté des élections), alors il faut aller devant la justice et le prouver", a déclaré depuis Pékin M. Poutine, jugeant que les perdants étaient "toujours mécontents" mais que les gagnants ne devaient pas "verser dans l'euphorie".

Le président russe Dmitri Medvedev ne s'est pas montré plus conciliant avec le Parti communiste, le Parti libéral-démocrate (LDPR, ultranationaliste) et Russie juste, rejetant leur demande de rencontre.

"Aucune rencontre de ce type n'est prévue pour les dix jours à venir", a déclaré Natalia Timakova, la porte-parole du Kremlin citée par Ria Novosti.

Pourtant un porte-parole de LDPR a affirmé qu'une telle rencontre aurait lieu prochainement. Le chef du parti, Vladimir Jirinovski "s'est entretenu par téléphone avec le président (Medvedev) qui lui a promis une rencontre dans les plus brefs délais", a-t-il déclaré mercredi à la radio Echo de Moscou.

Les trois partis, qui contrôlent 135 sièges à la chambre basse du Parlement, ont abandonné mercredi matin leurs 315 collègues, tous membres de Russie unie. Les frondeurs n'ont cependant pas précisé si ce boycott était ponctuel ou s'il se poursuivrait à la prochaine séance vendredi.

Motif du coup de sang: les résultats des élections locales de dimanche, marquées par une victoire écrasante de Russie unie. Exemple le plus flagrant de fraudes selon les trois partis: l'élection de l'assemblée municipale de Moscou où le parti de M. Poutine a raflé 32 des 35 sièges.

"Nous ne reconnaissons pas ces élections. Le parti Russie unie s'est approprié frauduleusement des voix des électeurs, nous ne pouvons être dans la même salle que des escrocs!", s'est exclamé le chef du LDPR, Vladimir Jirinovski.

Le chef du PC, Guennadi Ziouganov et M. Jirinovski ont aussi annoncé vouloir organiser des manifestations.

A peine plus consensuel, le président de Russie juste et du Conseil de la fédération (sénat), Sergueï Mironov a jugé qu'une absence de dialogue "signifie que la majorité est déconnectée des réalités".

Russie unie a néanmoins balayé les protestations, alors que la Commission électorale russe avait déjà qualifié lundi d'"hystériques" les accusations.

"Les élections sont derrière nous et les actions populistes n'ont plus aucun sens", a estimé le président de la Douma et l'un des dirigeants du parti au p0ouvoir, Boris Gryzlov.

Les Etats-Unis ont réagi se disant "préoccupés des informations d'observateurs indépendants sur des irrégularités" lors de ce scrutin.

"Les élections qui permettent l'enregistrement des candidats quelle que soit leur affiliation politique, l'accès égal de tous aux médias, les scrutins et les décomptes de voix sans fraudes font partie intégrante de la lutte contre la corruption", et "c'est la vision qu'a développée le président (Dmitri Medvedev)", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Philip Crowley.

Cette fronde parlementaire constitue, selon les observateurs, un évènement sans précédent depuis la disparition fin 2003 de l'opposition libérale à la Douma, dernier bastion de la contestation contre le président d'alors, Vladimir Poutine.

Pour l'analyste indépendant Dmitri Orechkine, le niveau de fraude électorale a été tel cette fois-ci que même ces partis dépendants du Kremlin "ne ferment plus les yeux" car "il en va de leur survie".

"Il est très intéressant de voir que les autorités ont cru à tort que ces gens allaient avaler la couleuvre", souligne-t-il, "qu'il y ait une solidarité entre ces partis (...) signifie que le niveau de ce qui est acceptable a été dépassé".

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