Coup d'état militaire au Mali: nouvelle intervention télévisée des putschistes

Des militaires ont pris le pouvoir et renversé le président Touré
Des militaires ont pris le pouvoir et renversé le président Touré - © HABIBOU KOUYATE (AFP)

Le couvre-feu décrété au Mali par les militaires qui ont annoncé jeudi le renversement du président Amadou Toumani Touré sera en vigueur de 18H00 à 06H00 locales (et GMT), a annoncé le porte-parole des putschistes, le lieutenant Amadou Konaré, dans une déclaration lue jeudi soir à la télévision publique malienne ORTM, sous leur contrôle depuis mercredi après-midi.

La durée de cette mesure d'interdiction de circulation des civils n'a pas été précisée. Toute la journée de jeudi, la circulation a été très fluide à Bamako, où étaient visibles de rares automobilistes et quelques motocyclistes. La plupart des commerces et bureaux étaient fermés, les habitants demeuraient à leurs domiciles.

Dans la ville, des militaires se livraient à des actes de pillages ou réquisitionnaient des véhicules de particuliers à Bamako, selon un journaliste de l'AFP et des témoins.

Dans sa dernière déclaration, le comité de direction des putschistes "condamne tous les actes de vandalisme constatés sur le terrain", invite les militaires à l'apaisement et à oeuvrer au rétablissement d'un "climat de paix" dans le pays.

Avant cela, les putschistes avaient invité "l'administration (publique) à reprendre le travail le mardi 27 mars, ajoutant que "toute absence non justifiée sera considérée comme un abandon de service".

Les secrétaires généraux des ministères sont chargés "de gérer les affaires courantes jusqu'à la mise en place d'un nouveau gouvernement", à une date non déterminée.

Rétroactes

Les auteurs du coup d'Etat au Mali avaient déjà décrété un couvre-feu après leur putsch via la télévision-nationale dont ils ont pris le contrôle.

Le capitaine Amadou Sanogo, président de la junte qui a pris le pouvoir sous le nom de Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE), avait fait cette annonce après une allocution du porte-parole de ce comité, le lieutenant Amadou Konaré.

Le lieutenant Amadou Konaré, a affirmé avoir agi pour face "à l'incapacité" du régime du président Amadou Toumani Touré "à gérer la crise au nord de notre pays", en proie à une rébellion touareg et aux activités de groupes islamistes armés depuis la mi-janvier.

Les auteurs du coup d'Etat au Mali sont apparus, ce jeudi matin, à la télévision publique, pour annoncer qu'Amadou Toumani Touré n'était plus chef de l'Etat, qu'ils avaient pris le contrôle de la présidence, à Bamako, et arrêté plusieurs ministres.

Les institutions sont dissoutes et la Constitution est suspendue. Les mutins disent vouloir remettre le pouvoir à un nouveau gouvernement démocratiquement élu.

Le président Touré à Bamako dans un camp militaire

Le président malien Amadou Toumani Touré, que des militaires ont affirmé avoir déposé, est à Bamako, dans un camp militaire, entouré de soldats loyalistes de sa garde présidentielle, ont indiqué jeudi à l'AFP une source militaire loyaliste et un membre de son entourage.

Un mort et environ 40 blessés

Au moins un militaire a été tué au Mali et environ 40 personnes, dont des civils, ont été blessés, la plupart par balles, lors des tirs mercredi et jeudi de soldats mutinés qui ont annoncé avoir renversé le président Amadou Toumani Touré, selon une source militaire et des secouristes.

"Il y a eu un mort et un blessé chez les mutins" mercredi lors de combats avec la garde présidentielle près du siège de la présidence", a indiqué à l'AFP une source militaire, tandis que la Croix-Rouge malienne a recensé "une quarantaine de blessés", la plupart "touchés par des balles perdues", dans les hôpitaux à Bamako et Kati (près de la capitale), selon un de ses responsables.

Toutes les frontières fermées "jusqu'à nouvel ordre"

Les militaires qui ont annoncé avoir renversé le pouvoir du président malien Amadou Toumani Touré ont fermé "toutes les frontières jusqu'à nouvel ordre", a déclaré à l'AFP l'un d'eux, le sergent Salif Koné.

Dans la matinée, une source aéroportuaire avait annoncé à l'AFP que l'aéroport de Bamako avait été fermé et les vols annulés "jusqu'à nouvel ordre" au départ et à destination de la capitale malienne.

Un coup d'état à moitié condamné

La France (dont le Mali est une ancienne colonie) comme les Etats-Unis ont condamné ce coup d'Etat. Mais si la Maison Blanche a directement réclamé le "retour immédiat de l'ordre constitutionnel", les autorités françaises ont, dans un premier (avant de rectifier le tir), semblé vouloir entériner l'éviction d'Amadou Toumani Touré. 

"Amadou Toumani Touré est clairement considéré par Paris comme un mauvais élève de la lutte contre Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Il a été plusieurs fois accusé de laxisme et son éviction n'était pas forcément une mauvaise nouvelle", a déclaré à l'AFP Pierre Boilley, spécialiste des conflits au Sahel et de la question touareg.

"Mais je défie quiconque de savoir si ce coup d'Etat va réussir ou pas. Amadou Toumani Touré serait en sécurité dans un camp militaire et une partie de l'armée pourrait rester loyale", a-t-il ajouté, notant le caractère plus "prudent" de la nouvelle déclaration des autorités françaises.

Un condamnation ferme de l'Union africaine

"Le président de la Commission condamne fermement cet acte de rébellion qui porte gravement atteinte à la légalité constitutionnelle et constitue un sérieux recul pour le Mali et pour les processus démocratiques en cours sur le continent", selon un communiqué de l'Union africaine.

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, rappelle "la politique de zéro tolérance de l'Afrique pour tout changement anticonstitutionnel et son rejet total de toute prise de pouvoir par la force".

Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine devait tenir vendredi une réunion d'urgence, au niveau des ambassadeurs, consacrée à la situation au Mali, a-t-on précisé dans l'entourage de Jean Ping.

L'Union africaine était par ailleurs en contact jeudi avec la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a également "fermement condamné" le coup d'Etat militaire au Mali, et de possibles initiatives conjointes étaient à l'étude pour obtenir un retour à l'ordre constitutionnel au Mali, que les deux institutions réclament, a-t-on appris de source diplomatique.

Tout a commencé avec une revendication

Les soldats se sont opposés au manque de moyens dans la lutte contre la rébellion touareg et les groupes armés islamistes du Nord du pays. Ils ont aussi voulu dénoncer leur hiérarchie.

La mutinerie a commencé, mercredi matin, dans la ville garnison de Kati, à une quinzaine de kilomètres de la capitale Bamako. Elle s'est transformée en coup d'Etat.

Les Affaires étrangères déconseillent de partir au Mali

Vu les incidents à Bamako, le service public fédéral Affaires étrangères déconseille tout voyage vers le Mali jusqu'à nouvel ordre, a-t-on appris jeudi dans un communiqué.

Les Belges en voyage ou résidant au Mali son appelés à manifester leur présence par téléphone (+223.202.196.22) ou par mail (bamako.coop@diplobel.fed.be) au bureau de développement de Bamako et sont encouragés à éviter tout déplacement.
 

Nicolas Willems, AFP et Belga

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