Côte d’Ivoire : la joie des militants de Laurent Gbagbo, définitivement acquitté par la CPI

"Attendez, est-ce qu’on est sûr de la décision ?" Moment de flottement après l’annonce de l’acquittement en appel de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, son ancien ministre, par la Cour pénale internationale (CPI). La centaine de partisans, réunie dans un maquis (restaurant de rue) de Yopougon, commune populaire d’Abidjan et fief de Laurent Gbagbo, veut s’assurer du caractère définitif de la décision de justice.

C’est un jour historique pour la Côte d’Ivoire

Puis c’est l’explosion de joie : "Gbagbo est libéré, c’est fini !" Au terme de dix ans de procès, la CPI a bien acquitté en appel, mercredi 31 mars, l’ancien président ivoirien, accusé de crimes contre l’humanité pour la période des violences post-électorales de 2010-2011. Les juges ont estimé que les preuves à charge étaient insuffisantes, même si la procureure, qui souhaitait interjeter appel, a souligné des vices de procédure. Sous l’œil des caméras, les militants chantent, dansent et crient. Au-dehors, les véhicules klaxonnent. "C’est un jour historique pour la Côte d’Ivoire", lance Samuel, un sympathisant à la casquette colorée.

"Aujourd’hui, on peut boire, manger, draguer à satiété, tout est permis", renchérit un militant dans un grand éclat de rire. Ses partisans prévoyaient de festoyer toute la nuit… dans l’attente du retour au pays de Laurent Gbagbo. Depuis son acquittement en première instance en 2019, l’ex-chef de l’État résidait à Bruxelles, en liberté conditionnelle. Toutes ses restrictions étant désormais levées, il souhaite rentrer en Côte d’Ivoire.

Un retour bientôt vers la Côte d’Ivoire ?

Sur le principe, l’État ivoirien n’y est pas opposé, mais il souhaitait attendre la fin de son procès à la CPI. Les partisans de Laurent Gbagbo étaient privés de leur leader depuis 2011, année de son arrestation à Abidjan et son transfèrement à La Haye au terme d’une crise post-électorale qui a fait plus de 3000 morts. Ils avaient espéré qu’il puisse revenir au pays avant la présidentielle d’octobre 2020, mais l’ancien chef de l’État n’a finalement reçu ses passeports qu’au mois de décembre.


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Selon Baudouin Konan Yao, un militant, Laurent Gbagbo "va rentrer pour prendre en main la politique" et "ressouder le pays". Des observateurs estiment que la réconciliation nationale, point noir de la présidence Ouattara, ne peut se faire sans l’ancien président. La Côte d’Ivoire reste fracturée par les violences politiques depuis plus de vingt ans. La dernière présidentielle, au terme de laquelle Alassane Ouattara a été réélu pour un troisième mandat controversé, a fait 87 morts.

Dans un communiqué, l’ONG Amnesty international a regretté la décision du tribunal, qui "n’a tenu personne responsable pour les crimes atroces [commis pendant la crise post-électorale]. Les victimes […] n’ont toujours pas obtenu justice, pas plus que des réparations pour les préjudices subis".

 


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Toutefois, le retour de Laurent Gbagbo n’est pas encore acté. En 2018, il a été condamné par contumace à vingt ans de prison dans l’affaire dite du casse de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Jugé pour s’être servi dans les caisses de la banque lors de la crise post-électorale. Ses partisans aimeraient qu’il puisse bénéficier d’une grâce.

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