Corruption, Covid-19, chômage : Benjamin Netanyahu sur la sellette

Les rues ont encore grondé la nuit en Israël. Ils étaient près de 15.000 à manifester hier soir, de tel Aviv à Jérusalem, pour réclamer la démission de Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre de l'Etat hébreux, qui est déjà au cœur d'un vaste procès pour corruption, est aussi pointé du doigt par les Israéliens pour sa mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19. Les manifestations s'enchaînent depuis plusieurs semaines. La nuit dernière, 12 manifestants ont été arrêtés.

 

Mauvaise gestion et conséquences

C'est la plus grande manifestation anti-Netanyahu depuis le début du mouvement : plus de 10.000 Israéliens, masque de protection sur le visage, levaient le poing pour demander la démission de leur Premier ministre. Après avoir réussi à juguler la progression de l'épidémie en mars et avril, le pays prend de plein fouet une deuxième vague de contaminations au nouveau coronavirus et dépasse même ces derniers jours les records enregistrés au plus haut de l'épidémie. 

Israël fait aujourd'hui partie des pays où le virus progresse le plus vite. Samedi dernier, Israël annonçait 2.093 nouvelles contaminations en une journée, alors que le pays de 9 millions d'habitants enregistre déjà au moins 72.000 malades et plus de 520 décès. Les manifestants lui reprochent férocement d'avoir mal géré la crise sanitaire, incapable de prendre des mesures cohérentes pour ralentir la contamination et trop pressé de reprendre l'économie, notamment en actant le déconfinement trop tôt.

Puis en faisant marche arrière avec notamment la fermeture imposée de la plupart des commerces non-essentiels le weekend et jusqu'à nouvel ordre. Ce qui a fait monter d'un cran la colère des groupes de travailleurs indépendants et de petits entreprises, qui sont d'ailleurs à l'origine de plusieurs manifestations à Tel-Aviv. Tout comme les artistes, entre autres, ils se sentent abandonné par le gouvernement.

L'économie n'a d'ailleurs pas échappé à quelques gifles : le taux de chômage explose. Il dépasse aujourd'hui les 20%, alors qu'il était à moins de 3,5% il y a 6 mois. Des milliers d'Israéliens se retrouvent donc sans emploi, dans un contexte épidémique explosif, mais aussi avec des moyens de subsistances très réduits, faute d'aides du gouvernement.

"Crime Minister"

Un manque de soutien notamment financier qui passe d'autant plus mal auprès des Israéliens que Benjamin Netanyahu est inculpé depuis novembre dernier pour corruption, fraude et abus de confiance dans pas moins de trois affaires. Le procès, ouvert finalement le 24 mai dernier, tente de faire la lumière sur un dossier qui accuse le Premier ministre d'avoir reçu pour 700.000 shekels (180.000 euros) de cigares, champagne et bijoux de la part de personnalités richissimes en échange de faveurs financières ou personnelles. 

Selon les enquêteurs, le Premier ministre israélien aurait aussi - et surtout - accordé des faveurs gouvernementales au patron de la société de télécommunications Bezeq, en échange d'une couverture médiatique favorable. Un deal qui aurait permis au patron de Bezeq de gagner des millions de dollars en profitant de l'influence d'un groupe de presse.

Au pouvoir depuis 2009, "Bibi" se défend en accusant certaines chaînes de télévision de "faire de la propagande aux manifestants gauchistes anarchistes", en couvrant largement leurs rassemblements. "Ils essayent désespérément d'intoxiquer le public, afin de faire tomber un Premier ministre de droite fort", a affirmé le Likoud, le parti de M. Netanyahu, dans un tweet, partagé par Netanyahu.

Et c'est dans ce contexte déjà très tendu qu'une nouvelle loi controversée a été votée la semaine dernière : une loi qui accorde des pouvoirs spéciaux au gouvernement jusqu'en juin 2021, pour lutter contre l'épidémie. Le contrôle parlementaire sur les décisions de l'exécutif est donc limité. La goutte de trop pour des manifestants qui dénoncent une dictature.

Premier chef de gouvernement de l'histoire d'Israël à être visé par des accusations criminelles, Benjamin Netanyahu est de plus en plus en mauvaise posture, sans être obligé de démissionner, ni de se retirer le temps de son procès...

Je condamne le caractère partisan des médias

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'en est pris dimanche aux médias, au lendemain de manifestations. "Je condamne le caractère partisan des médias (...). Ils ne couvrent pas les manifestations mais y participent", a lancé, visiblement énervé, le Premier ministre conservateur, pour qui les manifestants sont tous "de gauche". Traitant les protestataires, qui portaient pour la plupart des masques, d'"incubateurs à coronavirus", il a ensuite accusé les médias d'alimenter les protestations "parfois violentes" et d'ignorer "les appels quotidiens" à l'assassiner, lui et sa famille.

Le président du parti nationaliste et conservateur Likoud a balayé la suggestion selon laquelle les autorités tentaient d'étouffer les manifestations. "Personne ne restreint les manifestations, au contraire", a-t-il répondu, ajoutant que les protestataires "paralysaient les quartiers et bloquaient les carrefours".

Yaïr Netanyahu recadré par les juges

Enfin, un tribunal de Jérusalem a ordonné dimanche au fils du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de cesser de "harceler" les organisateurs des manifestations réclamant le départ de son père. Yaïr Netanyahu avait tweeté jeudi les adresses personnelles des organisateurs des manifestations qui ont lieu devant le domicile du Premier ministre et avait appelé à manifester devant les maisons des manifestants.

"J'invite tout le monde à manifester, jour et nuit, devant les maisons de ces gens qui organisent l'anarchie dans notre pays", avait-il tweeté.

La juge Dorit Feinstein a exigé que le tweet soit effacé et a ajouté dans sa décision que Yaïr Netanyahu devait "cesser de harceler les organisateurs des manifestations pendant six mois et ne plus publier leurs adresses privées". En réaction, le fils du Premier ministre, âgé de 29 ans et familier des provocations sur les réseaux sociaux, a publié un tweet reprochant à la juge de ne pas avoir pris en compte "les menaces de mort dont (il est) la victime".

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