Corruption au Guatemala: deux ans après le pays à nouveau en colère

Le président du Guatemala, Jimmy Morales, le 14 juin 2017 à Guatemala City
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Le président du Guatemala, Jimmy Morales, le 14 juin 2017 à Guatemala City - © Johan ORDONEZ

En 2015, le Guatemala s'était mobilisé de façon historique contre la corruption, poussant au départ précipité de son président. Pourtant, deux ans plus tard, presque rien n'a changé dans ce pays pauvre d'Amérique centrale.

Chaque semaine durant des mois, des milliers d'habitants avaient manifesté, écoeurés par le scandale de fraude fiscale et corruption touchant le plus haut niveau de l'Etat.

Ce climat d'exaspération avait précipité la démission puis l'incarcération du président Otto Pérez, un ex-général de 64 ans au pouvoir depuis 2012, puis l'élection d'un novice en politique, l'acteur comique Jimmy Morales, 48 ans, sur la promesse d'éradiquer la corruption.

Mais les vieux démons du Guatemala semblent de retour: fin mai, la justice a annoncé l'ouverture prochaine d'un procès à l'encontre d'un fils et d'un frère de M. Morales, accusés de fraude à la propriété.

Et des voix montent pour critiquer l'influence sur le président, au pouvoir depuis janvier 2016, de son cercle proche, constitué de militaires dénoncés comme corrompus et de politiciens faisant partie de la vieille garde.

Reflet de la colère montante, le 23 mai, des centaines d'indigènes et agriculteurs ont bloqué plusieurs routes pour exiger la démission du chef de l'Etat.

Pour Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International, le pays avait une opportunité historique de se débarrasser des mafias gangrénant l'Etat guatémaltèque. Mais Jimmy Morales n'a pas mené les réformes nécessaires pour assainir le système.

"Il y avait besoin d'un nouveau gouvernement qui ait parfaitement conscience des changements à promouvoir dans l'Etat, des réformes politiques tout autant qu'administratives, budgétaires et financières", explique-t-il à l'AFP.

Mais "le gouvernement (de Jimmy Morales) est arrivé sans programme et cela a fait déchanter la population".

Président par accident

La réalité avait dépassé la fiction pour l'acteur comique, très connu dans le pays grâce son rôle de Neto, cowboy naïf sur le point de devenir président par accident mais qui se repent à la dernière minute.

Dans la vraie vie, profitant de la colère populaire envers la classe politique traditionnelle, ce candidat au large sourire et charisme naturel avait doublé tous ses adversaires dans la course à la présidentielle. Au final, Jimmy Morales "a déçu beaucoup d'attentes", observe M. Marroquin.

"Les gens ont voté pour quelqu'un qui n'était pas un professionnel de la politique et cela aussi a un coût, car le président est encore dans un processus d'apprentissage".

Quant à la lutte contre la corruption, son cheval de bataille en campagne, elle est "en +stand-by+, ce qui peut laisser les mêmes réseaux ou d'autres (...) reprennent leurs affaires habituelles", redoute-t-il.

Carlos Arrazola, reporter politique au journal en ligne Plaza Publica, est du même avis: le président emploie "les pratiques de la vieille politique et cela a généré énormément de frustration chez les Guatémaltèques, surtout chez les groupes paysans et indigènes qui n'ont trouvé aucune réponse (à leurs problèmes) dans le gouvernement".

Ces derniers représentent près de la moitié des 16 millions d'habitants et sont les plus touchés par la pauvreté, qui affecte 59,3% de la population selon la Banque mondiale.

Et face à leurs inquiétudes, Jimmy Morales "n'a pas montré la capacité pour diriger, gouverner et aller de l'avant (afin de résoudre) les problèmes les plus urgents pour le Guatemala", critique M. Arrazola.

En termes de perception de la corruption, le Guatemala est très mal noté: en 2016 il figurait au 136e rang sur 176 du classement mondial de Transparency International... ayant dégringolé de presque 20 places en deux ans.

Les indigènes et paysans du Guatemala s'étaient opposés au processus électoral de 2015, jugeant peu probable qu'il mène le pays vers un meilleur avenir, rappelle à l'AFP Neftali Lopez, dirigeant du Comité de développement paysan (Codeca), qui appelle à la démission de M. Morales.

"Dans notre organisation, nous savions bien qu'il ne représentait pas une nouvelle manière de faire de la politique, encore moins un nouveau projet politique", soupire-t-il.

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