Corruption à la Fifa: la presse se déchaîne, pression maximale sur Blatter

Sepp Blatter au siège de la Fifa le 15 mai 2015 à Zurich
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Sepp Blatter au siège de la Fifa le 15 mai 2015 à Zurich - © FABRICE COFFRINI

Alors que la Fifa est au cœur d'un vaste scandale de corruption, la pression est maximale sur son président Joseph Blatter, vilipendé par la presse mondiale, objet de tensions russo-américaines et toujours candidat à un cinquième mandat vendredi lors d'un scrutin contesté par l'UEFA.

Ce nouveau séisme frappant l'instance internationale, sous l'impulsion de la justice américaine, a pris jeudi un tour politico-diplomatique, Vladimir Poutine accusant les États-Unis de vouloir "empêcher la réélection de Blatter".

"Dégage !"

Le quotidien populaire allemand Bild a donné le ton jeudi de la presse internationale en barrant une photo de "Sepp" Blatter d'un "Dégage !". "Rien ne peut lui être reproché personnellement, mais couvre-t-il une association criminelle qui, en contrepartie, le maintient au pouvoir ?", avance le tabloïd.

La presse anglaise aussi se déchaîne contre le Suisse, âgé de 79 ans, après la révélation-déflagration de deux procédures judiciaires concernant la Fifa, l'une ouverte par la justice américaine et l'autre par la justice suisse, pour corruption présumée à grande échelle, avec arrestations à Zurich de sept élus de la Fifa et perquisitions de son siège.

En France, Libération reprend l'imagerie mafieuse de l'affiche du film "Le Parrain" et placarde sa Une d'un "Fifa Nostra", tandis que L'Equipe titre sur "Le scandale de trop" avec un édito intitulé "Pourriture"...

Pour l'heure, Sepp Blatter a restreint ses apparitions publiques. Il était censé prononcer jeudi matin un discours au congrès médical de la Fifa à Zurich mais s'est fait excuser en raison des "turbulences" actuelles, selon Jiri Dvorak, médecin en chef de l'instance.

La Fifa est ébranlée, mais lui n'est pas inquiété. "Au jour d'aujourd'hui, il n'est pas prévu d'auditionner M. Blatter", a indiqué un porte-parole du Ministère public de la Suisse à l'AFP.

L'UEFA dénonce "la farce" du scrutin

Michel Platini, président de l'UEFA qui avait renoncé l'été dernier à se présenter face à M. Blatter, répète depuis un an que la Fifa a besoin "d'air frais", reprochant au Suisse de s'accrocher au pouvoir par "peur du vide".

Sa confédération européenne, écœurée par l'image de l'instance suprême avec ses démêlés judiciaires, a sorti la grosse artillerie mercredi soir, demandant le report du Congrès et de l'élection présidentielle (cérémonie d'ouverture jeudi soir, travaux et scrutin vendredi), craignant dans le cas contraire une gigantesque "farce".

Ce jeudi, l'UEFA doit réunir ses 54 fédérations membres comme il est de tradition pour préparer le Congrès. Les Européens pourraient saisir cette occasion pour lancer un nouveau message fort. Voire envisager un boycott du Congrès ?

Quelles sont les chances du Prince Ali ?

Pour l'heure, le Congrès et l'élection présidentielle sont toujours prévus vendredi. Le président de la Fédération autrichienne (ÖFB), Leo Windtner, a jugé à la télévision publique ORF "très probable" que le scrutin se tienne comme prévu et que Blatter soit réélu, rappelant que beaucoup de fédérations étaient "très liées à Blatter". D'ailleurs, la Confédération africaine (CAF) lui a réitéré mercredi après-midi son soutien. "Le congrès à mon avis se tiendra, l'élection aussi, parce que pour changer l'élection, la loi des deux tiers est indispensable, je vois mal les deux tiers des votants, des présidents de fédération, demander le report", a abondé le président de la Fédération française (FFF), Noël Le Graët, sur Europe 1.

Platini soutient ouvertement le prince jordanien Ali bin Hussein (39 ans), seul candidat face à Blatter, mais les fédérations européennes n'ont pas arrêté de position commune.

La base de l'élection est simple: 1 voix pour chacune des 209 fédérations. L'UEFA compte 54 membres mais ne dispose que de 53 voix, Gibraltar n'étant pas reconnu par la Fifa.

L'Afrique possède 54 voix, l'Asie 46, la Concacaf (Amérique du nord, centrale et Caraïbes) 35, l'Océanie 11 et l'Amérique du sud 10.

 

Tensions diplomatiques

 

Le scandale a également suscité des réactions politiques depuis que la ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch, a elle-même pris la tête de l'offensive anti-corruption.

De quoi raviver un climat de guerre froide autour du ballon rond: jeudi, Vladimir Poutine, dont le pays doit accueillir le prochain Mondial en 2018, a accusé les Etats-Unis de vouloir "empêcher la réélection" de Sepp Blatter. "Il s'agit d'une violation très grossière des règles de fonctionnement des organisations internationales", a fustigé le président russe à la télévision nationale, en reprochant à Washington d'"imposer sa juridiction aux autres" dans une affaire où "aucun des fonctionnaires (de la Fifa) n'est américain" et où "aucun fait ne s'est produit aux Etats-Unis".

L'Afrique du Sud a rejeté jeudi les accusations de corruption pour l'attribution du Mondial-2010, le ministre à la Présidence Jeff Radebe assurant que son pays avait "reçu un audit impeccable".

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a plaidé jeudi sur France Inter pour un report de l'élection de vendredi.

Marquage strict des sponsors

La pression commence aussi à se faire sentir sur le porte-monnaie de la Fifa. Plusieurs multinationales sponsors de la Coupe du monde, dont Nike, Adidas et Coca-Cola, ont exhorté dès mercredi à faire le ménage.

Visa est allé jusqu'à menacer de se désengager. Faute de changements, "nous avons informé (la Fifa) que nous réévaluerions notre parrainage", a fait valoir l'entreprise de cartes de crédit dans un communiqué.

AFP

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