[Corrigé] Le spectre de la guerre et des règlements de compte plane toujours sur le Cameroun

Le spectre de la guerre et des règlements de compte plane toujours sur le Cameroun
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Le spectre de la guerre et des règlements de compte plane toujours sur le Cameroun - © Tous droits réservés

Plus de trois mois après l’ouverture de la première conférence internationale sur le conflit meurtrier qui sévit au nord du Cameroun, le procès de Maurice Kamto, principal opposant au président camerounais à Paul Biya et arrivé deuxième à la présidentielle de 2018, devait s’ouvrir vendredi dernier à Yaoundé.

Le procès a finalement été renvoyé au 8 octobre dès son ouverture devant le tribunal militaire de Yaoundé, qui juge Maurice Kamto notamment pour "insurrection" avec 88 de ses partisans. Le malaise à l’audience de l’un d’eux, Christian Penda Ekoka, ex-conseiller économique du président Biya, a motivé le renvoi du procès, a expliqué Me Michel Ntchalé, l’un des avocats de Maurice Kamto.

Les accusés encourent théoriquement la peine de mort, même si celle-ci n’est plus appliquée au Cameroun.

Ce procès, qui suscite critiques et inquiétude dans la communauté internationale, s’était ouvert dans un pays longtemps considéré comme un îlot de stabilité en Afrique centrale, où le président Paul Biya, qui règne en maître absolu depuis 36 ans, est de plus en plus contesté et confronté à d’autres crises : rébellion séparatiste des anglophones à l’ouest et recrudescence des attaques de Boko Haram au nord.

Le gouvernement camerounais commet un génocide dans la région anglophone du Cameroun

Samedi, 300 personnes s’étaient rassemblées Place Poelaert à Bruxelles, pour dénoncer ce qu’elles qualifient de génocide. La manifestation, organisée par le Collectif des organisations démocratiques et patriotiques des Camerounais de la diaspora, s’est dirigée vers la Place du Luxembourg. Leur objectif : sensibiliser les pays européens : "Il est de leur devoir de savoir que leur gouvernement dépense l’argent des contribuables belges pour le gouvernement camerounais, qui commet un génocide dans la région anglophone du Cameroun, torture des opposants politiques et viole les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et aux libertés", ont expliqué les manifestants.

Un conflit sanglant

Le conflit sanglant qui dévaste le nord du pays a débuté en octobre 2016. Depuis cette date, des militants indépendantistes anglophones, récusant le pouvoir du président Biya, s’affrontent aux militaires de Yaoundé. Les deux camps ont à leur actif exactions et massacres.

Pour compliquer la donne, la région est aussi un terrain d’action pour les extrémistes de Boko Haram.

Maurice Kamto, originaire de l'ouest francophone du pays [corrigé le 8/10/2019, la mention précédente et erronée était "originaire de cette région anglophone"], a reçu le soutien de plusieurs militants, devant le tribunal militaire de Yaoundé.

Dès l’aube, un impressionnant dispositif de sécurité avait été déployé.

Depuis la proclamation de la victoire de Paul Biya à la présidentielle du 8 octobre 2018, pour un septième mandat consécutif, des manifestations pacifiques étaient organisées dans plusieurs villes par le MRC, l’un des principaux partis d’opposition, arrivé deuxième avec 14,23% des suffrages selon les résultats officiels du gouvernement, mais qui estime toujours avoir remporté le scrutin.

C’est à l’issue d’une de ces marches que le leader de l’opposition et des centaines de sympathisants avaient été interpellés par les forces de l’ordre fin janvier.

Après plus de sept mois d’emprisonnement, 89 personnes devaient être jugées à partir de vendredi pour "hostilité contre la patrie", "rébellion" et "insurrection".

Maurice Kamto, 65 ans, et ses alliés avaient déclaré lundi "être prêts à faire face à la justice pour que la vérité éclate dans cette affaire". Avocat au barreau de Paris et ancien ministre délégué à la Justice au Cameroun, il bénéficie également du soutien dans ce procès des ONG internationales et de certaines puissances occidentales. En mars, les Etats-Unis avaient déclaré qu’il serait "sage de le libérer", suivi de près par l''Union européenne, qui avait parlé de "procédure disproportionnée".

Les associations de défense des droits de l’homme avaient, elles, dénoncé la compétence du tribunal militaire à juger ces civils. Longtemps silencieuse, la France, ancienne puissance coloniale, était sortie de son mutisme fin mai, réclamant aussi la libération des prévenus.

Parmi les accusés qui comparaîtront aux côtés de Maurice Kamto, et de Christian Penda Ekoka, figurent un célèbre rappeur, Valsero, connu pour ses textes critiques à l’égard du régime de Yaoundé.

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