Coronavirus : Wuhan est-elle devenue une "ville zombie" avec des rues désertes jonchées de cadavres?

Une "ville zombie". "Des corps sans vie, gisants dans des rues désertes où patrouillent des médecins en combinaison de protection". "Chaos dans des hôpitaux dépassés". Après avoir placé sa population sous quarantaine suite à la découverte du coronavirus, le monde entier a les yeux rivés sur la ville de Wuhan, à l’épicentre du virus qui a déjà fait 26 morts et plus de 830 personnes contaminées en quelques jours.

Les 11 millions d’habitants de cette métropole située à 800 km à l’est de Shanghai sont donc bloqués et forcés à rester sur place. La crainte d’une propagation du virus a même forcé les autorités chinoises à étendre le périmètre de quarantaine à d’autres villes aux alentours de Wuhan et au total, ce sont environ 20 millions de personnes qui doivent rester confinées. Les transports sont interrompus et la population de plus en plus inquiète.

Et à en croire certaines images qui circulent sur les réseaux sociaux, la réalité dépasse la fiction. La situation sur place ressemblerait à un mélange de série catastrophe et d’un film de zombie, selon certains médias.

Scènes de chaos

Des personnes qui s’effondrent en pleine rue : une photo montre un homme allongé sur le sol, sans réaction. Autre photo : une personne gisant au sol, du sang coulant de sa tête. Un site d’information local de Wuhan rapporte que la victime sur la photo est morte d’une crise cardiaque. L’image a été publiée sur les médias sociaux, la légende : "Une personne infectée par le coronavirus, morte dans le sang."

Dans une autre vidéo troublante, on peut voir un homme allongé sur le sol, sans réaction, tandis que des médecins portant des combinaisons et des masques à gaz tentent de l’aider. Selon les rapports, la victime qui portait un masque de protection attendait des papiers dans la file d’attente lorsqu’elle a perdu connaissance et s’est effondrée.

Les images sont floutées pour respecter la dignité des victimes, mais les vidéos sont de mauvaise qualité, les sources peu explicites. Ces scènes de chaos sont-elles bien représentatives de la situation sur place ?

Difficile de répondre clairement à cette question. On le sait, le gouvernement chinois est maître dans l’art de contrôler internet et notamment les échanges qui circulent sur Weibo, sorte de Facebook chinois, entièrement contrôlé par le régime. Dans le cas présent, en vue de contrôler la situation, la Chine n’a pas intérêt à ce que ces images qui pourraient susciter la panique circulent.

Certaines images alarmantes, diffusées notamment via Instagram, ne sont pas vérifiées à l’heure actuelle.

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Ситуация Уханье, без видимой причины люди теряют сознания.Новым коронавирусом, поражающим дыхательные пути и способным передаваться от человека к человеку, заразились уже более 600 человек. Вирус уже проник на территорию США, Таиланда, Южной Кореи, Вьетнама и Саудовской Аравии. В среду китайские власти приняли решение закрыть на карантин город Ухань в провинции Хубэй с населением 11 млн человек, где вирус впервые был выявлен. Были закрыты все ведущие в город дороги и заблокированы другие виды транспортного сообщения. В четверг аналогичное решение было принято по поводу другого города в провинции Хубэй - Хуангана , в котором проживают 7 млн человек. Отменены все поезда и самолеты, следующие в Хуанган, а также внутригородской транспорт. В Эчжоузакрыты вокзалы, в городах Сяньтао и Чибиограничили общественный транспорт. "Закрытие на карантин города с 11-миллионным населением - это что-то из ряда вон выходящее", - говорит представитель Всемирной организации здравоохранения (ВОЗ) Гауден Галеа. В настоящий момент ВОЗ обсуждает, следует ли объявить международное чрезвычайное положение в связи с вспышкой нового вируса. Эксперты, однако, выражают сомнения в эффективности карантина в современном мире, а писатель Дэвид Куаммен, написавший книгу о том, как инфекции, передающиеся от животных, могут привести к смертельной глобальной эпидемии, считает, что появление подобного коронавируса было предсказуемым.

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Rues désertes

Par contre certains éléments peuvent être confirmés par des témoignages sur place. Comme celui de David, ce Belge qui vit depuis plusieurs années à Wuhan. Il confirme que les rues sont vides. En deux semaines, le visage de la ville a été complètement transformé par les mesures drastiques prises par les autorités chinoises pour limiter la propagation de ce virus mortel. Normalement, à cette période de l’année, les gens font leurs courses pour le Nouvel an chinois (qui a lieu ce samedi).

"Normalement les rues sont pleines, les gens font leur shopping, ils se préparent pour les fêtes, c’est difficile de trouver un taxi, les rues sont embouteillées", explique David Wilmots, contacté ce matin. "Mais aujourd’hui, les rues sont vides, tout le monde reste à l’intérieur. Ceux qui sortent portent un masque, c’est triste !"


►►► Lire aussi : David vit à Wuhan, en Chine : "Je n'ai jamais vu ça, même avec le SRAS en 2002"


Des informations corroborées par des images tournées par l’agence APTN dans les rues de Wuhan. Tournés depuis des bâtiments en hauteur ou depuis une voiture en marche, les plans ne laissent pas de place au hasard. La ville semble en effet réellement déserte et l’activité complètement au ralenti.

D’autres images tournées par un anonyme avec son smartphone, mais authentifiées par la cellule de vérification de l’Eurovision, montrent des magasins fermés et des rues désertes. L’auteur de cette vidéo a demandé à rester anonyme. Il a déjà partagé du contenu en provenance de Wuhan.

Les magasins pris d’assaut, quand ils sont ouverts

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Photo prise à Wuhan le 23 janvier 2020. Les habitants de Wuhan font leur shopping avec leurs masques dans des rayons parfois vides. © 2020 Getty Images

Autres images qui frappent les esprits : ces rayons de magasins vides, la cohue aux caisses des supermarchés. "Des images en ligne, postées par des acheteurs, montrent les rayons des supermarchés vides après des achats effectués dans la panique par des habitants inquiets."

Les images sont diffusées par des agences de presse et des témoignages recueillis sur place confirment que beaucoup de magasins sont fermés, et ceux qui sont ouverts sont pris d’assaut.

"Les stations de métro sont fermées, les grilles baissées, il y a peu de circulation, beaucoup de magasins sont fermés", raconte Adrian à l’AFP.
Comme ses collègues, ce professeur de français a reçu l’ordre de pas quitter son université, sauf pour aller chercher du ravitaillement dans un hypermarché du coin. "Certains clients avaient un ou deux caddies remplis à ras bord. On aurait dit qu’ils faisaient des provisions de survie", témoigne-t-il.

David, notre résident belge sur place, confirme également que la mise en quarantaine de la ville a eu un gros impact sur la consommation des habitants : "Du jour au lendemain, les voyages ont été interdits donc ceux qui comptaient partir restent à Wuhan. Par ailleurs, ils ont fermé tous les restaurants. Ça veut dire que ceux qui voulaient aller au restaurant doivent manger à la maison, donc ils doivent faire leurs courses ! Dans une ville de 13 millions d’habitants, évidemment les magasins n’ont pas assez de stock", analyse le patron du Brussels Beer Garden de Wuhan.

La population ne devrait toutefois pas avoir à connaître de pénuries de produits alimentaires, beaucoup ayant de longue date fait des stocks en prévision du Nouvel An. Et les autorités se veulent rassurantes concernant les stocks de nourriture disponibles.

Cependant, la crise a fait augmenter les prix comme indiqué dans cette vidéo réalisée par la BBC.

Les hôpitaux de la ville débordés

Quant aux hôpitaux, ils sont bondés et le personnel médical semble dépassé par les événements.

Parmi ces images non authentifiées, il y a cette scène d’un patient pris en charge par des ambulanciers, cette foule qui fait la file dans un hôpital et cet homme qui tombe au sol dans un hôpital et est pris en charge par le personnel. Ces images laissent également penser que la situation sur place est grave et pas vraiment sous contrôle.

Une situation confirmée par l’AFP qui indique que dans des hôpitaux visités sur place des patients attendent frénétiquement qu’une infirmière en combinaison de protection prenne leur température. "J’ai de la fièvre et je tousse, j’ai peur d’être contaminé", déclare un homme de 35 ans.

Les hôpitaux étant débordés, la construction d’un site devant accueillir un millier de lits a commencé ce vendredi. Il doit être achevé… dans 10 jours, le 3 février selon les médias publics. La télévision d’Etat CCTV a pour sa part annoncé l’envoi de 40 médecins militaires à Wuhan.

Un médecin local interrogé par la BBC explique que c’est du jamais vu pour lui. Lui aussi préfère garder l’anonymat : "C’est ma première épidémie. La première fois que nous avons entendu parler du coronavirus, c’était le 31 décembre, quand il y a eu quelques cas. Mais au cours des deux dernières semaines, la propagation s’est faite à un rythme alarmant. J’ai peur parce que ce soit un nouveau virus et les chiffres sont alarmants".

Il confirme : "Les hôpitaux ont été inondés de patients, il y en a des milliers, je n’en avais jamais vu autant auparavant. Ils doivent attendre des heures avant de voir un médecin. Vous pouvez imaginer leur panique. C’est un nouveau virus, donc il n’y a pas beaucoup d’informations."

Contrôler l’information et éviter la panique

L’information dans des situations d’urgence est l’une des clés. Le gouvernement chinois doit prendre des mesures drastiques pour éviter que le virus ne se propage tout en faisant en sorte de rassurer la population et d’éviter la panique.

Mais ce n’est pas une chose facile. Des rumeurs de manipulation ont gagné du terrain sur Internet. Selon le Washington Post, la compagnie ferroviaire Wuhan Railway a supprimé le 15 janvier un post sur les médias sociaux qui indiquait que 300.000 personnes avaient quitté la ville.

Alors que la méfiance envers le gouvernement s’accroît, on soupçonne que ces postes officiels ont été supprimés pour protéger le public de la véritable ampleur de l’épidémie.

Il y a aussi des histoires accablantes de Wuhan où des médecins, ces dernières semaines, ont omis de tester des patients qui montraient clairement des signes de la maladie.

Lors de la crise du SRAS qui avait fait 800 morts en 2003, la censure chinoise avait bloqué la diffusion d’une interview critiquant la façon dont le gouvernement chinois gérait la crise, les dirigeants vont devoir faire face aux rumeurs et à la désinformation. Même si l’OMS se veut rassurante pour le moment en ce qui concerne les risques d’expansion du virus, le défi de la communication est de taille pour les autorités.

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