Coronavirus: "Tous les ingrédients d'un excellent roman médical"

La menace du Coronavirus est-elle dramatisée? Alors que la maladie se répand en Chine et ailleurs sur la planète, jusqu'à chez nous, si l'on regarde le taux de mortalité de ce virus de plus près, on est loin du nombre de décès causés par la grippe saisonnière ou les accidents de la route dans le monde... 

Alors surdimensionne-t-on le phénomène? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Emmanuel Bottieau, professeur à l'Institut de médecine tropicale d'Anvers, Michel Dupuis, philosophe, professeur ordinaire à l'UCLouvain et membre du Comité consultatif de bioéthique de Belgique. 

Quand on connaît une maladie, elle fait moins peur

"C'est la prudence, chez tous les scientifiques et médecins", explique Emmanuel Bottieau, "pour le moment, chaque patient en infecte au moins deux autres, et donc l'épidémie à ce stade ne peut qu'augmenter en nombre". Pour le professeur, c'est bien l'aspect imprévisible et inconnu de la science qui rend cette épidémie si anxiogène: "la grippe saisonnière est davantage prévisible, et c'est souvent comme ça: quand on connaît mieux et qu'on maîtrise mieux une maladie, elle fait moins peur".

"Il faut faire la différence entre les faits connus et ceux qu'on est en train de connaître", poursuit Michel Dupuis, "et puis, il y a ce que nous vivons, tout ce que nous ressentons, ce dont nous nous nourrissons, cela s'appelle des représentations. L'anthropologie de la maladie mise sur des faits [...] Les représentations, elles, sont associées à toutes sortes de facteurs: ici le virus, l'idée d'invasion d'un corps étranger, la transmission par contacts, le fait que ça vienne d'un pays lointain, tous les ingrédients pour un excellent roman médical".

Pour le philosophe, ceci relève moins de la responsabilité des scientifiques que des communicants. "Nous sommes un bon public pour ce roman médical, les choses qui nous font peur sont des choses qui excitent notre imagination et mettent en jeu des pulsions très fortes".

"Pleurez", le conseil des autorités aux Chinois stressés

Pour répondre au stress de sa population, le gouvernement chinois a donné hier quelques conseils plutôt étonnants, en marge d'une conférence de presse organisée à Pékin. Yang Fude, secrétaire du Parti communiste, y encourage ses compatriotes à "pleurer et faire des exercices physiques pour mieux se détendre". "Ce n'est pas ridicule dans la tradition chinoise où tout ça est très incarné", commente Michel Dupuis, "courir, crier, pleurer, cela nous paraît un peu curieux, on n'entendrait pas ce genre de conseils depuis la Maison Blanche par exemple, mais ça appartient à une forme de culture".

L'apparition du coronavirus en Chine a par ailleurs donné lieu à une vague de stigmatisation envers les Chinois, à travers le monde. Pour dénoncer ces discours xénophobes, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus est apparu sur internet et a largement été partagé sur les réseaux sociaux.

"Un repli sur soi complètement irrationnel", commente Michel Dupuis. "Incompréhensible", ajoute Emmanuel Bottieau, "ce n'est pas le fait d'être Chinois qui joue évidemment, mais bien d'avoir été exposé au virus, qu'on soit Chinois, Européen ou Latino-américain. Il y a aussi cette communication qui fuse à toute vitesse. Il y a 20 ans, une partie de la planète n'aurait même pas été au courant de cette épidémie. Ce sont des effets irrationnels qui dépassent, et peuvent compliquer la gestion d'une crise".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

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