Coronavirus : qu'est-ce qui a changé depuis l'épidémie SRAS de 2003 ?

Coronavirus - SRAS : de la même famille mais différents
Coronavirus - SRAS : de la même famille mais différents - © RTBF

C’est un tournant : en Chine, le nombre de patients atteints du coronavirus a dépassé celui de malades du SRAS ("severe acute respiratory distress syndrome") en 2003. 

5974 cas confirmés ce mercredi matin en Chine continentale, 132 décès : les chiffres de la Commission nationale de la santé indiquent un brusque accroissement du nombre de malades. Quasiment 1500 de plus par rapport à mardi, un bond de 30%, des données qui ne prennent ni en compte Hong Kong (8 cas) ni Macau (5). Et hors de la Chine, le nombre de cas reste aussi limité, un peu plus de 80, soit un total mondial de 6056 depuis le 8 décembre dernier. Des données encore à compléter.

Si l’on compare ces chiffres à ceux de 2003 lors de l’épidémie du SRAS, on comptabilise au total 5327 cas confirmés en Chine continentale et 349 décès. Et au niveau mondial le SRAS aura fait 8098 malades et 774 décès entre novembre 2002 et juillet 2003.

Pour l’instant, donc si on compare les taux de mortalité, cela donne 2,2% pour le virus détecté à Wuhan et 9,6% pour celui de 2003.

Sans doute moins pathogène mais plus transmissible que le SRAS, ce nouveau virus reste encore par bien des aspects un inconnu.

Côté symptômes, certains sont similaires : pneumonie, fièvre, toux, difficultés respiratoires. D’autres sont différents, avec le coronavirus pas d’affection des voies aériennes supérieures : nez qui coule, mal de gorge, éternuements.

Mais pour le reste, qu’est-ce qui différencie ces deux virus à 17 ans d’écart ?

Des progrès de la génétique

Pour le coronavirus, si aucun vaccin ou médicament n’est pour l’instant disponible, le test de dépistage existe déjà. La réaction a pu être rapide grâce aux progrès de la génétique depuis 2003. Des chercheurs de la Charité-Université de médecine de Berlin ont développé un test de détection rapide du coronavirus. Plus rapide qu'en 2002-2003.

Pour le vaccin d’ailleurs, un espoir existe du côté de la KULeuven. Des chercheurs louvanistes ont établi qu’un vaccin destiné à lutter contre la fièvre jaune pourrait être utilisé contre le coronavirus. C’est ce qui ressort d’une découverte à propos de code génétique, affirmait ce vendredi 24 janvier à l’agence Belga le professeur en virologie Johan Neyts de l’Institut Rega à Louvain.

Plus de transparence de la part de la Chine

En 2002-2003, le SRAS avait été dissimulé tout un temps et son ampleur minimisée. "A l’époque, ce sont les cas apparus à Hong Kong qui dispose d’une presse libre, qui ont permis de tirer la sonnette d’alarme et de développer des mesures transférées en Chine", estime Thierry Kellner, politologue à l’ULB et spécialiste de la Chine. "Ici, la communication a été très rapide. Il y a eu beaucoup plus de transparence."

Emmanuel André, microbiologiste et professeur de médecine à la KULeuven, confirme, "avoir eu très rapidement accès aux premières séquences de ce coronavirus, dans une qualité suffisante pour pouvoir développer un test diagnostique en deux jours, permettant de commencer à travailler sur le développement d’un vaccin. C’est une transparence nécessaire pour que les autres pays puissent se préparer à une épidémie".

Des transports globalisés

L’autre grande différence entre 2003 et aujourd’hui est l’explosion du transport aérien, particulièrement avec la Chine. En 17 ans, les vols entre la Chine et le reste du monde ont tout simplement été multipliés par 10, notamment vers l’Afrique, ce qui pourrait faire craindre une extension plus rapide de ce nouveau virus. Il faut cependant relativiser les risques.

La Belgique n’est statistiquement pas le pays le plus mal préparé au monde, comme l’Europe en général, au contraire du continent africain, et notre pays risque d’autant moins qu’elle n’est pas au centre de grands flux de voyageurs, estime Marius Gilbert du service d’épidémiologie spatiale de l’ULB.

Le risque d’importation de cas est seulement de 1% en Belgique, moins qu’en France (15%) ou au Royaume-Uni (20%), explique Marius Gilbert : "Il y a un risque d’importation de cas qui n’est pas négligeable. La Belgique n’est pas nécessairement le pays où le risque est le plus élevé pour une raison toute simple, c’est que le volume de passagers qui arrive en Belgique est inférieur au volume qui arrive en France, en Angleterre ou en Allemagne".

Ecoutez Marius Gilbert au micro de Pascale Bollekens.