Coronavirus : mafia et covid-19, une affaire qui marche ?

En Italie, la crise du coronavirus a aussi laissé des millions de personnes sans emplois.
En Italie, la crise du coronavirus a aussi laissé des millions de personnes sans emplois. - © GIANLUCA CHININEA - AFP

Il y a quelques jours un camion venu d’Europe de l’est a été arrêté à la frontière italienne. Il contenait un demi-million d’euros. Il appartenait à la mafia calabraise, Ndrangheta. Une belle prise, rapporte le Il Fatto Quotidano. Mais ce qu’il y a d’intéressant c’est le chemin parcouru par ce camion et ce qu’il contenait. Du cash. Beaucoup de cash. Et c’est du cash qu’on essayait de faire entrer et non de faire sortir d’Italie (pour une fois ?). Un signe de "rapatriement de fonds", estime Fabrice Rizzoli, professeur à Science Po Paris, spécialiste des mafias italiennes.

A la recherche du "consensus social"

Pourquoi rapatrier des fonds ? En pleine crise du coronavirus, dans la région du sud de l’Italie où l’une des populations est la plus pauvre d’Europe, la crise sociale pointe son nez, laissant de nombreuses personnes sans emplois. Et dans cette partie du pays, où les systèmes et les institutions sont relativement défaillants, même si au départ cela est également dû à la présence mafieuse, "l’arme du consensus social", selon Fabrice Rizolli est une arme puissante. Et ainsi, la crise du coronavirus, une relative bonne aubaine pour s’implanter encore un peu plus sur le territoire.


►►► Lire aussi : coronavirus : reportage au cœur d’un hôpital en Italie, "Je n’ai jamais vu ça", "C’est terrible", "Il y a aussi des jeunes"

Plusieurs médias ont reporté des distributions de nourriture aux plus démunis et de l’octroi de prêts à des entrepreneurs dans le besoin. Certes, mais selon le professeur Rizzoli ceci est "épiphénomène", "un coup de com’", car finalement aux vues de la richesse de la mafia calabraise, " c’est une mafia un peu radine ". Mais alors pourquoi ce coup de com’? Le coronavirus, un moyen d’assurer ses arrières ?

Un prêté pour un rendu

Un peu à la manière des Américains en Afghanistan, le but ici des organisations criminelles est de " gagner les cœurs et les esprits ". " Ce n’est pas nécessairement une question de recruter de nouvelles personnes ", estime le chercheur. Elles n’ont pas nécessairement de difficultés à ce niveau-là. Mais, dit-il, " ils essayent d’allumer la population avec l’arme du consensus social. Ils essayent, par exemple d’être prévenant à l’égard d’entrepreneurs en difficultés en effectuant des prêts ". Des prêts qui auront bien évidemment un coût.

L’idée c’est, " je t’aide aujourd’hui mais après il y aura des moyens de pressions qui seront exercés, en échange de cette proposition de cash. La mafia calabraise, grâce au trafic de cocaïne a assez de cash pour aider les entrepreneurs, nous sommes loin du déficit des banques ", analyse Fabrice Rizzoli.

Pour le journaliste Roberto Saviano, journaliste et expert de la mafia italienne, aujourd’hui réfugié à New York et sous protection policière, " la mafia n’attend que ça, une crise ", souligne la DH. "Dans quel but ? Pour (obtenir) des services en échange. Cela pourrait être des suffrages aux élections ou pour être des prête-noms dans des contrats", explique Roberto Saviano.


►►► Retrouvez tout notre dossier sur le coronavirus  


Car au moment de cette crise, si les plus démunis ne peuvent se tourner vers des voies institutionnelles établies, ils se tourneront vers ceux qui, aujourd’hui, leur tendent les mains et le cash.

Clientélisme à la sauce calabraise

C’est une stratégie établie en direction de la population populaire, analyse Fabrice Rizzoli. Ainsi la mafia pourra ensuite demander des services et obtenir des informations, et en conséquence un meilleur contrôle du territoire. " Il n’y a pas mieux qu’un commerçant pour obtenir des informations. De son établissement, il voit tout, sait tout, sait qui couche avec qui ", c’est une véritable mine d’information. Et ça c’est intéressant pour les organisations criminelles.


►►► Lire aussi : coronavirus : la présidente de la BCE s’attend à une récession "considérable" en zone euro

Et puis, il peut y avoir un objectif électoral, " une forme de clientélisme, de retour sur investissement ", ajoute le chercheur. En gros, je t’ai aidé, tu ferais mieux de voter pour telle ou telle personne quand le moment sera venu.

Mais c’est aussi, l’occasion d’un formidable "un plan de com’", dépeint Fabrice Rizzoli, où dans une région ou la défiance envers l’Etat est importante compte tenu du manque d’infrastructures de santé ou encore de transports, il n’est pas inutile de " soigner sa réputation ".

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK