Coronavirus: "Le Yémen risque une explosion épidémique terrible" dit MSF

Le Yémen a annoncé vendredi un premier cas de Coronavirus au sein de sa population, une personne contaminée dans la province de Hadramaout, au sud du pays.

Dans cet Etat pilonné par cinq ans de guerre et en proie à une crise humanitaire sévère, la confirmation de l'émergence du virus fait craindre des conséquences catastrophiques.

Claire Ha-Duong est cheffe de mission au Yémen pour Médecins sans frontières (MSF). Elle résume les craintes de la population yéménite et des humanitaires face à l'arrivée du virus dans ce pays en crise. 

  •  Quel est le risque que l'épidémie se propage au Yémen? 

"Nous voyons un risque majeur, au moins pour deux raisons", répond Claire Ha-Duong. "D'abord parce que toute la population du Yémen ou presque peut être considérée comme "à risque". Il suffit de voir comment se propagent les autres épidémies: le choléra, la malaria, la dengue, la rougeole, la diphtérie... Elles rendent les gens plus faibles. Et la malnutrition est bien présente, après ces cinq ans de guerre. Donc on a une population très vulnérable, qui n'est pas en bonne santé". 

Et cette population fragilisée ne pourra pas être prise en charge adéquatement dans les hôpitaux, parce que le système de santé ne pourra pas faire face à cette épidémie.

"Le système de santé a été mis à genoux par la guerre" poursuit la cheffe de mission MSF. "Il ne va pas être capable de prendre en charge une épidémie de type Covid-19. Dans le nord, les agents de santé ne sont plus payés depuis cinq ans. Et vu la façon dont le monde a arrêté de tourner, on ne dispose pas de test. Il n'y a pas non plus de quoi maintenir un minimum d'hygiène, notamment dans les camps de personnes déplacées. Il n'y a pas de savon, pas d'équipements de protection, même pour les agents de santé."

Elle conclut: "Le risque est réel d'une explosion épidémique terrible, assez mortelle"

  •  Qu'est ce qui est mis en place pour contenir cette explosion?

Dans certaines régions, les autorités ont essayé de mettre en place des mesures de confinement. Mais ces mesures restent assez restreintes et leur efficacité s'annonce limitée.

"Les gens vivent assez nombreux dans leurs logements" explique Claire Ha-Duong. "Ils vivent souvent en grandes familles. Ce sont ces liens sociaux très forts, qui ont permis de tenir malgré la guerre et la détérioration de l'économie, mais qui ne sont pas compatibles avec des mesures de distanciation sociale. Du coup, on a très peur que la contamination explose".

Les ONG humanitaires présentes au Yémen ont mis en place des dispositifs "Covid", mais elles sont confrontées à de sérieuses limites dans le déploiement de leur travail. 

"Du côte de Médecins sans frontières, nous avons instauré d'une part des centres 'Covid' spécifiques, l'un à Aden, l'autre à Sanaa, pour traiter les patients 'covid' qui doivent être hospitalisés." détaille la cheffe de mission pour MSF. "Et nous avons mis en place dans tous les hôpitaux où nous travaillons des mesures d'isolation strictes, pour que nos hôpitaux ne deviennent pas des lieux de propagation du virus. Mais nous rencontrons beaucoup d'obstacles". 

Il y a les obstacles administratifs et les contraintes de sécurité habituels lors de chaque déplacement dans ce territoire en guerre. Mais à cela, s'ajoutent aujourd'hui des complications majeures pour obtenir de l'extérieur des renforts et du matériel.   

"Depuis mi-mars, les deux aéroports du Yémen sont fermés" explique Claire Ha-Duong. "Donc on ne peut plus faire venir personne, on ne peut plus disposer de renforts d'autres équipes. Et vu la fermeture de nombreux autres aéroports dans le monde, notre gros problème est aussi de pouvoir recevoir des médicaments et du matériel médical pour soutenir cet accroissement de nos activités."

  •  Quelle serait la priorité aujourd'hui?

Face au risque accru et à la difficulté de mettre en place une réponse satisfaisante, Claire Ha-Duong lance un appel, depuis son poste de cheffe de mission MSF à Sanaa. "On comprend bien que les pays d'Europe aient été très touché par la crise. Mais il faut rouvrir au moins des corridors humanitaires, pour pouvoir amener du matériel et des renforts dans un pays aussi démuni que celui-ci".

Un pays dont les deux tiers de la population, soit 24 millions de personnes selon les chiffres de l'ONU, dépendent au quotidien de l'aide humanitaire pour se soigner et pour manger. 

Sujet sur le cessez-le-feu au Yémen (JT 09 avril):

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