Coronavirus : le Chili confronté également à une sécheresse historique

La consommation fournie par des camions-citernes à 1,5 million de personnes.
La consommation fournie par des camions-citernes à 1,5 million de personnes. - © MARTIN BERNETTI - AFP

Le centre du Chili est frappé de plein fouet par une sécheresse sans précédent qui assèche les rivières, vide les réservoirs des barrages et rend les habitants plus vulnérables face à l’épidémie de coronavirus.

"Aujourd’hui, il y a plus de 400.000 familles, soit près de 1,5 million de personnes, dont la consommation quotidienne de 50 litres d’eau est fournie par des camions-citernes", explique à l’AFP Rodrigo Mundaca, porte-parole du Mouvement pour la défense de l’accès à l’eau, la terre et pour la protection de l’environnement (Modatima).

Des précipitations inférieures de 80%

Dans la région métropolitaine de Santiago et à Valparaiso, les précipitations de l’année 2019 ont été inférieures de 80% au plus bas historique, et de 90% dans la région de Coquimbo (nord). Des camions-citernes parcourent quotidiennement les routes et chemins de terre pour approvisionner les habitations où l’eau est conservée dans des bidons.

"Dans une situation de pandémie comme aujourd’hui, cela montre une fois de plus que lorsqu’il existe un modèle d’appropriation privée de l’eau […], cela ne garantit pas le droit humain à l’eau et rend les communautés encore plus fragiles", dénonce Rodrigo Mundaca. La législation chilienne prévoit que l’eau est un bien public, mais la quasi-totalité des droits d’exploitation appartiennent à des privés. Une situation dénoncée depuis le début de la crise sociale, en octobre 2019, par les manifestants qui critiquent un système socio-économique où le secteur privé prévaut dans les domaines tels que la santé, l’éducation, les retraites et la gestion de l’eau.

L’eau s’achète, se vend, se loue

Selon Rodrigo Mundaca, le code de l’eau élaboré en 1981, en pleine dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), "sépare la propriété de l’eau de celle de la terre. Il y a des propriétaires qui n’ont pas la propriété de l’eau et vice-versa, ce qui a donné naissance au marché (des droits) de l’eau", explique-t-il. Dans le pays, "l’eau s’achète, se vend, se loue", rappelle-t-il.

Le directeur général des Eaux chiliennes, Oscar Cristi, assure que les droits de l’eau sont distribués à des gestionnaires privés, mais restent cependant aux mains de l’Etat, qui a le pouvoir de réguler la quantité d’eau puisée. Mais cela n’est encore jamais arrivé et, le cas échéant, l’Etat doit alors indemniser les détenteurs des droits de leurs pertes financières au prix du marché, rappellent plusieurs experts.

3700 cas et 22 décès liés au coronavirus

"Un savon dans les mains, ça ne sert à rien si on n’a pas suffisamment d’eau pour se laver", a souligné le directeur de Greenpeace-Chili, Matias Asun, alors que le Chili a enregistré plus de 3700 cas déclarés de coronavirus, dont 22 décès, selon les dernières statistiques officielles.

Une centaine d’habitants d’El Melon, ville de 22.000 habitants située non loin de Valparaiso (centre), ont occupé récemment un des puits gérés par l’entreprise minière Anglo American, une des multinationales qui exploite le cuivre du Chili, premier pays producteur au monde. Délogés à plusieurs reprises par la police, ils réclament que l’eau de ce puits soit destinée à l’approvisionnement en eau potable et non à l’activité minière.