Coronavirus: "On a un potentiel candidat vaccin à la KU Leuven"

Le coronavirus est en pleine propagation en Chine, mais a commencé à apparaître un peu partout ailleurs sur la planète. Se dirige-t-on vers une épidémie majeure? Et que penser des mesures drastiques prises en Chine (villes entières mis en quarantaine, congés prolongés, restrictions de circulation, hôpitaux à construire en moins de deux semaines, etc.) Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Emmanuel André, microbiologiste et professeur de médecine à la KU Leuven, et Thierry Kellner, politologue à l’ULB et spécialiste de la Chine. 

L'immunité et la santé publique n'étaient pas préparées à cette maladie

Le "2019-nCoV" est un virus qui peut être considéré comme dangereux, explique Emmanuel André, notamment parce qu'il provient d'un animal: "il peut provoquer des pneumonies sévères, et dans un certain nombre de cas, le décès des malades. Il a probablement été accidentellement transmis d'un animal à l'homme, au travers de contacts ou de mutations. Ce qui a donné une nouvelle maladie pour l'être humaine, à laquelle l'immunité et la santé publique n'étaient pas préparées". Le microbiologiste précise que sur base des chiffres actuels, une personne contaminée sur cinq se trouve dans un état critique et nécessite des soins intensifs. 

Les mesures prises par la Chine pour tenter d'endiguer la propagation du virus (plus de 40 millions de Chinois sont actuellement confinés chez eux, Ndlr) sont spectaculaires, commente Thierry Kellner: "c'est un Etat de 1,4 milliard d'habitants, qui a les capacités de mobiliser des dizaines de milliers de militaires. Mais c'est probablement la première fois, dans l'histoire chinoise, qu'on met autant d'individus en quarantaine [...] Si le coronavirus devait se propager à Shanghai, ça serait catastrophique, d'un point de vue politique et économique, pour la Chine". 


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La construction en cours de deux hôpitaux sensés sortir de terre dans les deux semaines pour accueillir 2300 victimes du coronavirus n'est pas anodine dans cette crise. Mais le politologue rappelle que lors de l'épidémie de SRAS (qui a causé la mort de 774 personnes en 2002-2003, Ndlr), Pékin avait aussi fait construire un nouvel hôpital en quelques jours, en mobilisant 4000 personnes, "des capacités de mobilisations qui répondent à l'urgence de la situation". 

Plus de transparence que lors du SRAS

Contrairement au coronavirus 2019-nCoV, le SRAS a lui un temps été dissimulé et son ampleur minimisée. "A l'époque, ce sont les cas apparus à Hong Kong qui dispose d'une presse libre, qui ont permis de tirer la sonnette d'alarme et de développer des mesures transférées en Chine", explique Thierry Kellner. "Ici, la communication a été très rapide. Il y a eu beaucoup plus de transparence", poursuit le spécialiste, "les deux critiques qui peuvent être faites en amont, c'est l'autorisation de la vente d'animaux sauvages sur des marchés, a fortiori dans une métropole, ainsi que le temps de latence assez long, avant de prendre des mesures fortes".

Emmanuel André confirme, de son côté, "avoir eu très rapidement accès aux premières séquences de ce coronavirus, dans une qualité suffisante pour pouvoir développer un test diagnostique en deux jours, permettant de commencer à travailler sur le développement d'un vaccin. C'est une transparence nécessaire pour que les autres pays puissent se préparer à une épidémie", explique encore le professeur de médecine.

La Belgique sera sans doute touchée mais on est prêt

Créer un vaccin est assez complexe, vue la grande capacité de mutation de ce virus. Les premiers essais cliniques ne devraient d'ailleurs pas commencer tout de suite. A cet égard, Emmanuel André assure qu'on ne part pas de zéro dans ces cas-là et que des technologies existent, permettant de rentrer très rapidement dans ces phases expérimentales. "On a d'ailleurs un potentiel candidat vaccin à la KU Leuven, qu'on va adapter pour ce nouveau coronavirus", explique le microbiologiste. On n'y est pas encore, tout dépendra notamment d'une éventuelle déclaration d'urgence de santé publique de portée internationale, par l'Organisation Mondiale de la Santé.

"La Chine réagit pour montrer qu'elle est une puissance responsable, à l'international comme à l'intérieur", explique encore Thierry Kellner. "Malgré tout ce qu'on peut dire sur la nature autoritaire de ce régime, il reste placé sous les critiques de sa propre opinion publique, et il n'a pas intérêt à ce que les choses dérapent, c'est un risque pour sa crédibilité et pour sa sécurité", conclut le spécialiste de la Chine.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

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