Coronavirus : faudra-t-il ajouter 8 heures de procédures à l'aéroport à la durée de son vol ?

Prendre l’avion pourrait-il virer au cauchemar dans les prochains mois ? L’Association internationale du transport aérien (IATA) ne l’exclut pas : selon ses propres termes, il existe un "risque de chaos dans les aéroports" si rien n’est fait pour adopter des processus numériques afin de gérer les informations d’identification en matière de santé des voyageurs (tests Covid-19 et certificats de vaccination) et d’autres mesures Covid-19. Il est aujourd’hui question d’un "certificat sanitaire" qui serait le véritable sésame pour pouvoir voyager, mais les détails sont encore flous et c’est ce qui inquiète le secteur aérien.

Avant la pandémie, un passager aérien consacrait en moyenne 1h30 par voyage aux différentes procédures (enregistrement, sécurité, passage de frontière, douane et récupération de bagage). Les données actuelles font état d’une augmentation sensible de ce temps passé dans les aéroports, jusqu’à 3 heures par passager, lors des périodes les plus fréquentées ces derniers mois, alors que le trafic atteignait en réalité péniblement 30% du niveau pré-Covid-19. Ce temps supplémentaire est principalement passé lors de l’enregistrement (de 2 minutes en moyenne, il est aujourd’hui estimé à 12 minutes) et aux contrôles frontières où sont vérifiés les documents de santé essentiellement constitués pour l’instant de documents papier.

De quoi inquiéter l’IATA, dont le directeur général Willie Walsh réclame une réaction rapide de la part des autorités gouvernementales : "Sans une solution automatisée pour les contrôles Covid-19, nous voyons un potentiel de perturbations importantes dans les aéroports. Déjà, le traitement moyen des passagers et les temps d’attente ont doublé par rapport à ce qu’ils étaient avant la crise pendant les heures de pointe – atteignant trois heures, ce qui est inacceptable".

Personne ne va tolérer d’attendre pendant des heures devant un guichet d’embarquement

Selon les modèles développés par l’Association internationale du transport, le temps passé dans les aéroports pourrait atteindre 5h30 par voyage si le trafic de passagers monte à 75% du niveau pré-Covid-19, et même 8 heures par voyage si le trafic retrouvait rapidement 100% de son niveau prépandémie, ce qui n’est tout de même pas prévu avant 2023.

"Personne ne va tolérer d’attendre pendant des heures devant un guichet d’embarquement ou au contrôle des frontières", insiste Willie Walsh. "Il faut automatiser la vérification des documents relatifs au vaccin ou aux tests avant que le trafic s’intensifie. Les solutions techniques existent, mais les gouvernements doivent accepter le certificat digital et les procédures de vérification que cela suppose. Mais ils doivent le faire rapidement".

L’IATA précise que beaucoup de mesures ont été mises en place depuis 20 ans pour habituer le passager aux procédures digitales, comme l’enregistrement en ligne via son smartphone ou encore le scan de son billet. Un certificat sanitaire papier obligerait les voyageurs à retourner à la formule de l’enregistrement manuel et à des procédures de contrôle qui sont déjà engorgées alors que le trafic aérien est particulièrement bas.

Les aéroports belges pas encore informés par les autorités

"Ce risque de chaos aéroportuaire est transversal pour l’ensemble du secteur aérien et de la mobilité en général", explique Laurent Blanchard, directeur marketing et de la transformation digitale à l’aéroport de Charleroi, qui précise que "des mesures renforcées et adaptées aux décisions institutionnelles seront mises en place avant la période estivale". Mais il est aujourd’hui compliqué d’en dire davantage puisque les aéroports n’ont pas encore été informés par les autorités belges de ce qui va se produire.

"Nous nous attendons à recevoir environ 40.000 passagers par jour pendant l’été (moins de la moitié des 95.000 habituels à cette période) mais nous n’avons pas encore été informés par les autorités belges de la façon dont cela va se dérouler avec le certificat qui est aujourd’hui évoqué", dit Nathalie Pierard, porte-parole de Brussels Airport. "Nous ne savons pas comment l’outil sera développé, nous espérons qu’il sera possible de scanner ce certificat, comme cela se fait avec les billets pour arriver à la zone de contrôle. Si c’est le cas, cela ne devrait pas engendrer trop de retard. Il est clair que s’il faut prévoir 5 heures en plus de son vol, l’avion pourrait ne plus être aussi compétitif".

A l’aéroport de Charleroi, le temps moyen pour un passager est actuellement d’une heure et demie. Et l’on estime qu’il faudra sans doute compter trois heures dans le futur.

La porte-parole de l’aéroport bruxellois ajoute que la fluidité dans les différents points stratégiques de Brussels Airport est une priorité : "Nous avons déjà prévu des zones tampons qui pourraient être utilisées s’il devait y avoir trop de monde à l’intérieur de l’aéroport. Nous sommes aussi très attentifs au respect de la distanciation sociale".

Pour le moment, ce sont les compagnies aériennes qui vérifient si les passagers possèdent les documents sanitaires requis (test) et c’est la police qui, par la suite, peut contrôler le contenu de ces documents. Les policiers, formés, peuvent éventuellement repérer un faux. Leurs contrôles peuvent être effectués tant au départ qu’à l’arrivée, pour vérifier alors si le PLF (Passenger Locator Form) a bien été rempli.

L’IATA espère que le prochain sommet du G7 qui se déroule dans les Cornouailles (Royaume-Uni) du 11 au 13 juin abordera cette question cruciale pour le secteur aérien qui espère que le nombre de passagers atteigne en 2021 un peu plus de la moitié (52%) du niveau d’avant crise.

Certificat sanitaire dans l’Union européenne : JT 21/05/2021

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