Coronavirus et Etat de droit en Pologne: grande incertitude autour de l'élection présidentielle

A quelques jours de l'élection présidentielle, en principe prévue ce dimanche 10 mai, le pays est encore plongé dans l'incertitude. La pression monte pour ajourner ce scrutin qui se déroulerait en pleine crise sanitaire. Le Sénat polonais a rejeté ce mardi une proposition du gouvernement qui souhaitait organiser les élections par correspondance. La Chambre basse pourrait cependant renverser cette décision. Elle votera ce jeudi.

Le gouvernement refuse de reporter le scrutin du 10 mai

Droit et Justice (PiS), le parti nationaliste et conservateur au pouvoir en Pologne, tente de maintenir coûte que coûte l'élection malgré la crise sanitaire provoquée par le coronavirus en proposant une modification du code électoral qui permettrait au vote de se dérouler par correspondance. 

Selon des sondages récents, le président sortant Andrzej Duda, issu du PiS, pourrait l'emporter au premier tour avec plus de 50% des voix, ce qui pousse l'opposition à accuser le parti au pouvoir de mettre en danger la santé des électeurs pour s'assurer la victoire de son candidat.

Risques de contaminations

Pour les critiques du pouvoir, un tel vote par courrier ne serait ni libre, ni juste, ni légal ni sans risque pour la santé publique. Des organisations internationales qui surveillent le respect des droits de l'homme et les élections ont relevé que l'introduction de changements dans le code électoral juste avant le scrutin serait inconstitutionnelle.  

Human Rights Watch a fait état de ses "sérieuses préoccupations concernant les élections libres et justes et l'Etat de droit en Pologne", en phase avec l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Même la puissante Eglise catholique, proche du PiS, a pressé les partis politique de "chercher des solutions qui ne soulèvent pas de doutes légaux ou de soupçons de violation de l'ordre constitutionnel".

Un vote à la Chambre basse ce jeudi

Un vote est prévu à ce propos à la Chambre basse ce jeudi. 

Le parti PiS y détient, mais pourrait faire face à une révolte de certains de ses législateurs qui pointent du doigt les problèmes de santé et d'organisation ainsi que les questions constitutionnelles entourant une vote postal introduit à la hâte.

Des responsables du parti ont averti que les membres qui ne le soutiendraient pas dans ce vote s'exposeraient à une interdiction de participation aux primaires du parti.

Des analystes pensent que si le PiS échoue au parlement ce jeudi, sa majorité, relativement modeste, mais solide jusqu'à présent, pourrait s'effondrer. 

Et même s'il l'emporte, "il faudrait un miracle" pour organiser le vote par courrier dimanche, selon le président de la commission électorale nationale Sylwester Marciniak. .

Pour la politologue de l'Université de Varsovie Anna Materska-Sosnowska, le PiS, pressé tant par l'Eglise que par le président de la commission électorale, pourrait "reculer et chercher une date ultérieure". 

Sans le proposer formellement, le Premier ministre PiS Mateusz Morawiecki a évoqué la possibilité d'ajourner le scrutin au 17 ou au 23 mai. 

Le virus ne doit pas tuer la démocratie

Le conflit autour de la présidentielle a ravivé les inquiétudes à l'étranger au sujet de l'Etat de droit en Pologne. 

La semaine dernière, la Commission européenne a lancé une nouvelle procédure d'infraction - la quatrième - à l'encontre de la Pologne, au sujet cette fois d'une loi risquant de réduire l'indépendance des juges.

La commissaire européenne Vera Jourova, qui l'a annoncé, a paru mettre en garde Varsovie contre son approche de l'élection présidentielle. "Nous ne pouvons faire des compromis ou mettre en confinement nos droits fondamentaux et nos valeursLe virus ne doit pas tuer la démocratie", a-t-elle déclaré. 

Les Polonais sont confinés depuis la fin mars, mais peuvent sortir de chez eux pour aller au travail ou faire les courses. Le bilan actuel de la pandémie atteint près de 14.000 cas de contamination dont près de 700 décès, sur une population de 38 millions d'habitants.

Vote de l'ajournement des élections présidentielles au parlement polonais, ce 07 mai à Varsovie

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK