Coronavirus en Grande-Bretagne: la pression monte sur Dominic Cummings, proche conseiller de Boris Johnson et électron libre

Le conseiller principal du Premier ministre britannique est sur la sellette. Dominic Cummings, l’homme de l’ombre derrière Boris Johnson, le cerveau de la campagne du Brexit, se voit reprocher plusieurs voyages loin de Londres en plein confinement en mars et avril.

Depuis ces accusations rapportées par la presse, le gouvernement britannique a resserré les rangs pour prendre la défense de ce proche du Premier ministre.

Vendredi, les quotidiens Daily Mirror et The Guardian annoncent que Dominic Cummings, 48 ans, a quitté fin mars son domicile londonien pour se rendre chez ses parents septuagénaires à Durham, dans le nord-est de l’Angleterre, alors que lui-même et son épouse présentent les symptômes du Covid-19. Ce qui est interdit par les règles du confinement décrétées par le gouvernement britannique.

Ce dimanche, The Observer et le Sunday Mirror publient d’autres témoignages : Dominic Cummings aurait été aperçu dans le Nord-Est à deux autres occasions, après sa guérison du Covid-19. Et entre les deux, il serait retourné travailler à Londres.

Comme pour la première accusation, le gouvernement britannique prend la défense du conseiller de Boris Johnson et qualifie ces témoignages d’inexacts. Le gouvernement de Boris Johnson contredit même la police de Durham qui affirme avoir procédé à un rappel à la norme auprès de la famille Cummings.

Un caillou dans le soulier de Boris Johnson

Au Royaume-Uni, deuxième pays dans le monde le plus durement touché avec 282 nouveaux décès ce dimanche et plus de 36.675 morts, plus de 41.000 en incluant les cas non-confirmés, l’affaire fait désordre. Elle vient embarrasser le Premier ministre Boris Johnson, en proie aux critiques sur sa gestion de la crise.

Avec la révélation de ces déplacements à 400 kilomètres de Londres en plein confinement les appels se multiplient pour demander le départ du puissant et controversé Dominic Cummings : travaillistes, libéraux-démocrates et indépendantistes écossais demandent une enquête et même son limogeage.

Le gouvernement tente au contraire de justifier la conduite de l’homme en invoquant le bon sens : il se serait rendu à Durham pour que sa famille puisse s’occuper de son jeune fils alors que lui et son épouse étaient malades, le couple aurait respecté la quarantaine en logeant dans une habitation séparée du reste de la famille…

Le cerveau de la campagne Brexit

Cela fait près de deux décennies que Dominic Cummings gravite dans les hautes sphères du parti conservateur britannique sans en faire partie.

A la politique traditionnelle, au parlementarisme, aux médias, ce diplômé en histoire du collège d’Exeter de l’université d’Oxford oppose un certain dédain teinté d’ironie. Il a bâti sa carrière sur la remise en question de l’ordre établi et des conventions.

Mais c’est comme concepteur de la campagne d’opinion "Vote Leave" de 2016 qui a conduit à la victoire du Brexit au référendum qu’il se révèle. Il a ensuite été engagé comme conseiller politique en chef de Boris Johnson quand celui-ci est devenu Premier ministre.

Le succès de la campagne Brexit, c’est d’abord un slogan : "Take back control", mais c’est surtout l’utilisation de l’essentiel de son budget en analyse de données et en communication ciblée sur les réseaux sociaux.

Des cinglés et des gars bizarres

Eurosceptique de longue date, l’autre passion de Dominic Cummings est de bouleverser la façon de gouverner. Il se vante sur son blog de vouloir engager au gouvernement des "cinglés et des gars bizarres aux compétences étranges", il critique les fonctionnaires de carrière et estime que les scientifiques, analystes de données et mathématiciens sont mieux armés pour prendre des décisions.

Pratiquant un style direct et amateur de slogans qui fleurent bon l’antipolitique, il a enchaîné tambour battant une carrière de stratège politique pour l’opposition à l’entrée du Royaume-Uni dans l’euro, pour les conservateurs dans le domaine de l’éducation, et enfin pour la sortie de l’Union européenne.

Lorsqu’il se voit reprocher la dissémination de fausses informations pendant la campagne du référendum, il snobe le Parlement qui le convoque ce qui lui vaut un avertissement. Ses rares confrontations avec les élus de Westminster ont provoqué des étincelles des deux côtés. Son côté piquant irrite à un point tel même chez les conservateurs que David Cameron l'a un jour taxé de "psychopathe de carrière".


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Sa campagne "Leave" a aussi été épinglée pour dépassement du seuil des dépenses électorales.

Et même s’il affirme sur son blog qu’il ne veut pas faire de vieux os au 10 Downing Street, il semble bien décider à ne pas céder à la pression et donner sa démission après ces dernières révélations.

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