Coronavirus en Espagne : les touristes étrangers viennent profiter de la plage tandis que les Espagnols ne peuvent pas quitter leur région

Attablées sur une terrasse ensoleillée de la Rambla, Solène et Célia prennent un café au lait et discutent de leur programme de la journée. Arrivées lundi en avion, ces deux étudiantes françaises à Aix en Provence se sont offert quatre jours de vacances à Barcelone. "Je suis tellement heureuse de reprendre un café en terrasse. C’est comme-ci c’était devenu quelque chose d’illégal en France. Ça me fait un peu bizarre d’ailleurs", confie Solène. "Ce qui est le plus difficile à vivre à Aix, c’est le couvre-feu à 19h. Ici on retrouve un peu de la vie d’avant", ajoute Celia.

Même si c’est encore loin d’être une ruée ou un phénomène de masse, on observe un début de retour des vacanciers français dans le centre-ville ou sur la plage de la Barceloneta. "On a hésité à venir, on ne savait pas si on avait le droit, mais on a tenté notre chance et ça a marché" explique Diane, étudiante à Paris qui passe une semaine avec quatre amis. "On nous a demandé notre PCR à l’arrivée à l’aéroport de Barcelone et c’est tout."

une immense bouffée d’air frais

Les témoignages des touristes se ressemblent. Tous sont venus chercher ce qu’ils n’ont plus depuis plusieurs mois : les bars et les restaurants, les salles de spectacles, les musées et des soirées qui se terminent un peu plus tard avec un couvre-feu à Barcelone à 22 heures. "C’est une immense bouffée d’air frais. On ne peut pas dire que c’est insupportable à Paris car tout le monde vit la même chose, mais franchement être ici ça fait trop du bien", ajoute Diane.

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© Henry de Laguérie

Mais la présence des touristes intrigue les Catalans et révèle les incohérences des restrictions en vigueur en Espagne et en Europe.

Une incohérence qui énerve les Espagnols

Alors que les vacances de la semaine sainte sont sur le point de commencer, les Espagnols ne pourront pas voyager librement dans leur propre pays. Mais à l’exception des Belges, la plupart des Européens, s’ils viennent en avion, ont le droit d’y venir pour des voyages de loisirs. L’Espagne a fermé les frontières de ses régions mais pas ses frontières extérieures. "C’est insensé : je n’ai pas le droit d’aller voir ma mère à Valence mais un parisien peut venir faire la fête ici ! ", s’indigne Marta qui habite à Barcelone. "En fait pour aller à Valence en respectant les règles il faudrait que je prenne un vol avec escale à Paris ou à Berlin. C’est complètement stupide ! "

C’est une discrimination

Les images diffusées en boucle par les télévisions espagnoles des Français faisant la fête à Madrid et des touristes allemands débarquant sur l’île de Majorque suscitent la colère. "C’est une discrimination", s’indigne Marta. "L’Union Européenne devrait instaurer les mêmes règles pour tous. Nous aussi on devrait avoir le droit de pouvoir voyager dans notre propre pays. Et si Bruxelles ne change pas les règles, alors on devrait empêcher les Français de venir".


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Les journaux aussi dénoncent des restrictions qualifiées d’absurdes : "Les touristes étrangers peuvent se rendre aux Baléares ou aux Canaries mais pas les Espagnols : nous ne sommes donc qu’une zone de loisirs pour le nord de l’Europe", déplore une éditorialiste d’ElDiario.es.

Sous le feu des critiques de la presse et de l’opposition, le gouvernement Sanchez n’a pas été capable de fournir des explications convaincantes pour justifier ce deux poids, deux mesures. La commission européenne a invité l’Espagne à faire preuve d’un peu plus de cohérence dans l’application des mesures de restrictions de mobilité.

Pour les voyageurs belges, les déplacements à l’étranger restent encore interdits s’ils sont non-essentiels.

Belgique: voyages non essentiels pas autorisés (JT 06/03/2021)

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