Coronavirus en Espagne : Barcelone, vidée de ses touristes, est en pleine crise

Panneaux " à vendre " ou " à louer " sur les vitrines des commerces, rideaux de fers baissés, silence de plomb, terrasses vides : plus personne ne reconnait le centre-ville de Barcelone qui n’offre qu’un visage de désolation. Avec la crise du Covid, les touristes ont fui la ville alors que l’Espagne a perdu 75% de ses visiteurs étrangers depuis le début de l’année.

Sur la rambla, il n’y a pas beaucoup plus de monde qu’au printemps dernier, lors du confinement total. Pas un seul touriste dans cette avenue d’habitude si fréquentée. " Moi j’ai jamais vu ça. Une rambla comme ça ? C’est vide vide vide… La Rambla est morte. " se désole Andrés, caricaturiste, qui attend des touristes qui ne viennent.  " On travaille toute l’année ici. En été on travaille bien, en hiver on travaille mal. Mais ce qui se passe en ce moment ça ne nous était jamais arrivé ".

On vend juste des masques. C’est très compliqué

Un peu plus loin, Calle Ferran, les deux tiers des commerces ont mis la clé sous la porte. Ce sera bientôt le cas de la boutique de lunettes de soleil que gère Rohit Utmani " En temps normal, je vends au minimum une trentaine de paires de lunettes chaque jour. Mais en ce moment, il y a des jours où je n’en vends pas une. On vend juste des masques. C’est très compliqué ".

25% seulement des hôtels de Barcelone sont ouverts en ce mois d’octobre avec des taux d’occupation qui ne dépasse pas les 20 à 30%. Du jamais vu dans une ville si dépendante du tourisme. " Il n’y a pas de tourisme international, il n’y a pas de congrès ou de réunions internationales, il n’y a pas d’hommes d’affaires internationaux, donc ça a un impact direct sur les hôtels " explique Bruno Hallé, consultant chez Cushmann & Wakefield Hospitality Spain.

25/26% de l’économie globale de Barcelone dépend du tourisme. Mais quand on parle en indirect, c’est-à-dire les taxis, les fleuristes, les restaurants, les commerces,etc ça peut représenter plus de 60/65% de l’économie de la ville. C’est vrai qu’aujourd’hui se promener dans Barcelone c’est un luxe pour les habitants, mais c’est vraiment terrible pour le commerce et pour les entrepreneurs. "

On n’a plus besoin d’esquiver les touristes

Ces dernières années, beaucoup se plaignaient de ce tourisme de masse qui a chassé des habitants du centre-ville. Des groupes radicaux s’en étaient même pris à des vacanciers en promenade dans un bus à impériale en 2017. Aujourd’hui, les barcelonais se réapproprient leur ville. " C’est désormais beaucoup plus agréable de se promener ici ou dans le centre-ville " témoigne Edurne Garcia, voisine de la Sagrada Familia.

 " On n’a plus besoin d’esquiver les touristes. Sincèrement, Barcelone, son centre-ville et autour de la Sagrada Familia était devenu pour les barcelonais une ville impossible à vivre. "

Repenser le modèle

Pour certains, cette crise pourrait être un point d’inflexion. Barcelone doit repenser son modèle. Comme le Gallery Hotel qui a transformé ses parties communes et certaines de ses chambres en espace de coworking.

" On a adapté des chambres en retirant les lits pour les convertir en bureau et en faire des home office dans l’hôtel " explique Marta Golobardes, directrice du Gallery Hotel Barcelona. " C’est une initiative qu’on a lancé le 1er octobre quand on a rouvert l’hôtel. On a eu de bons retours. Beaucoup de gens nous ont appelé pour connaitre les prix et on commence à avoir des réservations. "

Alors que les bars et les restaurants de la ville s'apprêtent à fermer pour 15 jours, les spécialistes du tourisme ne prévoient aucun retour à la normale avant 2022