Coronavirus en Allemagne : un 1er mai anti-confinement sous étroite surveillance policière

Des policiers arrêtent un homme lors d'une manifestation le 1er mai 2020 à Berlin
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Des policiers arrêtent un homme lors d'une manifestation le 1er mai 2020 à Berlin - © John MACDOUGALL

La police a procédé vendredi à de multiples interpellations de militants d’ultragauche, droite identitaire ou conspirationnistes qui voulaient faire du 1er mai un temps fort de l’opposition au confinement.

Dans la capitale, pas moins de 5000 policiers étaient mobilisés pour faire respecter l’interdiction de manifester à plus de 20 personnes.

Plusieurs dizaines de manifestants ont ainsi tenté de se rassembler, comme ils le font chaque semaine depuis mars, devant le mythique théâtre de la Volksbühne, en plein centre de Berlin, mais l’accès a été bloqué par les forces de l’ordre, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les policiers ont interpellé sous les huées et le slogan "Nous sommes le peuple" plusieurs personnes rassemblées au prétexte qu’elles ne respectaient pas entre elles les distances de sécurité de 1,5 mètre.

"Dictature médicale"

"C’est incroyable, on se croirait dans 1984 de George Orwell, on n’a plus le droit de s’exprimer", a fustigé auprès de l’AFP Stephan, 28 ans, convaincu que les autorités imposent le port du masque "pour nous faire taire, pas pour nous protéger" du nouveau coronavirus.

Un autre s’emporte : "Nous vivons dans une dictature médicale temporaire !", avant d’être amené à l’écart par des policiers.

Des manifestants portaient des masques sur lesquels étaient inscrit "1984" ou "1933 = 2020", en référence à l’année de l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler.

Traditionnellement adepte de la stratégie de la désescalade avec les manifestants, les forces de l’ordre avaient cette fois reçu des consignes strictes de la ville de Berlin.


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"Les foules de manifestants présentent un grand risque d’infection. Le 1er-Mai ne doit pas devenir l’Ischgl de Berlin", une station de ski autrichienne devenue un foyer d’infection, avait ainsi mis en garde l’adjoint à la sécurité du maire de Berlin, Andreas Geisel.

Si d’autres manifestations sont prévues ailleurs en Allemagne, les regards étaient tournés vers la capitale, où un collectif baptisé "Résistance démocratique" organise ce rassemblement hebdomadaire place Rosa-Luxembourg.

Cet assemblage hétéroclite minimise les dangers du nouveau coronavirus, qui a tué plus de 6000 personnes en Allemagne, et réclame la fin immédiate des mesures de restrictions et le rétablissement des libertés individuelles.

Un rassemblement similaire de plusieurs centaines de personnes s’est également déroulé vendredi devant la chancellerie à Vienne pour réclamer, au nom des libertés individuelles, un assouplissement accéléré des restrictions, pourtant en partie levées par le gouvernement de Sebastian Kurz.

"Essor" du complotisme

En Allemagne, ces opposants comptent notamment dans leurs rangs des partisans de théories du complot mettant en cause le gouvernement d’Angela Merkel, le "lobby pharmaceutique" ou encore la Fondation de Bill Gates qui mène des campagnes de vaccination en Afrique.

Avec les incertitudes qui entourent l’épidémie, les théories conspirationnistes, largement diffusées sur les réseaux sociaux, connaissent un "essor" sans précédent en Allemagne, selon la Fondation antiraciste allemande Amadeu-Antonio.

"La fréquentation de groupes conspirationnistes sur la messagerie cryptée Telegram a explosé, certaines boucles ayant doublé depuis mars le nombre de leurs abonnés", explique à l’AFP Miro Dittrich, spécialiste de cette thématique au sein de la Fondation. Un phénomène identique a été selon lui observé sur Youtube.


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Comme les attaques du 11-Septembre, la pandémie risque, prévient M. Dittrich, d’attirer un nouveau public. "Les gens sont actuellement isolés de leur environnement social, en situation de crise, et passent un temps extrêmement important en ligne", dit-il.

La presse berlinoise a aussi fait état de slogans antisémites dans de précédents rassemblements.

S’il ne participe pas à ces rassemblements hebdomadaires, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) juge lui aussi que son ennemie jurée, Angela Merkel, en fait trop contre l’épidémie.

Les Allemands sont 49% à estimer, selon un sondage Yougov, que le déconfinement va trop vite, contre 15% pensant le contraire. Tenant d’une ligne très prudente et conseiller d’Angela Merkel, le virologue Christian Drosten a reçu plusieurs menaces de mort.

Ce mélange de militants issus des deux extrêmes a fini par indisposer l’ultragauche qui ne veut "pas de place pour les nazis" et a changé de stratégie pour le 1er-Mai.

Elle prévoyait cette fois des actions ciblées "sans contact" dans plusieurs endroits de la capitale, en particulier le quartier alternatif de Kreuzberg, autour du mot d’ordre "Légal, illégal, on s’en fout !".