Coronavirus dans le monde : vacciner prioritairement les 18 à 59 ans ? Le cas de l'Indonésie

La campagne de vaccination contre le coronavirus en Indonésie
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La campagne de vaccination contre le coronavirus en Indonésie - © SONNY TUMBELAKA - AFP

Qui doit être prioritaire dans les campagnes de vaccination contre le COVID-19 ? En ce qui concerne la Belgique, le gouvernement a ciblé prioritairement les résidents des maisons de repos, puis le personnel hospitalier. Suivront les personnes de 65 ans et plus, celles qui présentent des risques en raison de comorbidité et ceux qui remplissent des "fonctions critiques". Ce schéma correspond aux recommandations que l’OMS formulait dans un rapport publié le 23 novembre 2020. Vacciner d’abord les personnes âgées de 60 ans et plus : cette stratégie vise à "maximiser l’impact des vaccins disponibles en vue de limiter la morbidité grave et la mortalité", selon l’OMS.

D’ailleurs, le commissaire interfédéral COVID-19 Yves Van Laethem expliquait le 30 décembre 2020 que "les personnes âgées paient un tribut important à la pathologie. L’âge est un bon facteur pour décider qui pourrait bénéficier, pour sa santé personnelle, d’un vaccin efficace. Et cela permettra d’éviter d’embouteiller le système de santé". Yves Van Laethem ajoutait : "Nous ne connaissons pas l’impact que le vaccin peut avoir sur la transmission, vacciner des personnes moins à risque mais 'transmetteuses' n’est pas actuellement une possibilité scientifiquement démontrée avec les vaccins dont nous disposons".

Pourtant un pays d’Asie du Sud-Est a annoncé en décembre qu’il allait vacciner prioritairement les personnes entre 18 et 59 ans : c’est l’Indonésie. Pourquoi ? "Notre objectif est l’immunité collective", expliquait le docteur Amin Soebandrio, directeur de l’Institut Eijkman de biologie moléculaire à Jakarta. "Si les 18 à 59 ans, les personnes les plus actives et les plus exposées, sont vaccinées, ils formeront une forteresse qui protégera les autres groupes. Si nous utilisions le nombre limité de vaccins dont nous disposons pour les personnes âgées, qui sont moins exposées, ce serait moins efficace", déclarait-il à Bloomberg.


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Immunité collective : cela rappelle l’époque où les vaccins n’étaient pas encore une réalité. Dans les premiers mois de l’épidémie, certains prônaient cette stratégie qui aurait consisté à permettre au virus de contaminer un maximum d’individus en espérant qu’une grande proportion de la population soit immunisée et que cela puisse arrêter naturellement la propagation du virus. Cela impliquait d’admettre que les personnes les plus vulnérables ne s’en sortiraient pas. Mais les Etats qui, comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni, avaient misé sur cette stratégie, ont fait marche arrière. L’OMS rappelle que "jamais, dans l’histoire des pandémies, l’immunité collective n’a été utilisée pour lutter contre un virus".

Le coup d’envoi de la gigantesque campagne de vaccination en Indonésie a été donné le 13 janvier 2021. Devant les caméras, c’est le président Joko Widodo qui a reçu la première injection, afin de rassurer la population sur le caractère sûr et halal du vaccin. Il est prévu de vacciner gratuitement 181,5 millions de personnes, soit 70% des 270 millions d’Indonésiens. Le vaccin CoronaVac de la firme chinoise Sinovac a reçu une autorisation d’urgence de l’agence indonésienne qui surveille les médicaments et les aliments.


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Ce vaccin utilise la technologie du "virus inactivé" et nécessite deux injections. Il doit être stocké et transporté à une température entre 2 et 8 °C. En Indonésie la firme pharmaceutique Bio Farma, qui appartient à l’Etat, est partenaire de Sinovac : le vaccin livré en vrac par conteneurs réfrigérés de Chine y est conditionné en flacons (jusqu’à un million par jour). L

’Indonésie compte aussi sur d’autres vaccins, dont ceux développés par les firmes AstraZeneca et Novavax. En vitesse de croisière, il est prévu de vacciner, dans 13.000 centres médicaux et 9000 hôpitaux, 16 millions de personnes par jour. Cette campagne, qui devrait s’étaler jusqu’en mars 2022, est un défi logistique énorme dans un pays constitué de milliers d’îles et où la température extérieure dépasse habituellement les 30°C.

Convaincre les sceptiques

Mais est-il toujours question de vacciner prioritairement les personnes "les plus actives et les plus exposées", entre 18 et 59 ans ? Après avoir vacciné devant les caméras le président de la république, des ministres et des responsables politiques, ce fut le tour de stars de la pop, de célébrités des médias et d’influenceurs des réseaux sociaux, afin de convaincre les plus sceptiques. 

Le programme prévoit de vacciner ensuite les travailleurs de la santé, les employés qui travaillent dans les ports et les gares, les compagnies d’électricité et les banques. Les Indonésiens âgés de 18 à 59 ans "jouent un rôle important dans l’économie du pays", c’est pourquoi ils sont prioritaires, expliquait le 22 janvier Siti Nadia Tarmizi, porte-parole du programme de vaccination au ministère indonésien de la Santé à Deutsche Welle

Cela permettrait de "briser la chaîne de transmission dans le groupe familial" et donc de réduire le taux global d’infection. Mais le ministère de la Santé a indiqué ensuite que quelque 25 millions de seniors pourront être vaccinés si le vaccin conçu par le groupe chinois Sinovac, le seul disponible pour l’instant en Indonésie, s’avère sûr pour les plus âgés.

Il faut dire que ce pays a publié ce 26 janvier de nouveaux chiffres officiels au sujet de l'épidémie : à ce jour, 1.012.350 cas de Covid-19 ont été recensés et près de 29.000 mortsMais les scientifiques considèrent que l'ampleur de l'épidémie est sans doute bien plus importante, au vu du faible nombre de tests effectués.

La stratégie de vacciner prioritairement les personnes âgées entre 18 et 59 ans ne peut être justifiée que "dans un contexte où l’approvisionnement" en vaccins est limité, selon l’OMS. Il y a une autre motivation avancée par le professeur Nicholas Thomas de l’université de Hong Kong : "Le gouvernement indonésien a un besoin urgent de redémarrer son économie. On s’attend à ce que la pauvreté nationale et l’insécurité alimentaire augmentent toutes deux à deux chiffres cette année", explique-t-il dans une interview à Fortune. "En remettant le pays au travail plus rapidement, le gouvernement tente d’atténuer cette tendance négative".

Chaque pays élabore sa propre politique de vaccination, en retenant prioritairement un ou plusieurs des critères définis par l’OMS : les personnes âgées, les employés qui travaillent dans les secteurs essentiels, les travailleurs de la santé, les personnes vulnérables.

Cela est détaillé dans la carte ci-dessus.

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