Coronavirus dans le monde : une hausse des cas, mais une pandémie moins meurtrière ?

C’est une certitude : la pandémie de covid-19 est loin d’être terminée, et il semblerait qu’elle reparte ces derniers jours. Une tendance logique, après le déconfinement et le fait que, malgré les mesures sanitaires mises en place, les personnes ont repris contact entre elles.

Le virus continue à se propager. Pourtant, les graphiques montrent un taux de mortalité du virus en baisse dans le monde. Ce taux de mortalité mesure le pourcentage de personnes qui décèdent du virus par rapport à l'ensemble de personnes infectées. Cela voudrait-il dire que le coronavirus est devenu moins meurtrier ?

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© Our World In Data

Aux États-Unis, par exemple, on a en effet remarqué que la courbe de décès était au ralenti comparée à celle des cas. "Les décès sont toujours considérablement en décalage", estime Anthony Fauci, le spécialiste coronavirus du pays. Selon lui, la courbe pourrait donc remonter rapidement dans les jours à venir, après la hausse de cas rapportés dans certains États, comme l’Arizona, le Texas et la Floride.


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Pour le gouvernement américain, cette tendance pourrait être due à l’augmentation massive des tests, et au fait que les personnes testées sont désormais aussi jeunes et en bonne santé, a expliqué le vice-président Mike Pence.

De la même façon qu'il faut relativiser l'importante hausse des cas  (liée au nombre de tests), il faut aussi relativiser cette "mortalité" du virus, puisqu'on divise le nombre de cas par le nombre de morts. Si les cas détectés sont plus nombreux grâce aux tests, la mortalité semble fatalement moindre.

En réalité, il est difficile de comparer le taux de mortalité suivant les différents pays, car les données ne sont pas collectées de la même manière. On remarque toutefois qu’en règle générale, la baisse du taux est due à l’augmentation des tests.

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Alors vraie baisse de la mortalité ou simple retard de recensement ? Difficile à dire, explique Marius Gilbert, responsable du laboratoire d’épidémiologie spatiale à l’ULB : "le taux de létalité montre le nombre de décès par rapport au nombre de cas, mais c’est un mauvais indicateur, car très sensible à la détection de cas."

Tout dépend en effet de la capacité de testing et de la cible des tests. En Belgique, au début de la pandémie, on ne testait que les personnes sévèrement atteintes : le taux était donc très élevé. "Comme nous avons eu plus de capacité de testing, nous testons maintenant toutes les personnes présentant des symptômes, donc le taux de mortalité chute", conclut Marius Gilbert.

Selon l’épidémiologiste, cette courbe est donc plutôt logique : "il est très classique dans une épidémie d’avoir une évolution qui fluctue en fonction du fait pas tellement que les gens meurent moins, mais que la capacité de test augmente." Pour autant, cela ne veut pas dire que le virus est moins mortel, ou que les personnes guérissent mieux.

Un taux de 0,7% de mortalité en Belgique

Alors comment déterminer de manière plus exacte la mortalité du covid-19 ? "La technique la plus robuste c’est d’estimer le nombre de décès sur base de l’excès de mortalité, c’est-à-dire le nombre de décès liés au covid-19, comparé au nombre de décès prévus cette période", explique Marius Gilbert. Avec cette méthode, estime-t-il, on a une idée assez claire de la mortalité directe ou indirecte du nouveau coronavirus.

Sur cette équation, le dénominateur serait alors non pas le nombre de personnes détectées, puisque celui-ci n’a pas été constant au cours de l’épidémie, mais le nombre de personnes infectées, sur base de campagnes sérologiques. "En Belgique, on a un taux de mortalité qui tourne autour de 0,7% de personnes infectées", affirme Marius Gilbert.


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Mais quelle que soit la méthode utilisée, l’épidémiologiste rappelle que mesurer dans le temps un taux de mortalité est toujours difficile. "En fonction de la courbe, il y a des effets de retard, note-t-il. Les personnes ne décèdent pas tout de suite." Par exemple, en phase descendante d’une épidémie, le taux de décès apparent va fortement remonter, mais il s’agira de personnes infectées en phase ascendante…

Pour Marius Gilbert, cela ne sert pas vraiment de vouloir estimer le taux de mortalité en cours d’épidémie : "généralement, on l’estime en fin d’épidémie, et on ne l’interprète pas pour savoir si le virus est 'plus mortel' ou 'moins mortel'."

Rendez-vous donc à la fin de cette pandémie pour faire les comptes.

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