Coronavirus dans le monde : "l’épidémie s’accélère" dit l’OMS: au niveau des cas, c'est vrai, mais pas au niveau de la mortalité, comment l’expliquer ?

"L’épidémie de coronavirus s’accélère". Un constat qui peut paraître bizarre en Belgique, où on ne cesse de répéter que les chiffres baissent et que l’épidémie est sous contrôle, et pourtant Quasiment un jour sur deux, ce titre de dépêche est repris dans les médias du monde entier, sur base des rapports de l’OMS.

Avec raison si l’on observe les graphiques de "Our world in data", basés sur les chiffres officiels des offices de santé publique : on y voit très clairement que depuis le début de l’épidémie, le nombre total de nouveaux cas de coronavirus décelés ne cesse d’augmenter, avec seulement une période de stabilité entre mi-avril et début mai.

Mais qu’en est-il de la gravité de ces cas ? Comment le nombre de morts a-t-il lui évolué ?

Eh bien, même si ça peut paraître étonnant dans un premier temps, le nombre de morts du virus officiellement recensés chaque jour, serait lui relativement "stable", avec toute l’indécence qu’il y a de parler de moyenne ou de chiffres quand on évoque des vies humaines.

Mais il est tout aussi clair sur le graphique que ce chiffre varie actuellement peu, après avoir connu un pic très important de presque 7500 morts quotidiens à la mi-avril, et être redescendu ensuite jusqu’à la fin mai en dessous de 4000. Il a ensuite rebondi, mais semble se stabiliser en dessous de 5000 morts du virus chaque jour dans le monde.

 

Comment l’expliquer alors que la courbe des cas est en pleine expansion ? Et cela signifie-t-il que l’on aurait atteint le "pic" de l’épidémie au niveau mondial ? A la deuxième question, il est très compliqué de répondre, mais plusieurs éléments expliquent par contre l’apparente contradiction entre les courbes :

1. Plus de tests

C’est un fait reconnu par l’ensemble des virologues et épidémiologistes : le nombre de personnes qui ont effectivement contracté le Covid-19 est très largement supérieur aux chiffres officiels. Et ce pour une raison très simple : comme de nombreux contaminés restent asymptomatiques, il faudrait tester l’ensemble de la population.

Et donc quand Donald Trump attribue la flambée des cas aux Etats-Unis, et la succession de records de cas détectés au nombre de tests en augmentation… il n’a pas complètement tort. Il minimise certes une épidémie encore en pleine expansion dans certains Etats, mais scientifiquement, c’est exact : plus on fait de tests dans un pays, plus on découvre de cas. Et plus les tests sont faits largement, c’est-à-dire pas seulement pour les personnes qui présentent les symptômes de la maladie, plus on va découvrir de cas, mais qui ne seront pas tous nécessairement graves, et a fortiori mortels.

Tous les instituts de santé publique ne donnent pas cette information, mais il suffit de regarder l’évolution du nombre de personnes testées quotidiennement dans deux grands pays comme l’Inde et les USA pour se convaincre que ce dépistage prend de plus en plus d’ampleur à l’échelle mondiale.

2. Une meilleure connaissance du virus

Les épidémiologistes belges le reconnaissent, mais la plupart des experts mondiaux aussi font preuve d’humilité : beaucoup ont sous-estimé la dangerosité de ce SARS-Cov2, et de la maladie dite Covid-19 qui en découle. Sous-estimé les dégâts, mais surtout sous-estimé sa contagiosité, portée par la mondialisation et l’extrême portabilité du virus.

Les mesures de fermeture de frontières, de confinement, de distanciation sociale sont venues quand la contamination était déjà largement répandue dans nos pays.

Aujourd’hui, même s’il est parfois difficile d’appliquer les mesures, on sait comment "casser" les chaînes de transmission, on sait mieux dépister, et on commence peu à peu à mieux soigner cette nouvelle maladie, car les études s’enchaînent, les connaissances se partagent au niveau mondial.

Cela a pour conséquence que par rapport au nombre de cas détectés dans un premier temps, on aura moins de cas graves et d’issues mortelles.

3. Un nombre de morts sous-estimé dans certains pays

Tout comme le nombre de cas de coronavirus est largement sous-estimé, faute de tests généralisés, le nombre de morts à cause du Covid-19 n’est pas toujours estimé à sa juste mesure dans certains pays.

A la date du 23 juin, une étude du New York Times sur base des rapports de surmortalité établis dans différentes villes, régions et pays, estimait qu’au moins 120.000 personnes étaient mortes dans le monde au cours de la pandémie de coronavirus que ce qu’en disent les rapports officiels.

Bien sûr, cette sous-estimation concerne aussi la première période de l’épidémie, mais on constate qu’elle touche beaucoup des pays qui sont actuellement le plus impactés par la maladie, au niveau du nombre de cas. Alors qu’à l’inverse, il s’avère que des pays comme la Belgique, où le virus est en forte régression, semblent eux avoir assez bien recensé leurs morts du Covid.

 

 

120,000 Missing Deaths: Tracking the True Toll of the Coronavirus Outbreak

At least 120,000 more people have died during the coronavirus pandemic than the official Covid-19 death counts report, a review of mortality data in 28 countries shows - providing a clearer, if still incomplete, picture of the toll of the crisis.

Ainsi, entre le 30 mars et le 7 juin, la ville de Mexico a officiellement recensé 3679 morts du coronavirus. Mais la surmortalité est estimée par le New York Times à 125%, ce qui représente 17.300 morts excédentaires ! Or, le nombre de cas au Mexique reste en pleine expansion….

De même, le Pérou, l’Equateur, le Brésil, affichent selon le New York Times des taux de surmortalité largement supérieurs aux chiffres officiels du Covid-19. Or, ces pays figurent parmi ceux où l’épidémie semble progresser le plus en ce moment…

Le décalage entre le nombre de morts et de cas pourrait donc s’expliquer par le fait que depuis mai, le virus se développe surtout dans des pays qui sous-estiment leur nombre de morts…

4. Un décalage dans les données

C’est une des hypothèses les moins réjouissantes et les plus inquiétantes : la différence entre les courbes pourrait juste correspondre à un décalage dans le temps. En Belgique, le nombre de cas a flambé dès le début du mois de mars, mais c’est à partir du 10 avril que nous avons connu le pic de décès.

Avec un effet boule de neige : plus il y a de cas, plus il devient difficile de les soigner, et plus ils peuvent s’aggraver.

Dans un certain nombre de pays où le nombre de cas grimpe en flèche, la courbe des décès pourrait bientôt suivre…

A noter que ça ne semble pas être le cas des Etats-Unis : même si la situation est très variable d’un état à l’autre, entre ceux qui sortent de l’épidémie, et ceux qui connaissent leur première vague, la courbe des décès semble clairement y tendre vers le bas…

(Attention, à partir du 26 juin, les Etats-Unis ont rejoint la méthode belge et décidé d’ajouter les décès suspects, d’où cette hausse soudaine à cette période, avant de retomber)

 

5. Alors, a-t-on atteint le pic ?

C’est la grande question, évidemment. Et tout dépend de ce qui est prépondérant dans les facteurs énumérés ci-dessus. Si c’est juste une question de décalage temporaire, ou de sous-estimation, alors, non, on est peut-être très loin du pic de l’épidémie au niveau mondial.

Par contre, si c’est la connaissance du virus et le nombre de tests qui expliquent ce décalage, alors les pays où le virus émerge en ce moment pourraient bien atteindre prochainement leur pic, et rejoindre les courbes de tous ces pays où la première vague a été maîtrisée. La situation reste en effet très contrastée d’une région à l’autre d’un même continent, voire d’un même pays : là où le pic a été observé tôt, le virus est en claire régression, mais dans les régions peu touchées, il reste en expansion…

Au Texas, l'épidémie explose (sujet JT 13h)

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