Coronavirus : comment l’Inde est-elle devenue la deuxième nation recensant le plus grand nombre de cas ?

L’Inde est devenue ce lundi le deuxième pays au monde comptant le plus de cas de coronavirus, après les Etats-Unis. Après avoir rapporté un nouveau record quotidien de 90.802 nouvelles infections lundi, le pays a dépassé le Brésil en nombre de cas positifs au Covid-19, mais avec un taux de mortalité relativement faible. L’augmentation du nombre de tests quotidiens, la densité de population dans le deuxième pays le plus peuplé au monde et la poursuite des mesures de déconfinement dans une économie sous pression sont des éléments qui permettent d’expliquer cette triste deuxième place.

Le nombre total de cas en Inde s’élève maintenant à 4.204.613, selon les données officielles du gouvernement indien.

En comparaison, le Brésil a confirmé 4.137.521 cas, selon l’Université Johns Hopkins et les États-Unis restent le pays où l’on enregistre le plus grand nombre de cas sur la planète. Dimanche soir, les États-Unis avaient signalé 6.275.643 cas : c’est plus de deux millions de cas en plus dans un pays quatre fois moins peuplé que l’Inde.

Faible taux de mortalité

Ce lundi, l’Inde a également enregistré 71.642 décès liés au virus depuis le début de l’épidémie. C’est bien moins que les États-Unis avec près de 189.000 décès et que le Brésil avec plus de 126.000 décès.

Depuis début août, le pays enregistre le nombre le plus élevé de nouveaux cas par tranches de 24 heures. Le nombre total de cas a passé samedi la barre des quatre millions, 13 jours seulement avant d’avoir franchi celle des trois millions.

Le taux de mortalité de l’Inde, qui s’élève actuellement à cinq décès liés au virus pour 100.000 personnes, est inférieur à celui de plus de 80 pays et territoires.

Beaucoup d’experts pensent cependant que les chiffres indiens sont nettement sous-estimés. Ils pointent un nombre relativement faible de tests depuis l’arrivée du virus dans le pays et le fait que les causes des décès ne sont pas toujours correctement consignées.

Plus de tests

En réaction, l’Inde a passé la vitesse supérieure et teste plus de 10 millions de personnes par jour en moyenne, et compte réaliser davantage encore de dépistages.

Le Conseil indien de la recherche médicale, qui coordonne la réponse gouvernementale à la crise, a revu vendredi les critères permettant de se faire tester. Et désormais, il n’est plus nécessaire d’avoir un courrier de son médecin pour se faire tester.

"Cela va permettre de découvrir davantage de cas asymptomatiques, qui sont la source réelle de cette progression en Inde", a déclaré M. Jameel. "Il faudrait aussi réaliser davantage de tests dans les districts et les villages ruraux, vu que plus des deux tiers des cas viennent de là."

L’inde, deuxième nation la plus peuplée au monde, six fois plus que le Brésil

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Les commerçants et les clients indiens se retrouvent dans une Mandi (place du marché) bondée, alors que le confinement national se poursuivait le 26 mars 2020 à New Delhi, en Inde. © Getty Images

L’Inde est la deuxième nation comptant le plus d’habitants au monde derrière la Chine (1,4 milliard), avec plus de 1,3 milliard d’habitants. Soit plus de six fois la population du Brésil qui compte environ 210 millions d’habitants.

Par ailleurs, ce pays géant d’Asie compte certaines des villes les plus densément peuplées au monde.

Sa capitale, New Delhi, compte près de 17 millions d’habitants et est référencée comme la quatrième ville comptant le plus grand nombre d’habitants au monde. Des villes comme Bombay (plus de douze millions d’habitants), Bangalore (plus de huit millions d’habitants) ou Hyderabad (+- sept millions) et Ahmedabad (près de six millions) apparaissent dans le top 50 des villes comptant le plus d’âmes sur le globe.

La densité de population dans ces immenses villes est l’un des éléments qui pourrait permettre d’expliquer le plus grand nombre de personnes contaminées. Dans ces mégalopoles la proximité des habitants entre eux est susceptible de favoriser la transmission du virus d’une personne à l’autre.

Assouplissement des mesures et réouverture des métros

Malgré cette progression en flèche, l’Inde n’a pas interrompu son processus de déconfinement. Lundi, les métros ont recommencé à rouler dans la plupart des villes, y compris à Delhi et Bombay, deux importants foyers épidémiques. Cela faisait près de six mois que les rames ne circulaient plus.


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Cette réouverture se poursuit donc malgré les chiffres importants de nouveaux cas, sous la pression d’une économie en grande difficulté. En effet, le PIB de l’Inde a connu entre avril et juin une contraction historique de 23,9% de son économie, ce qui constitue le pire effondrement depuis que le pays a commencé à publier des données trimestrielles en 1996.

Gestion indienne de la santé mentale des habitants remise en cause

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© Getty Images/iStockphoto

Enfin, une recherche menée par la Fondation pour la prévention du suicide en Inde en mai a révélé que près de 65% des 159 professionnels de la santé mentale interrogés ont signalé une augmentation de l’automutilation chez leurs patients. Plus de 85% des thérapeutes interrogés ont déclaré qu’ils ressentaient de la fatigue chez leurs soignants, et plus de 75% ont déclaré que la fatigue avait eu un impact sur leur travail.

Le gouvernement indien avait commencé à assouplir les restrictions les plus sévères sur la vie quotidienne en juin, mais les effets du confinement sur la santé mentale des habitants continuent d’apparaître, alors que le pays assiste à cette recrudescence actuelle de cas Covid-19.

Une autre enquête réalisée en avril par la Société indienne de psychiatrie a montré que, sur 1685 participants, 40% souffraient de troubles mentaux courants, tels que l’anxiété et la dépression, en raison de la pandémie.

Cette gestion de la santé mentale des Indiens est pointée du doigt pas certains experts indiens qui estiment que des facteurs culturels comme la peur d’exprimer ces sentiments de peur de paraître faible ou le manque de vocabulaire.

Selon des experts indiens, il pourrait aussi y avoir un lien entre cette difficulté de parler de problèmes psychologiques et les langues parlées en Inde. Aucune des 22 langues de l’Inde n’a de mots qui signifient "santé mentale" ou "dépression".

Reportage du journal télévisé du 13 juillet dernier :

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