Coronavirus : certains quartiers de Montréal vivent une "crise humanitaire"

Montréal-Nord. Parc Extension. Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Ces quartiers de Montréal, populaires et densément peuplés, sont peu connus des touristes et même des Québécois. Mais depuis quelques semaines, ils sont tristement célèbres pour leurs chiffres de contaminations au coronavirus particulièrement élevés.

François Audet, le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, ne mâche pas ses mots. Il parle désormais de "crise humanitaire" dans certains quartiers.

6 images
François Audet, le directeur de l’institut d’études Internationales de Montréal, estime que certains quartiers de Montréal vivent une situation de crise humanitaire. © RTBF

"Montréal passe à travers l’un des pires moments de son Histoire, on pourrait qualifier certains secteurs de la ville comme étant en crise humanitaire, dans la mesure où dans ces quartiers, le gouvernement n’est plus en mesure de répondre aux besoins de la population de la protéger", explique François Audet. "À Montréal, on a dû demander de l’aide de l’armée et de la Croix-Rouge, autrement dit à des autorités qui se trouvent en dehors du périmètre classique de la santé publique", ajoute-t-il.

6 images
Depuis plusieurs semaines, l’armée canadienne a été appelée en renfort dans les maisons de repos du Québec © EVN

Pauvreté, densité, et contamination massive

Crise humanitaire. Les mots sont forts, mais dans le quartier de Montréal-Nord, personne ne les rejette. "Oui, je pense qu’on peut parler de crise humanitaire et il faut désormais une réponse humanitaire, il faut du dépistage massif, il faut protéger la population et éviter une plus grande contamination", recommande Nargess Mustapha. La jeune femme est née et a grandi dans le quartier de 80.000 habitants. Elle travaille désormais pour l’organisme communautaire Hoodstock, qui déploie travailleurs et bénévoles pour soutenir la population de Montréal-Nord.

6 images
Nargess Mustapha est intervenante communautaire dans le quartier de Montréal-Nord. Elle s’inquiète des inégalités socio-économiques, qui facilitent la propagation du virus. © RTBF

Nargess Mustapha n’est pas surprise de voir les cas de Covid-19 exploser dans son quartier. "Montréal-Nord a le plus haut taux de pauvreté au Canada. La densité de la population est très élevée dans certains secteurs du territoire et si on veut respecter la distanciation sociale, c’est très difficile. On a aussi des enjeux d’insalubrité dans certains appartements. Ces enjeux-là existent depuis longtemps mais ils ont été accentués, puis révélés par le contexte de pandémie", explique Nargess Mustapha, qui cite aussi des difficultés d’accès aux soins de santé.


►►► À lire aussi : Toutes les infos sur le coronavirus


 

Beaucoup de travailleurs essentiels

Un autre élément peut expliquer l’explosion des cas à Montréal-Nord. Il y a dans ce quartier une très grande concentration de travailleurs de la santé, souvent issus de l’immigration. Depuis le début de la pandémie, ces hommes et ces femmes vont travailler dans plusieurs maisons de repos et hôpitaux et retournent ensuite dans des milieux de vie confinés, devenant d’importants vecteurs de la maladie.

Au Québec, les maisons de repos sont toujours particulièrement touchées par le coronavirus. "Nos maisons de repos étaient déjà des lieux vulnérables, avec des ressources très limitées et des conditions de travail difficiles pour les employés. L’arrivée d’un virus dans ces bâtiments déjà désuets et en manque de personnel motivé s’est transformée en une grave crise sanitaire", insiste François Audet.

6 images
De nombreux habitants de Montréal-Nord travaillent dans les maisons de repos et hôpitaux de la région. © RTBF

A Montréal-Nord, des autobus partent du quartier chaque matin pour amener les travailleurs vers des usines et maisons de repos situés dans d’autres quartiers. Ces déplacements de travailleurs, souvent sans respect des recommandations de distanciation sociale, ont encore aggravé les choses.

Aujourd’hui, les chiffres de contamination de Montréal inquiètent les autorités de santé publique. À ce jour, la ville compte plus de 21.000 cas de contaminations, sur les 42.000 que comptent le Québec et les 75.000 recensés dans tout le pays.

Ces chiffres, qu’il faut toujours prendre avec précaution dans la mesure où les villes et les provinces n’effectuent pas le même nombre de tests, font de Montréal l’épicentre du virus dans le pays, et rendent la perspective d’un déconfinement peu probable dans l’immédiat.

Le quartier de Montréal-Nord est le plus touché de la ville avec 1800 cas et 140 décès, dont 110 personnes dans des hôpitaux et maisons de repos.

Mission : dépistage massif

Cette semaine, le Premier ministre québécois François Legault a reconnu dans un point de presse que la situation était préoccupante à Montréal-Nord. Plusieurs sites de dépistage mobiles ont été envoyés dans les quartiers les plus touchés, notamment sous la forme d’autobus transformés en cliniques temporaires. Le Québec veut mettre les bouchées doubles et atteindre 14.000 dépistages quotidiens dans la province.

6 images
Les autorités de santé publiques ont transformé certains bus en cliniques de dépistage mobile, pour pouvoir rejoindre les quartiers les plus périphériques de Montréal. © RTBF

"Les autorités ont tardé à mettre en place des mesures structurelles comme les sites de dépistage. C’est pour ça que les organismes communautaires se sont lancé sur le terrain dans l’urgence, on s’est dit qu’il fallait outiller notre communauté en termes de sensibilisation, mais aussi leur apporter des masques, des gants, du désinfectant pour freiner la chaîne de transmission", indique Nargess Mustapha.

Selon elle, le coronavirus a révélé plus que jamais les inégalités socio-économiques et les inégalités d’accès aux soins de santé entre les différents quartiers de Montréal. Le virus n’a clairement pas frappé les quartiers et habitants de la même façon.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK