Coronavirus: Baarle, ville belge enclavée aux Pays-Bas, où le voisin belge ne peut pas prendre son café

Baarle, ses enclaves, ses frontières et ses Belges interdits de cafés et restaurants.
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Baarle, ses enclaves, ses frontières et ses Belges interdits de cafés et restaurants. - © RTBF

C’est une histoire surréaliste. Une histoire belge ? Pas seulement. Cette histoire, c’est celle d’un bout de Belgique aux Pays-Bas. Ou l’inverse. Tout étranger qui découvre la ville - enfin les villes – ne peut que s’étonner de sa particularité. Baarle-Hertog - comprenez Baerle-Duc – côté belge, compte 2500 Belges alors que Baarle-Nassau, côté néerlandais, compte 7500 Néerlandais. La ville belge comptabilise 22 enclaves sur le territoire néerlandais et la ville néerlandaise comprend 7 bouts de terre encerclés par le territoire belge.

Une ville coupée en deux. Par de simples croix peinturées qui matérialisent les frontières et coupent certains magasins et certains domiciles. Et ici, c’est la porte d’entrée qui détermine le territoire sur lequel est enregistrée l’habitation.

En réalité, il faut remonter au Moyen-Age pour saisir la situation géographique actuelle. A l’époque, les terres de la ville de Baarle sont cédées par le duc du Brabant à un seigneur de Breda. Il y a donc Baerle-duc (Hertog en néerlandais) et Baarle-Breda. "En 1360, Baerle-duc passe sous le protectorat de la ville de Turnhout alors qu’en 1403, le Comte Engelbert de Nassau devient propriétaire de la Baarle-Breda", explique Frans De Bont, le bourgmestre belge de Baerle-duc. Cela ne changera plus. Et si en 1843, le traité de Maastricht fixera les frontières des deux pays, il faudra encore attendre 150 ans pour qu’en 1995, les limites des deux villes soient enfin scellées. Résultat aujourd’hui ? C’est l’une des situations frontalières les plus complexes au monde.  

Deux modèles de déconfinement différents 

Attraction touristique pour de nombreux curieux, les deux villes sont restées vides pendant le confinement suite au coronavirus. Mais le déconfinement a de nouveau mis en lumière ces villes entremêlées l’une à l’autre aux lois issues de deux pays différents. Car aux Pays-Bas, les cafés et les restaurants sont rouverts depuis ce lundi 1er juin. Or, en Belgique, ils sont encore fermés. De ce fait, la ville est de nouveau coupée en deux, entre les cafés et restaurants qui ont rouverts et ceux qui doivent rester fermés. Une situation ubuesque issue d’une Europe où l’uniformisation en matière sanitaire n’est pas la norme.


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Si passer la frontière néerlandaise est encore interdit pour les Belges, cela n’a pourtant pas empêcher nombre d’entre-eux à braver l’interdit. C'est le cas de Kris et Luciano. Ils sont Belges et sont venus du Limbourg à moto : "J’ai fait en sorte d’être en Hollande et pas en Belgique parce qu’ici on peut boire un verre en terrasse. Je n’ai pas fait tellement attention à l’interdiction de passer la frontière. Je n’ai fait de mal à personne", explique celui qui s’est installé pour prendre un café, côté néerlandais, à moins de 30 centimètres de la frontière belge. Pas plus de remords pour Bart. Lui vient de Turnhout en Belgique. "Ce n’est pas si grave ! Je pense que si on garde nos distances et qu’on ne commence pas à s’embrasser, ça va. Il n’y aura pas de problème."

Jozef, la frontière et son café 

Une insouciance qui fait bondir Jozef, dit Jef, dans le quartier. Jeff, lui a 86 ans. Il est Belge et sa maison est située en Belgique à un mètre à peine de la frontière néerlandaise. Un café un mètre pus loin ? "Non, pas pour l’instant. Le dernier en terrasse date de février. J’attends la fin du confinement et la levée des frontières", explique-t-il mains dans les poches et nœud papillon soigneusement fixé. "Regardez, mon voisin le plus proche, c’est ce restaurant néerlandais 'De Engel'. Il est situé juste de l'autre côté de la frontière. Donc moi, aujourd'hui, je ne peux pas aller m’asseoir à la terrasse sinon je risque 250 euros d’amende", raconte celui que tout le monde connaît dans la rue principale.

Impossible de contrôler tout le monde.

Pour Frans De Bont, le bourgmestre belge, la situation est bien trop compliquée pour appliquer les contrôles. "C’est impossible de contrôler tout le monde. Vous l’avez vu. Les frontières s’entrecroisent entre la Belgique et les Pays-Bas. On ne sait parfois pas où est la Belgique ou les Pays-Bas. C’est donc difficile à contrôle mais c’est une situation typique ici."

Lundi, sous le soleil néerlandais - ou belge, on s’y perd - des centaines de Belges, à vélo, en moto ou en voiture, étaient en visite à Baarle pour profiter des terrasses. Une aubaine pour les restaurateurs néerlandais. "Financièrement, on n’a pas eu de revenus pendant deux mois et demi. Alors que dans le même temps, les dépenses fixes et les coûts du personnel continuaient", explique Leon Maaijen, le patron du ‘Pannekoekenbakker’. "Le gouvernement néerlandais nous a aidé avec une compensation financière. La seule condition pour y avoir accès, c’était de ne licencier personne."

Mais à Baarle, tout le monde n'a pas le sourire. Les restaurants et cafés belges sont toujours fermés. Ici, le temps s'est comme arrêté. L’horloge ne fonctionne plus. Les lumières éteintes et la poussière s’est accumulée dans certains recoins de ce lieu d’ordinaire bruyant et très fréquenté. Derrière les rideaux baissés et les pompes à bières vides, les cafetiers belges sont tristes et déçus.

C'est le cas de Martin Verberk. Cela fait 50 ans qu'il tient l’hôtel-café ‘Den Bonte Os’, côté belge. "On est fermé depuis le 13 Mars. La partie café de mon établissement. Heureusement pas l’hôtel. Tout est vide ici. Il n’y a pas d’ambiance, de performance, plus de chanteurs ici. Et plus de boissons parce que personne ne peut rentrer", exprime celui qui a été contraint de mettre 4 employés au chômage économique. "Heureusement pour moi, j’ai pu garder l’hôtel ouvert. Il y a donc des chambres louées. Mais en revanche, impossible de leur servir un verre ou un repas. Le matin, on peut juste leur faire parvenir un lunch-paquet. C’est donc très compliqué."  

Si les cafetiers belges patientent encore dans l'espoir d'une réouverture rapide, les restaurateurs néerlandais de Baarle profitent déjà du retour des clients. Baarle, ses nombreuses enclaves, ses multiples frontières et ses différents modèles de déconfinement. C’est le parfait exemple de la cacophonie européenne en matière sanitaire.

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