Coronavirus aux USA : en Californie, Dieu et la liberté individuelle invoqués contre l'obligation de porter le masque

Tout le monde ne porte pas le masque en Californie, notamment à Huntington Beach, ce 19 juillet 2020
Tout le monde ne porte pas le masque en Californie, notamment à Huntington Beach, ce 19 juillet 2020 - © AFP/BELGA

"C'est mon droit, donné par Dieu et la Constitution, de ne pas porter de masque": comme Davey, habitant d'Huntington Beach, beaucoup dans le comté d'Orange, au sud de Los Angeles, refusent obstinément de se couvrir le visage malgré le Covid-19.

Le père de famille ne craint pas d'être contaminé alors que l'épidémie progresse à toute allure dans le sud de la Californie, notamment dans le comté d'Orange. "C'est un canular... plus vous testez les gens, plus vous trouvez de nouveaux cas", affirme calmement cette homme de 51 ans.

Si la situation n'y est pas aussi catastrophique que dans d'autres régions américaines, telles que la Floride ou le Texas, le comté d'Orange enregistre tout de même près de 250 cas pour 100.000 habitants, soit près de dix fois plus que l'objectif fixé par les autorités sanitaires de Californie. La Californie est l'Etat américain qui détecte le plus de nouveaux cas chaque jour après la Floride mais devant le Texas, dont les bilans quotidiens avoisinent les 10.000 cas.


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En Californie, le port du masque est censé être obligatoire depuis un mois dans tous les lieux publics clos et même à l'extérieur quand la distanciation physique n'est pas possible. "Il n'y a pas de panneau à l'entrée et personne ne m'a rien dit", ironise le quinquagénaire, qui sort d'un magasin où clients masqués et découverts se côtoient, parfois de très près. "Il y a eu beaucoup de manifestations contre la fermeture des plages et le masque par ici. De nombreux de magasins font ce qu'il faut pour ne pas perdre de clients", explique le vendeur d'une boutique sous couvert d'anonymat.

Tracy, qui revient de la plage, planche de surf sous le bras, confie avoir tenté au début de convaincre certains amis et connaissances de respecter les consignes, avant de se résigner. "Cela tournait parfois vite à la dispute, je ne sais pas pourquoi mais le sujet est trop sensible. J'ai lâché l'affaire."

Le sujet est à ce point sensible que, le mois dernier, la directrice de la santé publique du comté d'Orange a préféré démissionner après des attaques répétées et une menace de mort: elle avait osé rendre obligatoire le port du masque. Son successeur s'est empressé de supprimer la mesure, se contentant de "recommander" son usage. Le shérif du comté a de toute façon officiellement déclaré qu'il n'avait pas l'intention de faire appliquer la mesure décrétée par le gouverneur de Californie, en appelant à "la responsabilité individuelle de chacun". Il a depuis mis un peu d'eau dans son vin et s'est dit prêt à sanctionner les récidivistes tout en voulant continuer à privilégier une "approche éducative".

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Réticence au port du masque

À Orange County comme dans de nombreuses autres régions des Etats-Unis, le masque est source de tensions. Inconfortable, il n'est pas encore entré dans les habitudes, comme la ceinture de sécurité à l'époque, relève Wendy Wood, qui enseigne la psychologie à l'Université USC Dornsife.

Mais il y a "indubitablement une dimension politique", surtout dans un comté d'Orange, qui fut jusqu'à récemment un bastion conservateur, estime-t-elle. Le masque est devenu "politisé et a fini par représenter votre orientation politique", résume-t-elle. Elle renvoie à un sondage montrant que les sympathisants démocrates étaient beaucoup plus favorables au masque et enclins à le porter que les républicains et partisans du président américain Donald Trump, lui-même notoirement rétif à cet accessoire.

Pour Alison Dundes-Renteln, spécialiste en sciences politiques et anthropologie de l'USC Dornsife, la question dépasse toutefois la simple fracture partisane. "Je ne nie pas qu'il y ait une sorte de tribalisme et d'hyper politisation [du masque, NDLR] mais je pense que cela reflète des spécificités de l'identité nationale américaine, le fait que les Américains n'aiment pas que le gouvernement leur dise quoi faire. 'Donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort'", analyse-t-elle.


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De fait, à l'instar de Davey, les opposants au masque contestent autant l'objet lui-même que le droit aux autorités de le leur imposer. "L'une des choses qui me frappent dans cette polémique, c'est la mauvaise interprétation qui est faite de la liberté individuelle, qui n'est pas un principe absolu", comme la Cour suprême l'a reconnu en 1905 au sujet de la vaccination obligatoire, souligne Mme Dundes-Renteln.