Coronavirus sous les tropiques : North Sentinel, une des îles les plus isolées du monde, toujours indemne mais menacée

Homme Sentinel sur l'île de North Sentinel en 2004 (à gauche), en haut à droite image de la NASA de l'île en question (25 mars 2005)
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Homme Sentinel sur l'île de North Sentinel en 2004 (à gauche), en haut à droite image de la NASA de l'île en question (25 mars 2005) - © Getty Images et "NASA-Johnson Space Center. Display Record." tous droits réservés

On le sait, l’épidémie de coronavirus touche le monde entier. Des contrées où la mondialisation est omniprésente aux coins les plus reculés. Mais il existe aussi des coins très, mais alors très reculés. Où les populations vivent en vase clos et isolé du monde depuis des générations. Parmi celles-ci, très vulnérables à l’arrivée d’une maladie nouvelle, nous vous avons déjà parlé des Indiens d’Amazonie.


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La semaine dernière, nous avons appris que le virus rôdait également maintenant dans les parages d’îles dont le nom n’est pas inconnu des amateurs de singularités… Les Andaman.

Les îles Andaman forment un archipel, appartenant à l’Inde. Au nord-est de l’océan indien, elles sont situées plus précisément entre la Birmanie et l’Indonésie. Habitées par un peu plus de 300.000 personnes, ces dernières se sont établies sur des terres auparavant peuplées par des tribus. Celles-ci se répartissaient en cinq ethnies, réparties en deux groupes. Et nous avons donc appris que le virus a à présent déjà touché l’un d’eux : les Grands Andamanais. Ce groupe d’hommes serait le peuple le plus petit en termes de population du monde. Il resterait qu’une cinquantaine d’âmes. Extrêmement menacés, ils sont actuellement nourris et logés par les autorités. Leur langue, elle, aurait récemment disparu. 

Selon l'AFP, dix de ces cinquante personnes auraient été testées positives au corona. Six se sont rétablis et ont été mis en quarantaine à domicile. Les quatre autres sont en cours de traitement dans un hôpital local. L'inquiétude, elle, est de mise. Car la tribu s'est déjà vue impactée très fortement par les maladies. A l'arrivée des colons britanniques, au XIXe siècle, on estimait la population à 5000 Grands Andamanais. Les combats avec l'occupant mais aussi des maladies importées par ceux-ci comme la rougeole, la syphilis et la grippe ont décimé la tribu.   


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L’autre groupe, c’est celui des Onge-Jarawas. Une des ethnies a disparu (les Jangil) ; une autre, à l’instar des Grands Andamanais, est menacée mais accepte l’administration indienne (les Onge) ; une troisième, les Jarawa, est nettement plus isolée. Avec environ 400 membres, les Jarawa et leur culture sont dans une position délicate, et des initiatives sont menées, bon gré mal gré, pour les protéger. Vous pouvez retrouver sur le site survivalinternational.fr leurs nombreux problèmes. 

Mais occupons-nous à présent de la quatrième. Voilà le gros morceau : les Sentinelles.

Coupés du monde

La photo est à présent célèbre. Capturée par un photographe se trouvant dans un hélicoptère, elle date de fin 2004 et fit le tour du monde. Au centre de l’image, un homme, dans son plus simple appareil et un arc à la main, menace l’hélico.

Les autorités survolaient l’île de North Sentinel, le refuge des fameuses Sentinelles, pour observer si des dégâts étaient à déplorer après le terrible tsunami du 26 décembre. Celui-ci avait ravagé les pays bordant l’océan indien. Les Sentinelles avaient-ils été touchés ? Sur ce cliché daté du 28 décembre en tout cas demeurait, combatif, un farouche guerrier.

Peur dans la jungle

Cette peuplade est complètement isolée du reste de la planète. On estime que cela est le cas depuis plus de 50.000 ans – certains parlent même de 60.000 ans —. Des tentatives de contact, récentes, ont cependant eu lieu. On pense que c’est vers 1880 que les autochtones ont fait la connaissance d’autres hommes. Ils étaient Britanniques. Ils ont enlevé six Sentinelles, pour les étudier. L’opération tourne mal. Deux indigènes trouvent la mort. Les quatre autres eux, sont illico rapatriés sur leur confetti. Après ce fiasco, les hommes de Sa Gracieuse Majesté ne réitéreront pas l’expérience. Après l’indépendance de l’Inde, des contacts sont encore tentés. Sans grands succès dans les années 60, 70 et 80. Les Sentinelles, apeurés, fuient dans la forêt (qui couvre l’entièreté de l’île) dès l’approche d’un corps étranger. En 1991, un anthropologue indien arrivera néanmoins à établir un contact. Celui-ci durera seulement quelques minutes. Le scientifique fut le dernier homme à revenir de l’île… Vivant.

Mortelles randonnées

En 1996, Delhi stoppe toute tentative de prise de contact. La population restera isolée du reste du sous-continent et du monde. Interdiction totale d’approcher à moins de 5 kilomètres des côtes. Officiellement, c’est toujours le cas. Mais des tentatives d’expédition eurent cependant lieu. La dernière (connue) en date, c’était il y a peu, en 2018. Un Américain avait désiré ardemment les évangéliser. "La bonne parole" de l’apprenti missionnaire n’a visiblement pas été appréciée à sa juste mesure : il fut retrouvé mort, tué par des flèches. Il avait à peine posé le pied sur l’île. La police avait recueilli à l’époque les dires des pêcheurs, ceux-ci ayant accédé à la demande du Yankee de le conduire près de l’île. "Il a été attaqué avec des flèches mais il a continué à marcher. Les pêcheurs ont vu les tribaux nouer une corde autour de son cou et traîner son corps" avait déclaré une source policière. En 2006, des pêcheurs avaient, eux, dérivé près de l’île. Qu’ils avaient atteint, sans le vouloir. Mal leur en pris… Ils y restèrent aussi ad vitam.

Une bonne ambiance qui se confirme donc au fil du temps…

Il a été attaqué avec des flèches mais il a continué de marcher

Iles Andaman : vues aériennes et de "Sentinelles" sur une plage de l’île (date inconnue)

Bactéries fatales ?

Les Sentinelles ont-ils raison de ne pas entrer en contact avec la "civilisation"? Nous ne rentrerons pas ici dans des débats philosophiques. Ce qui est sûr, c’est que "l’autre", après un isolement pareil, constitue certainement une énorme menace pour les autochtones. Notamment dans le domaine sanitaire. Des tribus comme celle-là n’a en effet pas développé de défenses immunitaires contre bon nombre de maladies. Une simple grippe pourrait donc les décimer.

Avec le coronavirus qui semble étendre sa sphère de transmission sur les îles voisines, le risque est réel de le voir débarquer. Car si aucun contact n’est autorisé, il se peut que des braconniers (présents dans la région) s’aventurent, peut-être sans le faire exprès, sur le territoire des Sentinelles. Dans le cas où un imprudent serait infecté, il déclencherait ainsi un funeste processus débouchant sur l’éradication de cette atypique tribu.

L’île mystérieuse

Revenons sur la photo de 2004. Il y a beaucoup de chances que les Sentinelles n’aient pas été si touchés que ça par le tsunami. Ils se seraient réfugiés sur les (pourtant faibles) hauteurs de l’île. D'autres photos les montrent en bonne santé, et il y a même des femmes enceintes, comme l'explique -et le montre- le site survivalinternational.fr.  

Concernant la "rencontre" (funeste) avec l’illuminé américain de 2018, peut-être a-t-elle déjà été dangereuse aussi en termes de germes ? Une bactérie serait-elle entrée sur la mystérieuse île ? Aucune indication ne nous est parvenue depuis. D’autres personnes (braconniers, aventuriers…) seraient-elles entrées en contact avec la population sans que les autorités en aient été prévenues ?

Les Sentinelles des Andaman garderont-elles longtemps leur spécificité unique, tel un radeau vierge au milieu d’un océan de modernité ? Gageons-le. Après 60.000 ans de vie en totale autarcie, il serait dramatique et très symbolique qu’un virus, synonyme de mondialisation, pénètre et réduise à néant cette minuscule partie du monde, jusqu’à présent exclue de toute modernité. Et qui aspirerait à continuer de l’être.

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