Coronavirus au Kenya: une génération de jeunes étudiants sacrifiés sur l'autel de la Covid-19

Des filles attendent devant l'école primaire de Kibera dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, le 23 juillet 2020.
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Des filles attendent devant l'école primaire de Kibera dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, le 23 juillet 2020. - © FREDRIK LERNERYD - AFP

Confronté à l'évolution inquiétante de l'épidémie (le pays a recensé près de 27.000 cas pour plus de 400 décès), le gouvernement kényan a annoncé en juillet que les écoles primaires et secondaires ne rouvriraient pas leurs portes avant janvier 2021. Une annonce qui chamboule la vie de 15 millions d'élèves kényans.  

Une jeunesse désœuvrée

Bella va à l'école "Kibera school for girls", une grande bâtisse de briques rouges établie par l'ONG locale Shofco. L'établissement accueille habituellement plus de 330 filles âgées de 5 à 15 ans. Mais, depuis le mois de mars, les classes sont vides. Bella, comme des millions de jeunes, n'a plus d'autre occupation que d'arpenter à longueur de journée les ruelles insalubres du bidonville de Kibera, au coeur de Nairobi.

La direction de l'école a d'abord tenté de créer un groupe WhatsApp, pour maintenir les devoirs à la maison. Mais, dans cet univers où la plupart des parents sont illettrés, ne possèdent pas de smartphones ou n'ont pas de quoi s'acheter du crédit quand ils en ont, l'expérience a vite tourné court.

L'école, gratuite, a ensuite distribué des devoirs papiers que les enfants venaient récupérer. Après l'annonce de la fin de l'année scolaire, l'établissement a décidé de ne maintenir les devoirs que pour la vingtaine de filles qui étaient en dernière année de primaire (13-14 ans) et devaient passer un examen cette année.

Risque de décrochage scolaire, violence sociale

Rachel Esther, directrice adjointe, ne cache pas son inquiétude pour l'avenir de ses élèves. Les risques de décrochage scolaire sont élevés, ce qui pourrait entraîner une violence sociale. 

"Pour les filles, c'est vraiment frustrant. Elles restent rarement à la maison si longtemps. Je suis sûre que la plupart d'entre elles n'aiment pas ça", déplore-t-elle. 

Avec la bénédiction de sa mère, pour qui l'école "est la clé de tout", Bella "prie pour que cette histoire de Corona soit bientôt finie" et qu'elle puisse à nouveau y retourner pour s'assurer "un bon avenir".

Des familles appauvries 

La fermeture des écoles, où sont souvent distribués des repas gratuits, a aussi eu pour effet d'appauvrir encore plus les parents. "Ce n'est pas facile, parce que je dois payer le loyer, nourrir (mes enfants)", remarque la mère de Bella, Lilian Adhiembo, une veuve qui gagne à peine 200 shillings (1,5 euro) par jour en vendant du charbon de bois. 

J'ai peur qu'ils ne terminent pas l'école

En zone rurale, l'impact est aussi fortement ressenti par les familles. Même si le gouvernement a demandé aux écoles de rembourser les frais de scolarité ou de les reporter sur l'année prochaine, certains craignent que ce ne soit pas le cas.

Joseph Ochola Nzwa, un petit fermier de la région de Kakamega (ouest), avait vendu ses quatre taureaux pour payer l'école à ses enfants. "Maintenant, j'ai peur qu'ils ne terminent pas l'école", s'inquiète-t-il. "J'espérais (que les aînés) finiraient l'école, trouveraient un travail et aideraient à payer les frais pour ceux encore en école primaire, mais tout ça est réduit à néant", désespère-t-elle.  

Les enseignants aussi durement affectés

Le secteur privé, qui rassemble 2,3 millions d'élèves dans le primaire, est le plus touché. Sans leur principale source de revenus, les frais de scolarité, certaines écoles privées ont du mal à payer leurs factures et leur personnel.

Certains enseignants du privé ou contractuels publics n'ont pas été payés depuis des mois et ont dû trouver des emplois alternatifs pour survivre. 

En fermant les écoles pour l'année, le gouvernement a fait primer la santé publique tout en se donnant un peu de temps pour organiser la rentrée. Mais dans des écoles publiques où peuvent parfois s'amasser dans la même classe une centaine d'élèves, le défi restera immense en temps de Covid-19.

Ces écoles auront-elles l'espace pour créer plus de classes, les moyens d'embaucher d'autres enseignants? Rachel Esther n'en est pas sûre et craint que "le Kenya ne soit pas prêt à rouvrir ses écoles en janvier prochain".

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