Coronavirus au Japon: les Jeux olympiques de Tokyo toujours en question, mais pas encore de décision d'annuler

La tenue des Jeux olympiques de Tokyo prévus initialement en 2020 reste toujours incertaine. Reportés d’un an, se tiendront-ils cet été du 23 juillet au 8 août ou faudra-t-il prendre la lourde décision d’annuler ? L’archipel traverse actuellement une quatrième vague d’infections au coronavirus. Les intérêts en jeu sont énormes et le gouvernement japonais semble avoir du mal à trancher malgré les appels à renoncer qui fusent dans le pays et à l’étranger.

"Menace à la santé"

Ce mercredi, c’est le quotidien japonais Asahi, partenaire officiel des Jeux olympiques de Tokyo qui demande l’annulation de l’événement, qualifié de "menace à la santé". L’appel du journal de gauche, deuxième quotidien national japonais en termes de diffusion, s’ajoute à des sondages hostiles depuis des mois à la tenue des JO et à des prises de position négatives de plusieurs dirigeants économiques.

Près de 60% de la population japonaise s’exprime en faveur de l’annulation des Jeux Olympiques de Tokyo selon un sondage du média japonais Kyodo News : 59,7% des personnes sondées sont en faveur d’une annulation des JO, 25,2% sont en faveur d’un maintien mais à huis clos et 12,6% est favorable à un maintien des JO mais avec un nombre limité de spectateurs.

Une pétition réclamant l’annulation des JO a récolté plus de 350.000 signatures. Des médecins souhaitent aussi l'annulation.

En mars, le Comité international olympique et le comité d’organisation étaient tombés d’accord pour interdire la présence de spectateurs étrangers à Tokyo. Les deux parties doivent encore trouver un accord sur le nombre de spectateurs autorisés sur les différentes compétitions.

Dans un éditorial, le Asahi enjoint au Premier ministre nippon Yoshihide Suga d'"examiner la situation calmement et objectivement" et de "prendre la décision d’annuler les JO de cet été", estimant que face à l’incertitude liée à la situation sanitaire, leur tenue reviendrait à faire "un pari pas acceptable".

Le journal rappelle aussi les "propos confondants" du vice-président du Comité international olympique (CIO) John Coates, qui a déclaré la semaine dernière que les JO auraient lieu même si la ville de Tokyo devait rester sous un régime d’état d’urgence. La "nature égoïste" du CIO est "de nouveau apparue clairement" dans ces déclarations, fustige l’éditorial.

Mission suicide

Dimanche, Masayoshi Son, PDG du grand groupe japonais d’investissement dans les nouvelles technologies SoftBank, s’était demandé : "Est-ce que le CIO a le droit de décider si les JO ont lieu ou non ?"

Plus tôt ce mois-ci, Hiroshi Mikitani, patron du géant de l’e-commerce Rakuten, avait évoqué une "mission suicide" en parlant des Jeux.

Mercredi, la présidente du comité d’organisation des JO de Tokyo, Seiko Hashimoto, a pris acte d’une "forte" opposition. "Un nombre considérable de Japonais sont inquiets", a-t-elle déclaré au comité d’organisation Tokyo-2020.

Elle a réaffirmé que le nombre de délégués étrangers serait limité, qu’ils seraient soumis à des restrictions pendant leur séjour et que les Jeux ne mettraient pas de pression supplémentaire sur le système médical local. "Les préparatifs avancent bien, en vue de JO sûrs", a-t-elle ajouté.

En 2020, Taro Aso, le vice Premier ministre du japon et ministre des finances avait déjà eu des mots qui donnent à réfléchir :

C’est un problème qui se produit tous les 40 ans. Les Jeux Olympiques sont maudits et c’est un fait

Taro Aso faisait allusion aux Jeux de 1940 annulés à cause de la seconde guerre mondiale et initialement été attribués à Tokyo et de 1980 à Moscou, boycottés par de nombreux pays occidentaux.

Et pourtant le Japon s’en sort

Relativement épargné par la pandémie comparé à d’autres pays, avec quelque 12.000 décès officiellement recensés depuis début 2020, le Japon a mis en place un état d’urgence dans 10 de ses 47 départements face à l’aggravation de la situation sanitaire. Une mesure prévue jusqu’à fin mai, mais qui devrait être prolongée cette semaine jusqu’au 20 juin.

A noter que l’état d’urgence sanitaire au Japon consiste surtout à limiter la vente d’alcool et à demander la fermeture des bars et des restaurants plus tôt.

Vaccinodromes

Le gouvernement est critiqué pour la lenteur du programme de vaccination. Aucune date n’a encore été fixée pour étendre la vaccination au-delà du personnel médical et des personnes âgées.

Une exception sera faite pour les athlètes olympiques japonais et certains membres du personnel qui recevront des vaccins plus tôt grâce à des doses offertes par Pfizer.

Selon le Comité olympique japonais, ces vaccinations commenceront le 1er juin, et des doses seront administrées à environ 600 athlètes et 1000 entraîneurs et autres membres du personnel.

Deux centres géants de vaccination ont ouvert lundi à Tokyo et à Osaka. Ces vaccinodromes administreront quotidiennement des milliers de doses de Moderna. Le centre de Tokyo doit permettre de vacciner chaque jour quelque 10.000 personnes, en fonctionnant douze heures par jour. A Osaka, l’objectif est de moitié. Des vaccinodromes devraient ouvrir à Nagoya, Kobe et dans d’autres villes.

Seule 4,4% de la population japonaise a reçu au moins une dose de vaccin, le plus faible taux de vaccination parmi les pays riches. Le Japon a débuté les vaccinations mi-février, une campagne ralentie par des retards de livraison du vaccin développé par Pfizer et BioNTech.

Le département d’Etat américain a recommandé lundi aux ressortissants des Etats-Unis de ne pas se rendre au Japon du fait de la pandémie. La Maison Blanche a cependant tempéré cette annonce mardi, affirmant que la position des Etats-Unis "n’avait pas changé" et que ceux-ci restaient attachés aux JO.

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