Coronavirus: après l'Italie, l'Espagne confrontée à des milliers de cas prend aussi des mesures drastiques

L’Espagne est désormais, derrière l’Italie, le pays le plus touché en Europe par le coronavirus. L’épidémie a gagné du terrain ces quatre derniers jours. On assiste à une croissance exponentielle de la contagion. Le nombre de personnes contaminées s’est multiplié par quatre depuis dimanche et l’Espagne a passé la barre des 2000 cas ce mercredi. Le coronavirus a déjà fait plus de 50 morts dans le pays, dans leur très grande majorité, des personnes âgées de plus de 80 ans.

La région de Madrid est le principal foyer de contagion et concentre à elle seule la moitié des cas de coronavirus en Espagne. Le nord du pays, la Rioja et le Pays basque sont également très touchés.


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Les politiques n’échappent pas au virus, trois députés sont contaminés. Le Parlement espagnol a fermé pour une semaine. Si, dans un premier temps, le gouvernement de Pedro Sánchez a gardé son optimisme, mardi le Premier ministre a dû reconnaître l’ampleur de l’épidémie. "Nous sommes face à une crise sanitaire que nous allons surmonter. Ça va nous coûter cher, ce sera difficile et dur, mais nous allons nous en sortir. Nous allons y arriver plus vite et nous pourrons limiter les pertes si chacun d’entre nous issu de notre société civile ou de l’administration fait ce qu’il a à faire", a déclaré Pedro Sánchez.

Rassemblements autorisés le week-end dernier

Face à la contagion, les autorités ont pris des mesures drastiques, même si on a l’impression que le gouvernement a réagi un peu tard. La gigantesque manifestation pour la Journée des droits des femmes dimanche à Madrid n’a pas été suspendue. Plus de 12.000 personnes ont envahi les rues de la capitale espagnole.

Le congrès du parti d’extrême droite Vox et ses 1200 adhérents s’est également tenu sans problème. L’opposition a en tout cas reproché au gouvernement son manque de réactivité. Depuis, toute une série de mesures ont donc été prises : les vols entre l’Espagne et l’Italie sont interdits pour 15 jours, les écoles à Madrid sont fermées, tout comme les centres pour les personnes âgées. Les rassemblements de plus de 1000 personnes sont suspendus dans une bonne partie du pays, et en Catalogne notamment, comme l’a annoncé mercredi Quim Torra, le président de la région.

Pour Quim Torra, "il faudra peut-être dans les prochains jours prendre des mesures plus drastiques et plus sévères. Cela risque d’affecter davantage la vie des citoyens. Nous demandons donc de la compréhension et de la solidarité, comme cela se fait dans tous les pays de notre entourage".

Annulations en série

Les événements sportifs et culturels sont concernés. Tous les matchs du championnat doivent se jouer à huis clos pendant quinze jours. Les matchs d’Europa League entre Getafe et l’Inter de Milan et entre Séville et la Roma sont reportés. Barcelone-Naples, prévu mercredi prochain en Ligue des Champions, est menacé. La finale de la Coupe du Roi sera également reportée.

Toutes les compétitions sportives doivent se disputer sans public. Les tournois ATP de tennis de Madrid et Barcelone au début du printemps se disputeront dans des stades vides. Et les grandes fêtes des Fallas à Valence sont annulées. Il en sera sans doute de même pour les fameuses processions de la Semaine sainte en Andalousie.

Le pays n’est pas encore confiné comme l’Italie, mais c’est le scénario que tout le monde craint. L’activité économique est fortement perturbée. Les hôtels sont à moitié vides, les aéroports sont désertés. Le matin, à Madrid ça circule aussi bien qu’en pleines vacances au mois d’août. Les théâtres et les salles de concert ont annulé la plupart de leurs spectacles.

Ralentissement de l’économie et télétravail

Près de Barcelone, la gigantesque usine de Seat s’apprête à ralentir son activité. Le gouvernement va donc débloquer des aides pour les parents qui ne peuvent pas faire de télétravail et qui doivent garder leurs enfants à la maison. On sait déjà que cette crise va coûter plusieurs dixièmes de point de croissance à l’Espagne.

Pour le moment, les déplacements dans le pays ne sont pas interdits, les frontières ne sont pas fermées, mais Ada Colau, la maire de Barcelone, appelle ses concitoyens à ralentir le rythme en général. "J’appelle à reporter de quelques semaines tous les voyages, les réunions ou les déplacements qui ne sont pas absolument nécessaires. C’est une question de bon sens, il faut réduire le rythme de notre ville et se limiter aux activités indispensables", affirme la maire de Barcelone.

Pour terminer, les autorités sanitaires ont estimé que l’épidémie pourrait être enrayée d’ici deux à quatre mois. En Espagne, comme ailleurs en Europe, il s’agit avant tout d’éviter une saturation des hôpitaux. Il faut étaler l’épidémie dans le temps, à défaut de pouvoir la faire vraiment reculer. En tout cas, Fernando Simón, du ministère de la Santé, a avancé un calendrier avec deux scénarios possibles. "Si tout va bien, ça devrait durer encore un mois et demi, deux mois au plus, mais ça pourrait peut-être durer deux, trois ou quatre mois dans le pire des cas."

En attendant, on sent que la situation ici peut évoluer d’heure en heure. Les magasins commencent à être pris d’assaut, c’est le début d’une certaine panique, tout le monde craint ce scénario à l’italienne.