Coronavirus : apprend-on de ses erreurs ? Que font les autres pays ?

Coronavirus : apprend-on de ses erreurs ? Que font les autres pays ?
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Coronavirus : apprend-on de ses erreurs ? Que font les autres pays ? - © Tous droits réservés

En février dernier, l’arrivée du Covid en Europe a pris tout le monde par surprise. Confrontés aujourd’hui à ce qui s’apparente à une seconde vague ou à tout le moins à une résurgence de la maladie, comment réagissent les différents gouvernements et les citoyens ?

L’être humain apprend-il de ses erreurs ou retombe-t-il dans les mêmes errements ? Tentons d’y voir plus clair dans le diagnostic en tâtant le pouls de quelques-uns de nos grands voisins en passant aussi dans la chambre du patient américain.

Le splendide isolement britannique

Voilà deux ou trois siècles que les Anglais ne font rien comme tout le monde, la gestion du Covid n’a pas dérogé à la règle. Ce qui distingue le Royaume-Uni de ses ex-partenaires de l’Union européenne est symbolisé par Boris Johnson : le Premier ministre britannique a été atteint par le Covid, ce qui a sans doute bouleversé sa perception.

Au départ, il avait voulu miser sur la chimère de l’immunité collective, en laissant ainsi le virus se propager particulièrement dans la partie anglaise de l’île. Avant de se raviser et de se résigner au confinement comme un peu partout en Europe.

Le temps perdu ne se rattrapant jamais, il faudra plus de temps pour que la courbe s’inverse outre-Manche, nourrissant ainsi les critiques envers les atermoiements du gouvernement britannique.

Coriace méfiance insulaire

Mais Boris Johnson semble avoir retenu la leçon : désormais, la prudence est de mise et tant pis pour le commerce qui tire la langue : il a dû attendre la mi-juin pour rouvrir et il a fallu patienter jusqu’à début juillet pour pouvoir prendre une pinte au pub. Aujourd’hui, la stratégie britannique est conforme à sa tradition géopolitique : celle du " splendide isolement " de cette île toujours méfiante vis-à-vis du continent.

Malgré les protestations de Madrid, les touristes britanniques friands des côtes espagnoles devront se mettre en " quatorzaine " en rentrant au pays et la mesure risque bien d’être prochainement étendue à ceux qui viennent de Belgique. Le gouvernement britannique scrute les taux de contamination des autres pays et tout ce qui dépasse est vu comme un danger pour le pays.

Car dit explicitement Boris Johnson, une seconde vague a débuté en Europe. En d’autres termes, isolons-nous des autres pour empêcher qu’elle ne traverse la Manche.

Hier, 28 juillet, le nombre de contaminations au Royaume-Uni (64 millions d’habitants) était de 302.295, en hausse de 587 en 24 heures.

L’Espagne : Vamos a la playa ?

Le confinement espagnol a été d’une grande sévérité. Confinés chez eux avec des sorties drastiquement surveillées, les citoyens espagnols ont vécu un cauchemar face à un virus particulièrement dévastateur, un système sanitaire parfois saturé et certains résidents de maisons de repos carrément abandonnés à leur sort par le personnel soignant. En mars, l’explosion des cas y a été vertigineuse, particulièrement dans la région de Madrid et en Catalogne.

Fiesta

En juin, l’Espagne a cru voir le bout du tunnel. Elle a donc permis la réouverture des commerces, des restos, des bars. Et même des discothèques : la fiesta à l’espagnole allait donc pouvoir reprendre avec l’arrivée de l’été et celle des vacanciers qui permettraient de sauver la saison touristique.

Mais dès le début de juillet, les autorités s’alarment de la situation dans la ville catalane de Lérida. Les premières mesures qui y sont prises (port du masque et restrictions de circulation) n’y changent rien : la situation s’aggrave progressivement dans toute la Catalogne, une des régions les plus touristiques du pays.

Les autres pays européens s’alarment, à commencer on l’a dit par les Britanniques. Et vendredi dernier, le Premier ministre français, sans l’interdire formellement, déconseille à ses concitoyens de se rendre en Catalogne.

Obnubilées par la nécessité de sauver la saison touristique, les autorités espagnoles s’en montrent agacées voire courroucées. Et continuent de marteler que l’Espagne est un pays sûr, prête à faire face au virus : les touristes ne doivent pas s’inquiéter, affirme encore hier la porte-parole du gouvernement.

Pas sûr que le message passe totalement, d’autant qu’au moment où les autorités politiques envoient ce message rassurant, les autorités sanitaires, à la grande fureur des professionnels du tourisme, en envoient un autre : le " monsieur covid " espagnol estime qu’il vaut mieux que les touristes belges restent chez eux, en raison du rebond de l’épidémie chez nous. Voilà qui fait un peu penser au proverbe biblique selon lequel on voit toujours plus facilement la paille dans l’œil du voisin mais pas la poutre dans le sien.

Hier, on répertoriait en Espagne (47 millions d’habitants) 280.610 cas, en hausse de 1828 cas en 24 heures.

L’Italie : après la tragédie, le bon élève ?

C’est, on s’en souvient, là-bas que tout a commencé. Le 21 février, le coronavirus faisait d’un coup un bond de l’Extrême-Orient en Europe avec 16 cas déclarés dans le nord de l’Italie. Les spécialistes savent aujourd’hui que le virus était déjà là mais pour les citoyens du vieux continent, c’est alors, sans trop vouloir y croire, qu’ils prirent la mesure du danger qui les guettait. L’Italie fut aussi le premier pays européen à décréter le confinement avec le célèbre " Tutti a casa " lancé par le Premier ministre italien Giuseppe Conte.

On ne reviendra pas sur la tragédie vécue dans le nord du pays, particulièrement autour de Bergame avec un système sanitaire totalement débordé et ces cercueils qui s’amoncelaient par centaines. Les images ont traumatisé tout le pays. Où, cela dit, le bilan de la pandémie a été très contrasté au plan géographie : été extrêmement actif au nord du pays, le virus s’est très peu propagé ailleurs.

Touriste roi, ou presque

Comme en Espagne, le secteur touristique est un des piliers économiques de l’Italie. Et ici aussi on tente de sauver les meubles, sans se faire trop d’illusions. L’absence des touristes américains et asiatiques est désastreuse pour les villes d’art et la présence des voisins européens, Autrichiens, Allemands, Français ou Belges est tout sauf massive. Mais plutôt que de s’en lamenter, chaque touriste étranger y est un peu vu comme un don du ciel.

Inespéré pour un pays très éprouvé d’avoir été frappé si vite et si fort. Raison pour laquelle, sans doute, les mesures de sécurité semblent davantage intégrées chez nos voisins transalpins. Le touriste étranger peut constater qu’à chaque fois qu’il entre dans un commerce ou qu’il se rend aux toilettes d’un restaurant, il est prié, gentiment mais fermement, de mettre " la mascherina " si jamais il a oublié de se couvrir le visage.

Le gouvernement de Giuseppe Conte vient d’obtenir du Sénat la prolongation de l’état d’urgence jusqu’à la fin octobre. Même si le leader populiste Paolo Salvini n’en voit pas la nécessité et mène une campagne contre le masque, pas question pour l’Italie de baisser la garde au vu des statistiques qui remontent un peu partout en Europe…

D’autant que pour l’instant les Transalpins s’en sortent mieux. Pourquoi ? Les spécialistes italiens sont partagés en deux camps : les optimistes pensent que le virus a perdu de sa force dans le pays mais les pessimistes se demandent si on teste suffisamment et si on surveille assez le déplacement des personnes. Reste que pour l’instant, l’Italie fait plutôt figure de bon élève alors que l’inquiétude monte en France et encore plus en Allemagne.

Hier, le bilan des cas positifs en Italie (60 millions d’habitants) s’élevait à 246.488 avec une progression en 24 heures de 202 nouvelles infections.

Etats-Unis : une première vague qui n’en finit pas

Les chiffres sont effarants : 1592 en plus en 24 heures, non pas de cas positifs mais de décès. Le covid-19 a déjà tué plus de 150.000 Américains et le nombre de cas détectés approche les 4.500.000… Un demi-million en plus en une semaine. Si l’on tient compte de la population (328 millions d’habitants), cela fait un taux trois fois supérieur à l’Italie et au Royaume-Uni et deux fois celui de l’Espagne.

Partie de New York, l’épidémie a progressivement gagné le pays et elle continue de croître de manière inquiétante. Ce n’est pas vraiment une surprise : il y a un mois, le docteur Fauci, " monsieur Covid Etats-Unis " avait prévenu les sénateurs surpris de voir la courbe repartir à la hausse : " nous n’avons pas le contrôle actuellement et si nous ne faisons rien, je ne serais pas surpris que nous atteignions 100.000 cas supplémentaires par jour… " Depuis la mi-juillet, les chiffres oscillent entre + 55.000 et + 75.000… Quoi qu’en pense Donald Trump, les faits sont têtus.

Les citoyens en question

Le problème majeur outre-Atlantique, c’est le comportement radicalement différent des citoyens : il y a ceux qui, comme chez nous, observent les règles de distanciation sociale et les autres qui s’en moquent éperdument. Deux Amériques, comme un reflet de ce qui se passe au plan politique. D’un côté Joe Biden qui apparaît toujours masqué, fait campagne via le web et limite au maximum ses déplacements et de l’autre Donald Trump qui semble ne pas vraiment croire à ce maudit virus, obsédé par les dégâts économiques qu’a causé le confinement.

Certes, il y a quelques jours, il a radicalement changé de discours : il a annulé la convention républicaine qui devait se tenir fin août pour le désigner officiellement candidat, il est apparu masqué, il a dit que les choses iraient dans un premier temps de mal en pis… Comme si cette fois il avait enfin pris la mesure de l’épidémie.

Mais tout cela a été de courte durée : hier, le président a préféré vanter l’arrivée très prochaine d’un vaccin – on n’en est encore qu’au stade des tests – et a à nouveau vanté les bienfaits de la chloroquine et s’est plaint que le docteur Fauci était plus populaire que lui. Pas facile de déceler une stratégie américaine dans la gestion de la crise.

Alors, l’être humain apprend-il de ses erreurs ? Le comportement des citoyens est-elle la clé de la lutte contre le covid ? Les gouvernements ont-ils gagné en maturité et en efficacité depuis le printemps dernier ? La réponse à cette question varie sans doute selon les pays et les continents. Pour les citoyens, pour les scientifiques et pour les gouvernants, il faut composer avec beaucoup d’incertitudes pour déterminer l’attitude adéquate face à ce virus obstiné qui bouleverse nos vies.

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