Corée du Nord: "Si les sanctions sont appliquées, c'est la population qui souffrira"

Kim Jong-un, le jeune leader nord-coréen
Kim Jong-un, le jeune leader nord-coréen - © KCNA - AFP

Sous le coup de nouvelles sanctions de l'ONU, la Corée du Nord a répondu la nuit de mercredi à jeudi par des tirs de projectiles. C'est presque devenu la routine. Mais, cette fois, l'ONU a frappé fort, avec des sanctions très lourdes. Parmi celles-ci: tous les bateaux et avions en direction et en provenance de la Corée du Nord seront inspectés. L'idée est de vérifier qu'ils ne contiennent pas de matériel pouvant servir au programme militaire ou nucléaire de Pyongyang. Le texte interdit aussi les exportations de charbon, de fer et de métaux précieux.

Ces sanctions auront-elles un impact sur ce pays qui semble très incontrôlable? C'est une des questions que nous avons posées à Dorian Malovic, journaliste spécialiste de l'Asie au journal La Croix.

Ces sanctions, sont-elles réellement exceptionnelles, "sans précédent", comme certains le disent?

"Cela n’était pas très compliqué d’être plus sévère que par le passé. Jusqu’à présent, on avait des sanctions, des interdictions, des demandes de contrôles, mais qui finalement n’ont pas été efficaces. D'ailleurs, on voit bien que le programme militaire et le programme de missiles de la Corée s’est poursuivi. Certes, peut-être plus lentement que s’il n’y avait pas eu ces sanctions... Mais cette fois, ces sanctions bénéficient d'une conjoncture particulière: Aujourd'hui les Chinois sont légèrement énervés par la continuité des essais nucléaires de la part du leader Kim Jong-un en Corée du Nord. Ils ont quand même tenté de moduler, minimiser ces sanctions. Les discussions entre les Américains et les Chinois ont duré deux mois, elles ont démarré lors du quatrième essai nucléaire nord-coréen en janvier dernier."

Est-ce que ces sanctions pourraient avoir un impact sur le programme militaire et nucléaire de Pyongyang?

"L'efficacité de ce nouvel éventail de sanctions certes plus sévère que par le passé, ne réussira que si tout le monde les applique, sinon ça ne fonctionnera pas très bien. On peut contrôler des cargos, mais on ne parle pas des échanges terrestres. Il n'y en a vraiment qu'une de frontière extérieure, c'est celle avec la Chine et un tout petit morceau avec la Russie."

Est-ce que l'on peut douter de la bonne foi de la Chine?

"Il sera très compliqué pour la Chine de subitement couper ses échanges de ressources naturelles, dans les deux sens. Ce sera très compliqué et très compliqué à vérifier. Chaque pays va faire des comptes-rendus sur d'éventuels contrôles, mais chacun le fera de son propre chef. Il n'y aura pas d'inspecteurs de l'ONU qui auront vérifié à la sortie des ponts nord-coréens qui enjambent les fleuves Yalou et Tumen avec la Chine pour voir si les produits de ces ventes vont aller à l'armée ou à la population."

"Je rappelle aussi que la Corée du Nord s'est aussi rapprochée de la Russie il y a un peu moins d'un an, et là aussi, il y a beaucoup d'échanges mais aussi de location de main d’œuvre en quelque sorte: vous avez par exemple des Nord-Coréens qui travaillent dans des forêts de Sibérie, en Russie. Ce sont des contrats qui vont d’État à État. La Russie verse les dividendes et les salaires au gouvernement nord-coréen qui en distribue une petite partie aux ouvriers mais qui en garde aussi une partie."

Imaginons que ces sanctions soient appliquées. Quel serait l'impact pour la population?

"L’éventail des cibles choisies dans cette résolution regroupe le commerce, le fuel, l’exportation des ressources naturelles comme le titane, le charbon et d’autres minerais rares. Ce sera donc plus contrôlé que par le passé, avec une petite parenthèse à souligner: voir si les revenus de ces ventes vont à l’armée ou au programme nucléaire. La difficulté, c'est de déterminer où vont réellement ces gains."

La famine plutôt que d'arrêter leur programme nucléaire

"Donc dans ce scénario avec les restrictions de rentrée d'argent, il ne fait aucun doute que c'est la population qui souffrirait et sera la première victime de cette contraction d'argent. Vous avez une armée qui compte un million d'hommes qu'il faut nourrir et entretenir. Vous avez du matériel acheté et un programme nucléaire et de missiles qui va devoir se poursuivre. C'est donc la population civile - déjà dans une situation très difficile - qui trinquera."

"Si, à Pyongyang, vous avez des fonctionnaires qui s'en sortent, la situation est beaucoup plus compliquée dans les provinces. Vous n'avez plus de famine comme dans les années 90, lors de l'effondrement de l'URSS, mais vous avez encore aujourd'hui des endroits où des enfants souffrent de malnutrition. La population civile souffrira. Et d'ailleurs, le régime a toujours été très clair là dessus: d'abord l'armée, le nucléaire, les missiles, au détriment d'une population civile. C'est ce qu'il s'est passé dans les années 90 lorsqu'ils ont préféré laisser mourir un million de personnes de la famine plutôt que de changer leur fusil d'épaule, de s'ouvrir, d'arrêter leur programme nucléaire."

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