Corée du Nord: "Les rats, je les mangeais crus", raconte un prisonnier

Corée du Nord: "Les rats, je les mangeais crus", raconte un prisonnier
Corée du Nord: "Les rats, je les mangeais crus", raconte un prisonnier - © France Tv Info

Une journaliste de France 2 a rencontré un rescapé d’un camp d’internement nord-coréen. Né dans un de ces camps pour prisonniers politiques, Shin Dong Hyuk décrit un univers totalement déshumanisé et à la cruauté sans limite. Un témoignage saisissant.

Shin Dong Hyuk est aujourd'hui âgé de 29 ans. Jusqu'à ses 24 ans, il a vécu dans un des terribles camps où le régime nord-coréen emprisonne ses opposants. Shin n'a jamais été un opposant, lui. Il est né dans le camp 14.

"On m’y a lavé le cerveau, j’ai grandi entre des gardes armés et des prisonniers", raconte-t-il. "On travaillait de 4h du matin jusque tard dans la nuit. On obéissait aux ordres des gardes et si on n’accomplissait pas notre travail, on était torturé", décrit-il sans émotion apparente. Sa voix ne vibre pas non plus lorsqu'il évoque les sévices qu'il y a subi.

"On m’a fait subir tant de choses", se contente-t-il de dire devant les caméras de France 2. Des "choses" tellement atroces que Shin n’arrive toujours pas à en parler.

Si l'on n'en saura pas plus sur les tortures endurées par Shin, on sait grâce à Amnesty international que le supplice de la noyade est pratiqué à grande échelle dans ces camps. On y suspend les prisonniers par les mains et/ou les pieds pendant plusieurs jours. On place des détenus à l’isolement au cachot pendant plusieurs semaines, renseigne encore l’organisation de défense des droits de l’Homme.

Mais au-delà des tortures, la vie quotidienne dans ces camps s'apparente à un enfer.

Sa mère est exécutée devant lui après qu’il l’ait dénoncée lui-même

Dans ces camps d'internement, les jeunes prisonniers sont conditionnés pour espionner et collaborer avec leurs gardiens et tortionnaires.

C'est ainsi qu'à 14 ans, lorsque Shin apprend que sa mère projette de s'évader, il la dénonce sans états d’âme. Avec pour conséquence que sa mère sera exécutée devant lui.

"Je n'ai rien ressenti devant l’exécution de ma mère, j'étais juste content de ne pas être à sa place. Je ne sais pas ce que c’est que la famille, l’amour maternel. On ne me l’a pas appris dans le camp", concède Shin.

"Quand je trouvais un rat, je le mangeais cru. C'était un luxe"

En plus des sévices, des exécutions et du travail forcé, les prisonniers subissent la faim, souvent jusqu'à en mourir.

La malnutrition est un mal qui frappe toute la population nord-coréenne. Au point que l'armée nord-coréenne a dû ramener la taille requise à 142 cm, contre 145 cm précédemment en raison du rachitisme qui se généralise. Mais dans ces camps, l'affamement prend des proportions particulièrement inhumaines.

"Les mots me manquent pour vous expliquer ce que c’est que la faim. Imaginez-vous debout, les yeux ouverts et vous vous sentez mourir à cause de la faim", décrit Shin Dong Hyuk. "Quand je trouvais un rat, je le mangeais cru et c’était un luxe. Sinon, je cherchais dans les excréments des petits grains de maïs, des céréales pour me nourrir".

"Je ne sais toujours pas ce qu’est le bonheur"

C’est à 24 ans qu’il décide de s’évader, influencé par un prisonnier qui lui parle du "monde extérieur", cet ailleurs où l’on ne connaît ni la faim ni les tortures quotidiennes.

Lors de leur évasion, son codétenu décède, électrocuté par une clôture. Shin Dong Hyuk, lui, parvient à s’en sortir. Il vit aujourd’hui en Corée du Sud mais, cinq ans après s'être échappé, il confie encore: "Je ne sais toujours pas ce qu’est le bonheur. Si vous le savez, dites le moi".

On estime le nombre de prisonniers de ces camps de d’internement en Corée du Nord à 200 000.

Julien Vlassenbroek

Vous pouvez visionner le sujet de France Télévision ici

Le témoignage complet de Shin Dong Hyuk a été recueilli et compilé dans l'ouvrage de Blaine Harden, "Rescapé du camp 14. De l'enfer nord-coréen à la liberté".

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