Coopération au développement: le CNCD dénonce des coupes "violentes" dans les budgets

Le sigle BTC-CTB de la Coopération Technique Belge, comme ici au Burundi, disparaîtra l'année prochaine au profit d'Enabel. Le CNCD craint une instrumentalisation de la nouvelle agence.
Le sigle BTC-CTB de la Coopération Technique Belge, comme ici au Burundi, disparaîtra l'année prochaine au profit d'Enabel. Le CNCD craint une instrumentalisation de la nouvelle agence. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

La Belgique a diminué drastiquement les budgets consacrés aux actions de terrain pour la coopération de développement: que ce soit pour les programmes gouvernementaux ou les subsides aux ONG, la baisse est de 20% en 2017 par rapport à l'année précédente. C'est le constat posé par le CNCD-11.11.11, coupole d'ONG de développement, à l'occasion de la présentation de son rapport annuel.

"Dès le début de l'année 2017, les ONG ont dû faire face à ces coupes, explique Nicolas Van Nuffel, responsable du plaidoyer au CNCD. Les ONG l'ont fait avec leur habitude de débrouillardise pour trouver des solutions pour que les bénéficiaires de l'aide ne soient pas touchés par ces coupes. Évidemment, cela n'a pas été possible pour les ONG qui ont vu leur financement totalement supprimé."

Pour le CNCD, la baisse relative de l'aide belge au développement se poursuit depuis des années, avec un rebond atypique en 2016. Les chiffres de l'année passée seraient biaisés par le fait que l'OCDE permet d'inclure dans les statistiques les budgets d'accueil des demandeurs d'asile et ceux visant à lutter contre les migrations. Or, l'année passée a été marquée par un pic dans les demandes d'asiles et par un accord financier avec la Turquie pour juguler le flux migratoire. Cet effet conjoncturel se marque dans les chiffres. La chute est d'autant plus dure en 2017: le recul migratoire se cumule aux coupes dans les missions de base de la coopération.

Enabel, le nouveau nom de la Coopération belge

En plus de ces réductions budgétaires, le secteur de la Coopération s'attend un important changement l'année prochaine, puisque le gouvernement a décidé une refonte de la Coopération Technique Belge qui deviendra Enabel. La CTB était une agence d'exécution de de la coopération gouvernementale belge. Enabel sera une agence de coordination et d'exécution. Elle aura un rôle d’interface avec des acteurs plus diversifiés parmi les instances publiques (Défense, police, régions, organismes de gestion des eaux...).

Pour Arnaud Zacharie, "cette réforme peut être utile, mais c'est une arme à double tranchant". Le secrétaire général du CNCD se réjouit l'intégration plus forte d'Enabel au sein des Affaires étrangères belges: "La coopération au développement n'est pas simplement une question technique, surtout dans des États fragiles, comme la RDC, le Burundi, le Rwanda ou le Mali. Le risque, c'est que la Coopération au développement soit instrumentalisée pour les intérêts belges. Il faut garder un aide déliée, c'est-à-dire qu'elle n'impose pas aux bénéficiaires l'achat de produits belges."

Le CNCD relève par ailleurs la priorité donnée désormais à la mobilisation du secteur privé pour démultiplier l'activité économique dans les pays en développement. Arnaud Zacharie trouve tout à fait pertinent de vouloir développer un secteur privé dans les pays partenaires de la coopération belge. "Par contre, l'utilisation de l'aide comme catalyseur des investisseurs privés ne bénéficie pas aux pays les plus pauvres, note-t-il. Il y a une contradiction entre la volonté du ministre de se concentrer sur les pays les plus pauvres et les États fragiles, ce qui est pertinent, et d'autre part de donner la priorité au privé. Seulement 5% de cette aide privée mixée à de l'aide publique arrive dans ces pays prioritaires. Les entreprises préfèrent investir dans des pays émergents, comme la Chine, le Chili ou la Turquie."

La coupole des ONG appelle donc le gouvernement à faire preuve de plus de cohérence dans l'ensemble des politiques mises en œuvre et à respecter son engagement à consacrer 0,7% du PIB belge à l'aide au développement.

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