Convention républicaine aux Etats-Unis: "Donald Trump l'a conçue comme un moment à sa gloire"

Aux Etats-Unis, après la convention démocrate de la semaine dernière, c'est la convention républicaine, virtuelle également, qui commence ce lundi.

Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB, était l'invité de La Première ce matin pour en analyser les enjeux.

Cette année, vu la pandémie de coronavirus, les conventions des partis ont pris une allure particulière : pas de show, ni de ballons, ni de drapeaux. Pour un homme médiatique, un tribun qui aime justement ces grands rendez-vous comme Donald Trump, c’est un sérieux revers ?

"Ce sera une épreuve en tous les cas, parce qu’on sait qu’il aime effectivement les bains de foule. Il n’y a rien qui l’électrise autant que de se trouver devant des milliers de personnes. Il faut se rendre compte que ces conventions sont des moments festifs, assez grandioses, extraordinaires dans la vie politique américaine.

Ici, ce sera différent, mais il y aura tout de même une certaine part de show, puisqu’à la différence des démocrates, il y aura un certain nombre de délégués qui seront présents. Et par ailleurs, Trump sera lui ultra présent puisqu’il devrait être là tous les soirs et apparaître sur les écrans, parce que c’est aussi une manière d’occuper le paysage médiatique pendant quatre jours.

On n’a parlé que des démocrates pendant quatre jours, c’est maintenant au tour des républicains. Et là, c’est un autre exercice, mais on peut penser que Trump et ses conseillers l’ont bien préparé".

Avec ces conventions virtuelles, les électeurs ne vont-ils pas faire plus attention au fond qu'à la forme ?

"Il faut se rendre compte que dans ces grandes manifestations, les discours sont effectivement régulièrement interrompus par les applaudissements, la musique, etc. Tandis qu’ici, dans la convention démocrate par exemple, il n’y avait personne et cela permettait donc de donner beaucoup plus de poids au fond, au discours.

Ça devrait sans doute être la même chose ici, même si tout le monde se demande ce que Trump va dire exactement, parce que la convention démocrate a été essentiellement basée sur le fait qu’il faut battre Trump, c’est cela qui a mobilisé les troupes. Ici, il va probablement expliquer que ce sera le chaos sans  lui, mais il devrait également défendre son programme et il y a toute une série de personnes qui vont intervenir pour montrer ses grandes réalisations au cours des quatre dernières années".

Son bilan n’est justement pas terrible au niveau économique à cause évidemment de la crise et de la pandémie. Au niveau du bilan humain, c’est catastrophique. Quels vont être ses thèmes ?

"Il va bien sûr garder l'idée d’'america First', et insister sur 'c’est moi ou le chaos'. Il va tenter de revigorer sa base et c’est intéressant aussi de voir quelles sont les personnes qu’il va inviter.

Il y a notamment deux personnes qui, à Saint-Louis, se sont présentées devant les caméras avec des armes au moment où il y avait une manifestation de Black Lives Matter. Donc, il va essayer de galvaniser les troupes avec la présence de ces personnes et de montrer qu’il incarne une certaine image de l’Amérique.

En même temps, on sera intéressé à voir qui n’est pas là. On ne verra certainement pas l’ancien président Bush ni Mitt Romney, qui avait été le challenger dans la deuxième élection d’Obama.

Il y a un certain nombre de personnes qui ont travaillé avec lui qui sont en prison pour le moment

Il y a beaucoup de division du côté républicain et c’est une autre différence avec les démocrates, où là on a essayé de ratisser le plus large possible. Ici, ça n’est pas simple. Et il ne faut pas oublier qu’il y a un certain nombre de personnes qui ont travaillé avec lui qui sont en prison pour le moment, et ceux-là, on ne les verra sans doute pas, à commencer par Steve Bannon, qui a tout de même été un des artisans de sa victoire il y a quatre ans et qui est en très mauvaise posture pour le moment. Donc, on va cacher une série de personnes qui ont joué un rôle problématique au cours des dernières années".

C’est finalement une convention où Donald Trump sera très seul...

"Oui, mais par contre il va essayer de mettre d’abord très fortement en avant sa famille. Il y aura plusieurs interventions de membres de sa famille, même si là aussi il vient d’y avoir des révélations de sa sœur très gênantes pour lui.

Elle l’a traité de menteur, d’imposteur et elle a indiqué qu’il a probablement triché dans un certain nombre de concours universitaires

Il va essayer de montrer le soutien dont il bénéficie tout de même de la part d’une frange importante de l’électorat. Et derrière, le rôle du vice-président, même s’il sera un peu effacé, est également important parce que c’est quelqu’un qui apporte la caution conservatrice, catholique. Chez les conservateurs, il y a un certain nombre de personnes qui détestent Trump et son absence de manières polies, et Mike Pence vient d’une certaine manière contrebalancer cela.

Il y aura aussi quelques Afro-Américains, mais très peu. L’idée est de montrer qu’il n’est pas seul, mais qu’il est fortement entouré. En tous les cas, il a conçu ceci comme un moment à sa gloire puisqu’il interviendra tous les jours, alors que dans la convention démocrate, c’était uniquement le dernier jour. Le dernier élément très important, c’est qu’il va faire son discours final de la Maison Blanche, ce qui est quelque chose d’assez inédit parce qu’on considère que lorsqu’on est candidat, on n’utilise pas ses fonctions présidentielles pour un discours de campagne".

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