Contestation en Russie: "Vladimir Poutine est de plus en plus crispé"

Nina Bashkatov, spécialiste de la Russie, invitée de Matin Première.
Nina Bashkatov, spécialiste de la Russie, invitée de Matin Première. - © RTBF

Assiste-t-on à l'émergence d'un printemps populaire russe? Au lendemain de la grande manifestation de l'opposition russe dans les rues de Moscou, certains observateurs estiment que la mobilisation n'est pas encore assez forte pour provoquer une contestation durable et majeure.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont donc descendues dans les rues de Moscou ce mardi. Malgré les arrestations organisées par le pouvoir en place depuis plusieurs semaines, les perquisitions et la fermeture de sites internet, l’opposition à Vladimir Poutine résiste.

Face à cette contestation, le pouvoir en place a tendance à se radicaliser. Un tour de vis observé avec attention par la communauté internationale.

Nina Bachkatov, spécialiste de la Russie, était l'invitée de Matin Première ce mercredi. "On assiste surtout à une double radicalisation. A la fois dans le camp du pouvoir en place et à la fois dans le camp de l’opposition. Ce qui est marquant du côté de l’opposition, c’est la division entre ceux qui veulent la révolution et ceux qui prônent plutôt l’évolution. Il y a les opposants qui pensent que le changement ne peut venir que par la violence et par le poids de la rue et ceux qui considèrent qu’il faut utiliser les législations existantes, notamment le droit d’enregistrer des partis. L’opposition est donc divisée aujourd’hui sur les tactiques, sur la façon d’obtenir le changement".

Un printemps russe ?

Les événements russes rappellent inévitablement ce qui s’est passé dans le monde arabe et son printemps populaire. "Je penserais plutôt à ce qui se passe du côté du Canada et ce qu’on appelle le printemps érable" ajoute Nina Bashkatov.

"Les Russes constatent qu’au Canada, qui est pourtant un pays démocratique, des mouvements de contestation peuvent voir le jour. C’est un contexte qui pourrait influencer la Russie. Mais on est plus pour l’instant dans une position d’attente. Tout le monde a le sentiment que quelque chose se passe mais il n’y a pas encore de base mobilisatrice forte pour avoir un mouvement profond de contestation".

La crispation de Vladimir Poutine

Une des questions du moment est d’évaluer l’état d’esprit du pouvoir en place face à cette montée populaire. "Les autorités russes sont longtemps restées aveugles face à ces nouvelles aspirations, notamment celles d’une classe moyenne qui jusqu’ici était le fond de commerce de Vladimir Poutine". Le réveil russe est donc d’autant plus brutal. "Vladimir Poutine semble en effet lui-même un peu perdu et ne sait pas comment répondre. Il apparaît de plus en plus crispé quand on lui pose des questions sur cette contestation. Il ne sait pas comment lâcher du leste".

Le cas de la Syrie

Autre sujet évoqué ce mercredi matin : la situation en Syrie et la position de la Russie sur ce dossier. Pour Nina Bashkatov, "Moscou est loin d'être isolée dans le dossier syrien. La Chine est aussi sur cette même longueur d'ondes. Moscou considère que la voie diplomatique doit continuer même si les autorités russes déplorent les massacres. La ligne rouge de la diplomatie russe sur le sujet est claire depuis de nombreuses années : pas d’intervention militaire et pas d’intervention pour changer le régime. Mais ce qu'il faut rappeler, et qu'on a tendance à ne pas assez souligner, ce sont les contacts diplomatiques constants menés pas Moscou, y compris avec l'opposition syrienne. C'est ce que j'appelle le concept de la diplomatie hard soft power, une façon énergique, parfois très dure, de défendre l'option diplomatique !".

F.L. (avec B. Henne)

 

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